Entretien avec Frédéric Niffle

30 avril 2013
Frédéric Niffle est depuis déjà 5 ans le rédacteur en chef du journal Spirou. Un parcours sans faute pour cet esthète de la bande dessinée. Après des débuts prometteurs dés l’âge de 16 ans avec le fanzine “Synopsis” devenu très vite pro,et une belle carrière d’éditeur où il initia le principe des intégrales en petit format (reprise depuis par la totalité des éditeurs) il rentre en mission chez Dupuis pour rajeunir le titre phare Spirou et lancer des nouveaux auteurs.

crédit photo : Xavier Hauptmann

Je précise que c’est aussi pour moi, l’occasion de saluer un ami de trente ans rencontré à l’adolescence, avec qui un dialogue ininterrompu s’est noué autour de l’image et des auteurs que nous aimons.

Le magazine vient de fêter ses 75 ans avec un numéro exceptionnel. Les repreneurs de la série Yoann au dessin et Fabien Wehlmann signent une couverture qui rend hommage aux héros historiques du magazine.

Gaston chez Spirou par Blutch

1/ Quel bilan personnel et professionnel tires-tu de ces cinq années passées à la rédaction en chef de Spirou ?

S’occuper d’un hebdo, c’est un boulot qui ne vous lâche jamais. Du coup, les vacances, ce n’est jamais trop d’actualité. Mais j’ai le sentiment d’y être vraiment à ma place, même s’il m’a fallu quelques mois avant d’accepter ce poste qui m’obligeait à stopper net mes éditions. Si je regarde de loin mon parcours et mes relations professionnelles, c’est un peu comme si tout m’avait amené à m’occuper un jour de ce magazine. Pendant combien de temps encore ? Apparemment, on ne tient pas plus de dix ans comme rédacteur en chef de Spirou.

Manu Arenas

2/Quels sont les principaux auteurs  et les découvertes que tu as amené  ?

En cinq ans, on a publié entre 250 et 300 auteurs différents, notamment à travers la rubrique La Galerie des illustres. Il me semble qu’on n’a jamais fait découvrir autant de styles et de genres différents dans Spirou. Et ça m’a permis de voir quels étaient les auteurs en symbiose avec l’esprit du journal. Parmi eux, Arthur de Pins – que tu m’avais présenté – avait réalisé une magnifique couverture Halloween pour Spirou; de cette couverture est née la série Zombillénium qui est devenu un succès en librairie. Lewis Trondheim est très présent dans le journal depuis 5 ans, avec notamment la série Ralph Azham, ou sa collaboration sur Texas Cowboy avec le magnifique dessinateur Matthieu Bonhomme qui réalise aussi Esteban. On peut citer également Benoît Feroumont, animateur de dessin animé, Guillaume Bianco, Jean-Yves Duhoo, et quelques auteurs du défunt mensuel Tchô!, comme Nob, Tebo ou Ohm.

Couverture d’Arthur de Pins

3/ ” La galerie des illustres”  vient de sortir, un pavé  impressionnant qui regroupe le gratin de la Bande dessinée. Quels sont tes plus grandes satisfactions pour ce livre et tes regrets (s’il y en a) ?

Il aura fallu cinq années de patience – et d’acharnement parfois – pour réunir ces 200 auteurs. Nous leur avons chaque fois demandé de réaliser une planche de BD en hommage à l’univers de Spirou, tout en restant graphiquement eux-mêmes car ce “dictionnaire” de 400 pages est avant tout un portrait des auteurs qui comptent aujourd’hui. J’avais comme modèle le magnifique livre sur la peinture The Art Book chez Phaidon, et j’avais envie de réaliser l’équivalent pour la BD. Ça permet de se faire une idée assez complète du domaine, avec plus de 1000 références bibliographiques. D’une manière générale – et c’est vraiment mon sentiment –, ça a été une satisfaction pour chaque auteur, tout simplement parce que j’admire leur travail et qu’ils m’ont tous fait ce cadeau formidable d’y participer. On ne peut qu’être touché par cette générosité car ça impliquait pour chacun un gros boulot. Evidemment, les regrets, c’est ceux qui n’ont pas voulu ou pas pu ou pas répondu.

Couverture signée Rabaté

4/Diverses opérations saluent les 75 ans de Spirou, quels sont les évênements à venir en France ?

On réalise actuellement un “Spirou Tour” qui passe par dix villes de Belgique, de France et de Suisse. On sera par exemple le 4 mai à Paris, à La Fnac des Ternes, pour proposer des animations et des dédicaces avec des auteurs du journal (à Paris, il y aura Libon, Feroumont, Krassinsky & Mazaurette, Jacques Louis et Alain Henriet). Plus tard, nous passerons par Lausanne, Lyon, Montpellier, Bordeaux, Nantes et on terminera en novembre à Rennes. Cela s’accompagne à chaque fois d’un numéro spécial de Spirou et d’un partenariat avec un librairie et un journal régional (Le Parisien pour Paris).

Couverture signée Charles Berbérian

5/ Reverra t-on prochainement les productions de Frédéric Niffle  éditeur dans les bacs des librairies ?

Oui, je travaille depuis deux ans sur une collection qui va faire découvrir d’une façon nouvelle les classiques de la BD. Je cherche la formule qui fonctionne en série, avec du matériel existant (les auteurs ayant disparus), visuellement séduisante et – le plus difficile – indémodable. J’ai dû faire 150 versions différentes, un vrai casse-tête. Mais je ne me vois pas revenir avec un projet qui ne soit pas éditorialement original. Ce sera pour fin 2013 ou 2014.

Spirou à NYC par François Avril

Noémie Marsily, Fétiche

3 avril 2013

On continue dans la publication de beaux livres. Le 22 Mars 2013, Les Requins Marteaux publiaient le dernier livre de Noémie Marsily : Fétiche. L’histoire d’une tête de chevreuil empaillée qui, passant de propriétaire en propriétaire, s’offre et nous offre, un petit aperçu des lubies de tout un chacun. Voilà qui méritait bien quelques questions à l’auteure.

1/ Fétiche est ton premier travail chez Les Requins Marteaux, avec un format original (carré 22 X 22 cm) de 144 pages réalisé au crayon de couleur. Comment est né ce projet?

Un matin, en passant au marché aux puces, j’ai croisé quelques têtes de chevreuils empaillées, nonchalamment posées par terre, qui regardaient le ciel bien malgré elles, je me suis demandé ce que ça leur faisait, de regarder comme ça ce qu’on leur donnait à voir, et comment elles en était arrivé là. J’ai commencé à dessiner les premiers chapitres du livre, que j’ai ensuite proposé aux Requins Marteaux…

2/ Comment expliques-tu le choix du crayon de couleur, de même l’histoire commence avec un enfant, une figure que l’on retrouve régulièrement dans ton travail (Fouillu feuillus par exemple), y’a-t-il un lien entre les deux?

 J’aime mettre en scène des personnages d’enfants (même si dans Fétiche, il y a plus de personnages adultes), car ils ont une vision du réel très large, en évolution constante, ils ne sont pas encore blasés! Mais pour moi, le crayon de couleur n’est pas spécialement lié à l’enfance, c’est juste un outil formidable, très riche en possibilités graphiques, qui me permet d’aborder la couleur avec beaucoup de liberté.

3/ En parallèle à ton travail sur le 9ème Art tu as aussi une activité dans l’animation. Comment gères-tu les deux, notamment quant à la question de la transition entre les images du support à l’autre?

Ce sont deux approches totalement différentes, mais passionnantes de la temporalité et du mouvement.

Pour Fétiche, qui est une bande dessinée muette, je ne peux compter que sur les images pour raconter : pas de texte, de dialogues, de bruitages…

J’ai vraiment essayé de m’amuser avec les ellipses entre les images, qui peuvent fragmenter un instant très court, et puis soudain faire un bond de plusieurs années. Cela m’oblige à être très efficace dans le dessin, à essayer d’attirer l’attention du lecteur sur des petits détails qui changent le cours du récit. C’est grisant, ce jeu avec le lecteur, parce que celui-ci est assez actif, il est obligé de fournir un effort d’imagination, de reconstituer le récit dans sa tête et donc d’y injecter une partie de lui-même.

Dans l’animation, c’est différent, on doit plus guider le spectateur, tout est question de timing, de rythme.

 

4/ Enfin, quels sont tes projets à venir?

 Je travaille actuellement sur un projet de livre pour enfants, et j’ai également plusieurs projets d’animation en cours. Je viens de finaliser un court métrage/clip en animation, co-réalisé avec Carl Roosens, pour le groupe Carl et les hommes-boîtes. Ça s’appelle “Autour du lac”, et nous venons d’apprendre qu’il est sélectionné au festival d’Annecy dans la catégorie courts métrages.

Yann Kebbi de retour au Monte-en-l’Air

2 avril 2013

À l’occasion, de la sortie de son dernier livre Immo+ chez 3 fois par jour, Yann Kebbi est de retour au Monte-en-l’Air pour une séance de dédicace. Ça se passera le 4 Avril à partir de 18h30 à l’adresse habituelle (71 rue de Ménilmontant/2, rue de la Mare 75020 Paris). Histoire de faire durer le plaisir, une petite expo des originaux aura lieu jusqu’au 17 Avril 2013.

Avant cela, et pour vous mettre en appétit, Yann répond à nos questions…

1/ De ce qu’on a pu voir, Immo + à l’air d’un livre assez particulier, peux-tu nous parler de sa genèse, et nous décrire physiquement l’objet? 

Immo + est la version améliorée d’un livre qui faisait partie de mon diplôme à l’ENSAD. L’idée était de faire un “livre immeuble”, avec des vues en coupe d’appartements, la couverture étant le contenant : la façade et l’arrière de l’immeuble, la première page la cage d’escalier etc… Je voulais que ce soit un livre objet, sans texte, et j’ai eu l’idée de faire un format parallélogramme, de couper le livre en diagonal. C’était à la fois pour éviter un côté trop “frontal”, et aussi donner un aspect ludique au livre.

La première version n’était pas très longue, et je n’avais pas assez poussé l’idée de variation graphiques entre les “cases” ni tissé de vrais liens narratifs, de progression dans le livre.

Mes amis illustrateurs Clément Vuillier et Idir Davaine, qui ont une petite maison d’édition appelée 3 fois par jour m’ont proposé de l’éditer.

Donc on a repensé l’objet dans son format, sa fabrication, sa progression. Ça m’a motivé pour tout recommencer en plus grand, en essayant de varier plus visuellement et aussi de tisser des histoires. On peut le regarder rapidement comme un livre d’images mais si on s’attarde on découvre des détails, des histoires qui se suivent et s’entrecoupent.

C’est un livre atypique qui est plus de l’ordre de la micro édition, tiré à 500 exemplaires en offset avec une couverture sérigraphiée, pour 20€. Le principe est d’avoir une quasi carte blanche, de produire des livres où on est libre de nos choix et sans contraintes.

2/ Après Américanin, le thème de la ville reste central dans ton travail, comment l’expliquerais-tu ?

Je pense que l’aspect hétéroclite d’une ville est une source inépuisable autant dans la variation des écriture graphiques qu’elle inspire, que dans le fait de dessiner des histoires. Mais promis le prochain c’est avec un tracteur et une vache, et j’arrête avec les chiens saucisses !

 

3/ Enfin, tu jongles entre noir/blanc et couleurs ; différentes techniques, conçois-tu cette liberté comme une nécessité ou un jeu? 

Les deux !

4/ Que peut-on te souhaiter pour la suite? quels autres beaux projets nous attendent?

Dans l’immédiat vous pouvez me souhaiter de passer la frontière Américaine ! Avec Idir nous partons bientôt aux Etats-Unis pour trois mois, on va de San Francisco à New York.

Tout le monde croit qu’on part en vacances mais c’est pour un projet de dessin, on fait tous les deux beaucoup de croquis et on va dessiner d’ouest en est, en passant par les villes, le désert, le bayou, etc. Le but est d’expérimenter, de dessiner intensément pendant trois mois, de varier les formats, les techniques. Nos croquis sont entre observations et interprétation et je pense que trois mois à ne faire que ça, ça va donner des résultats intéressants.

Beaucoup de choses vont aussi se déterminer sur place. Le but est de faire une expo et un livre en revenant.

J’ai aussi un projet de livre jeunesse avec Sarbacane pour 2014 mais très différent d’Américanin car ce sera une technique numérique !

À noter aussi que 4 planches d’Américanin ont été sélectionnées pour la prochaine édition d’Américan Illustration.

Fédor Comix

18 mars 2013

Toutes les bonnes choses ont une fin, et notre (ex) stagiaire Fedor est allé rejoindre les bancs du collège Charlemagne. Nous préparons de notre coté une jolie édition collector pour happy few, avec une couverture toute en couleur. Vous pouvez réserver votre exemplaire à l’agence, une vingtaine de copies du numéro un de “Fedor Comix ” devraient voir le jour en pour le salon du livre de Paris. Vendu exclusivement sous le manteau (ou le poncho) si vous nous croisez par hasard dans les allées à la porte de Versailles.

Inside Illustrissimo – Le dernier jour.

18 mars 2013

Blexbolex aux rencontres du 9e Art d’Aix en Provence

5 mars 2013

Après son succès à la galerie Arts Factory, l’exposition rétrospective de Blexbolex intitulée “Couleurs fines et papiers de qualité depuis 1992″ est à retrouver dans le cadre des rencontres du 9e art d’Aix en Provence du 27 mars au 20 Mai 2013.

 

Çe se passera au Musée des Tapisseries, sur le place de l’Archevêché tous les jours sauf le mardi (Jusqu’au 14 avril, de 13h30 à 17h et à partir du 15 avril de 10h à 12h30 et de 13h30 à 18h). L’entrée est gratuite et, cerise sur le (succulent) gâteau, une apéro-rencontre est prévue le samedi 13 avril 2013 à partir de 19h.

 

Pour le reste des festivités, c’est par là que ça se passe…

Entretien avec Jean Jullien

4 mars 2013

Alors qu’il ne reste plus que quelques jours avant la fin de son exposition à la Kemistry galery, Jean Jullien prend le temps de souffler un court instant pour répondre à nos question.

Quel est le fil conducteur de ta dernière exposition à Londres ?

Nos comportements sociaux et asociaux. La manière dont nous interagissons les uns avec les autres et la manière dont l’avènement des technologies mobiles affectent ces comportements. J’ai essayé de pousser un peu plus loin mon travail d’observation, qui est surtout présent dans mes carnets, et de l’exprimer graphiquement . C’est un peu plus cruel sur certains aspects que ce que je fais d’habitude mais ce n’est en aucun cas une complainte contre les téléphones portables ou les réseaux sociaux: je suis le premier à les utiliser!

Ton travail a gagné une audience de plus en plus forte ces deux dernières années, comment s’orientent tes choix pour le faire avancer dans une optique qui te reste très personnelle.

J’ai la chance d’être sollicité pour de nombreux projets, tous plus différents les uns que les autres. Il y a une partie alimentaire dans mon travail bien sûr, mais cette partie a gagné grandement en intérêt ces derniers temps. Je n’ai presque pas de projets que je refuse, ce qui est une vraie chance. Les gens viennent me chercher parce qu’ils savent ce que je fais, ce qui me permet de garder une touche personnelle, peu importe le projet.

 

À quand une exposition à Paris et peux tu nous parler de ton premier livre en préparation aux éditions M.L et de tes projets en cours ?

Le livre s’appelle Ralf et raconte l’histoire d’un chien saucisse qui s’étend indéfiniment après que ses fesses se soient coincées dans la porte d’entrée. Il y aura une expo à la galerie Michel Lagarde pour présenter les planches du livre. C’est mon premier livre pour enfants à proprement parler  donc c’est assez excitant et inconnu.

En ce moment je travaille pour Le Monde et The New Yorker. Il y a aussi une nouvelle bougie avec Colette, qui s’appelle “Air du Parisien” et bien sûr l’expo à la Kemistry gallery dont voici une vidéo:

Il y a aussi ma table pour l’expo du magazine The Gourmand. Un livre avec Walker Books à Londres, le nouvel album de Niwouinwouin, avec beaucoup de nouvelles vidéos et de nouvelles photos. On tourne un court métrage à cet effet. J’exposerai une série de sculptures à la galerie Beach, à Londres ainsi qu’au festival Pick Me Up à Somerset house en Avril.

Inside Illustrissimo – day 4 :

1 mars 2013

  

Inside Illustrissimo – day 3 :

28 février 2013

Inside Illustrissimo – day 2 :

27 février 2013