L’interview de Colcanopa

11 décembre 2011

Voici un nouveau petit film réalisé par Émilie Pigeard avec l’illustrateur nordiste Colcanopa qui nous parle de son travail avec malice. Après de courtes études d’Histoire il passe la frontière belge pour étudier  l’illustration à St Luc. Avant la fin de son cursus, il est embauché comme graphiste par une agence lilloise au sein de laquelle il compose pendant cinq ans des pochettes de disque clinquantes pour les majors parisiennes. En 2005, il créé un blog d’illustration d’actualité et de dessins bizarres. Depuis Colcanopa travaille régulièrement avec “Le Monde”, “Rue89.com”, “La Décroissance”, “Terra Economica”… Colcanopa vit à Lille, et nous avons profité d’une escale parisienne pour le filmer dans la cour de notre bureau de la Folie-Méricourt… avant notre déménagement début janvier 2012 au 13 rue Bouchardon pour l’ouverture d’une nouvelle galerie d’illustration!

Autoportrait de l’artiste

Illustrissimo: Où te situes tu dans les différentes familles de l’image entre les dessinateurs de presse et les illustrateurs?

Colcanopa: J’ai l’impression d’être un peu illégitime dans ces deux prestigieuses familles, un “adopté” des 2 côtés! Un dessinateur de presse qui essaie des trucs visuellement ou un illustrateur qui voudrait donner du sens à ses images. Sans jamais vraiment y arriver…!

Colcanopa chez Illustrissimo. Film réalisé par Emilie Pigeard, 2011.



La crise grecque vue par Colcanopa

Illustrissimo: Quelles sont tes influences graphiques revendiquées, et d’où vient ton inspiration pour traiter d’un sujet en dehors de l’actualité immédiate ?

Colcanopa: Mes influences sont plutôt chez les dessinateurs qui ont traité l’actualité de manière très personnelles dans les années 70: Ungerer forcement (des dessins de presses féroces jusqu’aux livres pour enfants), Topor pour la noirceur caustique du trait ou Gébé pour l’utopie géniale ou encore Rouxel et les Shadocks. Mais il y a aussi l’école “classique” du dessin satyrique à la française: “Charlie”, “Le Canard Enchaîné”, “La Gueule Ouverte”…
 

 

Illustrissimo: Ton travail pourrait aisément s’adresser à la jeunesse, as-tu des projets dans ce sens ?

Colcanopa: Pas encore… Mais ça serait chouette !

Illustrissimo: Il n’existe encore pas de recueils de ta production de dessins d’humour, le regrettes-tu et cela est-il envisageable pour un éditeur ?

Colcanopa: J’y pense, j’y pense. Pourquoi pas avec les fameuses Éditions Michel Lagarde!!

Icinori, le grand entretien

13 octobre 2011

Icinori est composé de Raphael Urwiller et Mayumi Otero. Tous deux jeunes diplômés des Arts Décoratifs de Strasbourg, ils ont fondé en marge de leur activité d’illustrateur: les éditions expérimentales Icinori. L’occasion pour nous d’une rencontre et d’une découverte approfondie de leur travail.

Raphael Urwiller et Mayumi Otero dans leur atelier de sérigraphie

Illustrissimo: Bonjour Icinori. Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre activité d’illustrateur d’un côté, et d’éditeur de l’autre ? 

Icinori: Passionnés par l’image imprimée, l’estampe et de dessin contemporain, nous dessinons pour la presse et réalisons indépendamment des albums jeunesse. Icinori a été créé alors que nous étouffions dans des cours sans aucun aboutissement concret et nous nous sommes ainsi lancés dans des éditions expérimentales pour éprouver la matérialité de nos images, questionner l’objet livre, expérimenter l’union triangulaire entre le dessin,  le papier, la couleur afin de tenter d’en faire une matière sensible.

Jabberwock – Icinori

La sérigraphie s’est vite imposée comme un médium d’apprentissage incontournable – à défaut d’avoir une machine offset sous la main. Icinori est devenu complémentaire à nos travaux de commandes, nous avons cette aire de liberté totale, notre espace de recherche indépendant qui nous permet d’inventer de nouvelles solutions pour nos travaux de commandes, pour réinvestir ces trouvailles dans des projets basés sur des dialogues avec le commanditaire – souvent enrichissants.

Dada double 3d – Icinori

Illustration pour le magazine anglais Nobrow – Raphael Urwiller

Illustrissimo: Vos premières illustrations paraissent régulièrement dans la revue Le tigre , et plus ponctuellement dans les revues XXI, DADA, Forbes, Wired, Nobrow.

Icinori: Nous avons en effet une petite paire d’illustrations tous les mois dans le Tigre. Nous sommes aussi sur des projets d’éditions jeunesse qui sont actuellement chez l’imprimeur… Quelles sont vos influences (ou sources d’inspirations) graphiques et littéraires? Nous aimons particulièrement fouiller dans toute l’histoire de l’image imprimée moderne ou ancienne et l’art populaire sans oublier l’art contemporain. Nous adorons évidemment Pierre La police, Tom de Pékin,  Killoffer, Wagenbreth, Hagelberg mais nous essayons d’étendre au maximum nos aires d’inspiration hors du champs de l’illustration contemporaine .

Mayumi Otero – Fabrique des Tigres 

Les éphéméras -d’une richesse incroyables-, des matchbox labels aux images d’Epinal, les grands graveurs – de Goya à Dürer en passant par David Hockney et Kuniyoshi -, la renaissance florentine – de Gozzoli à Della Francesca -, les affichistes pop japonais tel que Yokoo Tadanori ou Shigeo Fukuda, la presse graphique militante – de Raw à Garo – et puis en vrac, Tomi Ungerer, Saul Steinberg, Jossot, Bazooka, Doré, Shrigley, Tony Cragg, Maurizio Cattelan, Superstudio et Archizoom, Bukowsky et Beckett, les frères Chapman, les papier peints du 18e, l’art brut chinois etc. etc. Nous essayons, pour chaque nouveau travail, de concilier des antagonismes très référencés, invoquer le constructivisme monolithique russe et tenter de le faire dialoguer avec la gravure baroque du 19e, jeter la sculpture pop 70′s contre l’estampe japonaise… La gymnastique graphique est parfois fastidieuse mais souvent très excitante.

Jean qui rit – Mayumi Otero – Tigre

Illustrissimo: Vous avez fait vos études aux arts décoratifs de Strasbourg, qui est de nouveau une pépinière de talents. Quels sont les principaux enseignements pour votre jeune carrière d’auteurs ?

Icinori: L’arrivée de Guillaume Dégé en tant que professeur a coïncidé avec ce renouveau, il a apporté avec lui un autre regard sur les démarches d’éditions plus indépendantes, nous avons eu la chance de bénéficier d’une tolérance pour les élèves s’investissant (s’évadant ?) dans des projets en marge, plus personnels et délaissant les exercices classiques. Nous nous sommes investit dans des workshops parallèles, proposés par des professeurs d’art, profitant au maximum des potentiels énormes et terriblement sous-exploités d’une école disposant d’un accès à des ateliers et formations très diverses, du bijou au verre en passant bien sûr par le livre ou l’estampe.

XXI – Icinori

L’enseignement de l’illustration étant parfois trop limité, nous avons cherché à nous nourrir à d’autres mamelles, d’autres pratiques, d’autres réflexions, d’étendre notre territoire d’inspiration au delà du contemporain et de l’illustration. Nous sommes menés par une intense volonté de développer un travail d’auteur, indépendant et singulier – après avoir chacun hésité à suivre un parcours plus orienté art, nous avons fait le choix de l’illustration par passion pour l’image imprimée, la narration et par goût de la création basée sur le dialogue.


Promenade – Mayumi Otero

Illustrissimo: Pouvez vous nous parler de votre travail sur les Pop-up et du mode de diffusion que vous avez adopté ?

Icinori: L’idée des popups trottait dans la tête de Raphael depuis très longtemps, depuis la découverte dans une librairie de vieux popups de Kubasta. Leur simplicité et l’ingéniosité mise en oeuvre sont incroyables ! Le contraste était intéressant entre la puissance de  livres, reliés de façon très approximatives, imprimés sur un gros carton brunâtre face à la mode presque suspecte des livres animés actuels, blancs, papier glacé, dinosaures ou égyptiens, marketing pour cadeaux de noël… Nous trouvions qu’il y avait une possibilité de résonnance entre la puissance brute de ces objets et la densité de la sérigraphie associée à nos univers personnels.

Pop up – Mayumi Otero

Il y a bien sûr des précédents comme UG qui réalise lui aussi des livres animés à la main mais nous avons fait le choix de ne pas regarder ces travaux et de travailler uniquement sur nos envies premières de volumes, redécouvrir le médium livre tout seuls, le réapprendre, le reconstruire. Raphael a donc conçu l’ingénierie des deux popups, Construction (Raphael) et Mauvais tours (Mayumi).

Pop up – Icinori

L’idée était de se laisser une liberté de création totale, tant dans le dessin qu’au niveau de l’histoire, il en résulte deux contes un peu étranges, des objets qui font sens à 50 exemplaires, résultats de nos seules envies égoïstes. C’est aussi pour cela que nous n’avons pas du tout travaillé d’idée de diffusion en amont, laissant le projet libre de toute contraintes financières, une sorte de petit caprice – donc pour la diffusion, nous flottons un peu, apprenant en rencontrant des passionnés, tirant des fils. C’est le plaisir du fait main, le rapport direct avec l’acheteur. Qui sait, 50 livres dans de bonnes mains est peut-être aussi précieux que 2000 en librairie ?

Pop up – Icinori

http://icinori.com/

Marion Fayolle chez Illustrissimo

8 septembre 2011

Marion Fayolle, jeune diplômée de la dernière promotion de l’excellente École des Arts Décoratifs de Strasbourg vient de nous rejoindre. A la veille de la parution de son premier livre L’homme en Pièces  et d’une exposition à la galerie des Arts Graphiques en octobre, nous vous proposons un entretien et un petit film, premier d’une nouvelle série d’interviews filmées. L’arrivée d’un nouveau dossier à l’agence est toujours un petit événement et le travail de Marion Fayolle ne devrait pas laisser indifférent les amateurs de belles images qui font sens! Chaque jour dans la jungle des candidatures d’illustrateurs, nous essayons d’extraire le meilleur. Une nouvelle étoile est née, nous vous donnons rendez-vous le 20 octobre pour son vernissage, rue Dante à Paris.

Marion Fayolle

Marion Fayolle devant la Galerie des Arts Graphiques pour sa première exposition qui se tiendra du 20 octobre au 19 novembre 2011.

Marion Fayolle chez Illustrissimo. Film réalisé par Emilie Pigeard, 2011.

“La toilette”, “L’homme en pièces” Marion Fayolle

“La toilette” – “L’homme en pièces” Marion Fayolle

Illustrissimo: Bonjour Marion, tu t’installes à Paris en septembre avec une double actualité: ton book chez Illustrissimo et la parution de ton premier livre L’Homme en pièces, aux Éditions Michel Lagarde le 24 octobre. Comment appréhendes-tu ces premiers pas dans ton nouveau métier d’auteur et d’illustratrice?

Marion Fayolle: Je viens tout juste d’arriver à Paris après cinq années aux Arts Décoratifs de Strasbourg. C’est un grand changement! Je suis à la fois remplie d’appréhension et très excitée à l’idée d’avoir terminé mes études et de me confronter à la vie active. La sortie de mon livre L’Homme en pièces et mon entrée dans l’agence Illustrissimo me donnent beaucoup d’élan et d’envies pour la suite. J’ai tellement hâte d’avoir entre les mains mon premier livre, de le savoir en librairie. C’est un projet vraiment important pour moi sur lequel j’ai passé un temps fou et qui représente à la fois l’aboutissement de mon apprentissage à Strasbourg et le début de ma carrière d’illustratrice. Je brûle d’impatience à l’idée de créer de nouveaux livres, de réfléchir à de nouveaux systèmes narratifs, d’écrire et de dessiner mais aussi de réussir à répondre à des commandes en utilisant au mieux les singularités de mon travail. Je me sens à un moment charnière et c’est, avouons-le, aussi enthousiasmant qu’angoissant!

 “Oiseaux”, Marion Fayolle

“Oiseaux”, Marion Fayolle – “L’Homme en pièces” Editions Michel Lagarde.

Illustrissimo: Tes premières illustrations sont parues dans la Revue XXI et Paris Mômes. Quelles sont tes influences ou tes inspirations graphiques et littéraires?

Marion Fayolle: J’ai décidé de faire de l’illustration et de la bande dessinée alors qu’à priori, je n’aime pas vraiment la bande dessinée et c’est risible mais j’en ai rarement lu! Je m’intéresse davantage à la littérature, au cinéma ou au spectacle vivant. Les Contes de la folie ordinaires de Bukowski, les nouvelles de Topor, Les Métamorphoses d’Ovide, Le Portrait ovale de Poe sont autant de récits qui nourrissent ma pratique. J’aime aussi le cinéma de la Nouvelle Vague, les films de Truffaut et Rohmer. Puis, les paroles des chansons de Gainsbourg, de Brassens… Depuis mon passage aux Arts Décoratifs, j’ai tout de même appris à m’intéresser davantage à la Bande Dessinée et à l’illustration. J’ai découvert le travail d’Anna Sommer, de Ludovic Debeurme, de Jean Lecointre et de Paul Cox. Puis, j’aime les images anciennes, les vieilles gravures, les miniatures persanes, l’imagerie populaire.

 couverture.jpg

Couverture “Paris Mômes”, Septembre 2011 par Marion Fayolle

Illustrissimo: Tu fais partie des créateurs de la revue Nyctalope. Quel est l’objet de ce collectif d’auteurs?

Marion Fayolle: Oui, je fais partie du noyau dur de la revue Nyctalope avec Simon Roussin et Matthias Malingrey. C’est une aventure importante pour nous trois. L’idée de Nyctalope est avant tout de promouvoir les productions d’une vingtaine d’auteurs illustrateurs dont nous aimons le travail. Nous proposons aux participants de créer, sans contrainte thématique, une histoire ou une série d’images. Nyctalope devient alors un lieu d’expérimentation, un laboratoire. Nous souhaitons promouvoir des projets insolites, intelligents, qui interrogent les rapports texte image, qui jouent avec les codes, qui surprennent, fascinent ou même déroutent. Nyctalope c’est aussi une vitrine puisque nous sommes sur les grands salons : Angoulème, Lausanne, Montreuil et que des exemplaires sont déposés dans des librairies spécialisées. Nous espérons que la revue prendra de plus en plus d’ampleur et saura survivre à la fin de l’école et à la dispersion des illustrateurs.

 Revue “Nyctalope” Numéro 3, Marion Fayolle

Revue “Nyctalope” Numéro 3, Couverture Marion Fayolle

Illustrissimo: Peux-tu nous parler de ton premier livre L’Homme en pièces, de ton sujet de diplôme et de l’exposition à venir à la Galerie des Arts Graphiques?

Marion Fayolle: Mon livre L’Homme en pièces est un recueil de courtes histoires muettes. C’est la première fois que j’essaie de faire de la bande dessinée. Il n’y a ni case, ni bulle. Juste des successions de petites silhouettes. Les histoires se lisent comme des phrases et les récits sont somme de courts poèmes en images. Mes personnages évoluent dans un univers à la fois surréaliste et absurde. Ils sont comme des pantins, des mimes et jouent devant nous de curieux numéros. Les parents arrosent leur enfant pour le faire grandir plus vite, les hommes se font allumer comme des bougies et fondent comme de la cire, les femmes s’effacent en faisant leur toilette, les maris rentrent le soir les mains tachées par les robes d’autres filles. Dans ce livre, je m’amuse beaucoup des rapports de couples, des grands sentiments humains. Les histoires sont à la fois cruelles et drôles. La jeune femme plante un arbre, l’arrose, l’aide à grandir pour pouvoir ensuite s’y pendre comme si consciemment elle avait fabriqué l’objet de sa chute.

 Marion Fayolle

“La voyageuse”, Marion Fayolle – “L’Homme en pièces” Editions Michel Lagarde.

Les personnages ne sont pas hésitants, leur actions sont simples. Ils se répètent comme des motifs. Les corps sont sans cesse décalqués. Seules les coiffures et les vêtements permettent d’identifier et de différencier les acteurs. C’est un projet, je pense, singulier et très personnel. J’espère qu’il plaira et je remercie Didier Semin, professeur d’histoire de l’art à l’École des Beaux Arts de Paris pour sa préface et la justesse de son analyse. Le lancement de mon livre se fera à la Galerie des Arts Graphiques, rue Dante à Paris. Cette exposition sera aussi l’occasion pour moi de montrer mes originaux et d’exposer une sélection de planches puisque chaque image est réalisée à la main selon un procédé de tampon proche de l’estampe ou de la sérigraphie.

“Ados”, Marion Fayolle

“Ados”, Marion Fayolle

Le grand entretien de Paul Cox

29 juin 2011

Paul Cox est apparu dans le paysage de l’illustration au début des années 1990 avec les “Aventures d’Archibald le Koala”. Son activité d’illustrateur n’est que la partie immergée de l’iceberg. Cet article est l’occasion de rappeler les autres facettes de son activité. A l’approche des 20 ans d’Illustrissimo (en 2012), nous continuons notre tour de France des artistes dont le parcours a croisé la route de notre agence (pour Paul à nos débuts respectifs). Un entretien passionnant par un artiste majeur de l’image!

portrait.jpg

Paul Cox

077-a.jpg

Cependant, Editions du Seuil, 2002.

Illustrissimo: Depuis une vingtaine d’année, je suis très intéressé par ton parcours atypique. Le terme d’illustrateur me semble très restrictif pour évoquer ton travail. Peinture, graphisme, gravure, installation, scénographie font partie de ton parcours, comment définirais-tu ton métier ?

Pau Cox: Quand on me demande ce que je fais, je dis que je suis peintre, même si la peinture n’est pas la part la plus visible de mon travail, par comparaison avec mes livres, mes affiches ou mes scénographies: d’une part parce que c’est vers certains peintres que va ma plus grande admiration, et aussi vers certains graphistes qui étaient peintres ou vice-versa (Schwitters, Rodtchenko, Lohse…); d’autre part parce que la peinture est la raison pour laquelle j’ai commencé à faire des livres et du graphisme, qui n’étaient alors que des travaux alimentaires pour permettre la première (même si aujourd’hui je réunis l’ensemble de tous mes travaux dans un ensemble au sein duquel je n’établis pas de hiérarchie, quand bien même peinture et dessin, hors de toute notion de commande, nourrissent tout le reste comme une sorte de recherche fondamentale – l’inverse étant vrai aussi). 097.jpg Théâtre Dijon Bourgogne 100.jpg Théâtre Dijon Bourgogne L’illustration est une activité plutôt périphérique dans mon parcours: je l’ai pratiquée un peu pour la presse, j’ai fait quelques livres, mais je n’en ai jamais illustré. La définition de mon métier, c’est donc une activité dans différents champs des arts visuels: peinture, dessin, graphisme, illustration, volume, installations, scénographies, qui tous reposent sur les bases que j’explore en peinture et en dessin: proportions, angles, précision, valeurs, couleurs, méthode etc. 038.jpg “Jeu de construction”, 2005, Centre Georges Pompidou, galerie des enfants 037.jpg “Jeu de construction”, 2005, Centre Georges Pompidou, galerie des enfants 055.jpg “Uncle Toby’s Bowling-Green”, 2008, Chapelle des Jésuites, Chaumont Illustrissimo: Y a-t-il une image, ou des maîtres qui ont servi de déclic à ton envie de dessiner ? Pau Cox: Enfant, j’étais entouré d’images à la maison, que je copiais ou dont je m’inspirais, mes favoris étant Dürer, Breughel, Pisanello, Töpffer, Munch et les ukiyo-e. Plus tard, ma rencontre avec Pierre Alechinsky et Nicolas Alquin ont été infiniment stimulantes. 025.jpg Collages, 2008 Illustrissimo:  Quel est le livre qui synthétiserait le mieux ton travail à ce jour ? Le livre qui représente le mieux mon travail est le Coxcodex 1, que j’ai publié en 2003 aux Editions du Seuil. C’est une sorte d’”auto-monographie” dont l’idée est venue de mon admiration pour les Fascicules de Dubuffet. J’y ai réuni quinze années de travail dans les différents champs que je cultive, dans le souhait de montrer un parcours avec ses errances, ses hésitations, ses paris, sa cohérence (j’espère!) non calculée. Mon souhait est de publier un volume de ce type tous les dix ans environ. 083.jpg Opéra de Nancy et de Lorraine, 2000 084.jpg Opéra de Nancy et de Lorraine, 2000 Illustrissimo: Quelle est ton actualité du moment et vers où vont tes aspirations ? Pau Cox: Je travaille en ce moment à deux scénographies (décors et costumes) pour mon ami chorégraphe Benjamin Millepied, avec qui je collabore depuis de nombreuses années déjà: il s’agit d’une reprise de deux pièces des Ballets Russes, Les Sylphides et Le Spectre de la rose, qui seront montrées à l’opéra de Genève en octobre prochain. Nous avons déjà réalisé avec Benjamin, pour Genève, un Casse-Noisette et un Petrouchka, et pour l’opéra Garnier Amoveo, sur une musique de Philip Glass. C’est un travail qui me plaît beaucoup, synthèse de peinture et d’espace. J’ai aussi, ces derniers temps, donné pas mal de workshops, à des graphistes, des illustrateurs ou des étudiants en art, où j’essaie toujours de mettre en avant la notion de pluridisciplinarité qui m’est chère. 064.jpg “Casse-Noisette”, décors et costumes, chorégraphie Benjamin Millepied, 2007, Grand Théâtre de Genève 065.jpg “Amoveo”, décors et costumes, chorégraphie Benjamin Millepied, 2006, opéra Garnier 070.jpg “Amoveo”, décors et costumes, chorégraphie Benjamin Millepied, 2006, opéra Garnier

Je dessine quotidiennement, au moins une heure par jour, quoi qu’il se passe. Je tiens beaucoup à cette continuité quotidienne (Brancusi: “Faire des belles choses n’est rien, ce qui est difficile, c’est de se mettre dans l’état de faire des belles choses”). Le dessin quotidien est pour moi la meilleure manière d’entretenir ce feu. Je dessine, en ce moment, ce que je vois: des formes sous la lumière, objets sur ma table, architectures ou arbres. Après mille expériences de contraintes diverses et variées dans mon travail passé, le dessin d’observation, représenter un motif, me paraît aujourd’hui la contrainte la plus fertile.

Sinon, je travaille assidûment à une nouvelle série de paysages, revenant à mes premières amours: c’est par là que j’ai commencé. Mon but: c’est tout simplement de continuer à travailler et à apprendre.

027.jpg

Sept variations sur la vue de ma fenêtre, en pensant à Alexander Cozens, 2009, sérigraphie sur toile, 150 x 300

029.jpg

Sept variations sur la vue de ma fenêtre, en pensant à Alexander Cozens, 2009, sérigraphie sur toile, 150 x 300

Ramino, Beatrice Alemagna

25 mai 2011

Beatrice Alemagna est née à Bologne, en Italie, en 1973. Après avoir étudié le graphisme à l’école I.S.I.A., elle a gagné le premier prix du concours d’illustration « Figures Futures » du salon du livre de Montreuil à Paris en 1996, ainsi que les prix Attention Talent-Fnac (en 2000) et le prix Octogones du CIELJ, en 2002. Depuis dix ans, elle illustre les affiches pour L’Ecran des enfants à Beaubourg. Elle a exposé à Bologne, Milan, Rome, Paris, Reims, Lille, Bordeaux, Charleville, Munich, Lisbonne, Tokyo et Kyoto. 

 beatrice-noiretblanc.jpg

Elle a publié une quinzaine d’albums en tant qu’auteur-illustratrice, au Seuil, chez Autrement jeunesse et Gallimard jeunesse, mais aussi chez Didier jeunesse, Rue du Monde et Thierry Magnier, travaillant parallèlement pour des auteurs comme Apollinaire, Queneau, Kristof, Huxley, Buten, Grossman, Tchékhov, Dahl, Rodari. Ses illustrations ont été souvent remarquées et primées et son livre « Mon amour » est traduit en une dizaine de langues. En 2005 et 2006 ses albums ont été sélectionnés pour le prix Baobab de Montreuil. Nous la retrouvons aujourd’hui comme éditrice au sein de la RMN, l’occasion d’une nouvelle rencontre avec cette fidèle amie d’Illustrissimo.

Beatrice Alemagna

Illustrissimo: Bonjour Beatrice, tu as démarré ta carrière professionnelle, il y a une bonne dizaine d’années, après avoir fait une incursion chez Illustrissimo, ton travail s’est épanoui dans l’édition. Peux-tu nous parler des 2/3 livres qui comptent le plus pour toi dans ton parcours ?

 Beatrice Alemagna: Je dirais sans doute qu’il y en a quatre: Gisèle de verre, Seuil Jeunesse (le premier à avoir reçu un grand nombre d’articles); Un lion à Paris, Autrement Jeunesse (mon livre le plus primé, il a reçu, entre autres, le mention d’honneur au Bologna Book Award 2007); C’est quoi un enfant, Topipittori (mon premier livre en Italie et mon plus grand succès commercial); et Jo singe garçon, Autrement jeunesse (mon tout dernier, qui m’a demandé un long travail et, finalement, m’a emmené quelque part… Comme j’aime penser que chaque livre doit être un voyage créatif, de ce point de vue là, j’ai eu le sentiment de réussir.

Illustrissimo: Quel est le déclic qui t’a fait choisir ce métier, et les maîtres que tu revendiques ?

Beatrice Alemagna: Le déclic je l’ai eu quand j’avais 8 ans en découvrant que derrière les livres il y avait des gens, des écrivains et des créateurs. Les maîtres qui m’ont accompagnée (à la base je suis autodidacte) sont très nombreux et en perpetuel renouvellement. De l’art brut à la peinture naïve, des constructivistes russes aux minimalistes japonais. Mes pères spirituels en  illustrations sont André François, Saul Steinberg, Emanuele Luzzati, Stepan Zavrel et Bruno Munari.

couverture-un-lion-a-paris.jpg

Illustrissimo:  Tu t’occupes en ce moment même d’une collection de livres pour la RMN (dont une présentation a eu lieu au Grand Palais le 10 mai) . Quelles sont les axes de cette collection, et ce qui motive tes choix en tant que directrice de collection?

Beatrice Alemagna: J’ai eu la grande chance qu’on me propose de diriger une collection entière à moi toute seule. Cette collection se nomme Ramino: pour les trois lettres RMN et pour un rappel à mon Italie natale. Un « ramino » en italien est en effet une petite branche, celle sur laquelle pourraient naître des bourgeons, des idées, des pensées… J’ai aimé le parallèle avec le pouvoir d’un livre qui ferait bourgeonner la tête des enfants et des adultes. Ramino est née dans l’état d’esprit de créer une sorte de galerie d’exposition à chaque livre. Et justement chaque livre que je choisis d’éditer correspond exactement à une facette de mon goût artistique. Dans cette collection j’ai la liberté de ne faire aucune concession avec les images. Je ne veux pas éditer des livres inutiles, il y en a déjà trop et partout, à mon avis. Mon désir profond est celui de faire apprécier et divulguer un genre plutôt inexistant et redouté jusqu’à présent: le livre illustré pour tout le monde, en équilibre entre art et littérature. Je ne crois pas qu’ils existent des livres jeunesse. La jeunesse elle peut perdurer toute la vie. Pour moi il devraient exister des livres d’images beaux et universels, qui parlent aux enfants et qui fassent rêver les adultes en même temps. Une amie m’a dit l’autre jour: “je crois que quand on se destine à une littérature spécifique, on ne fait plus de littérature”. Je pense que cela résume toute l’histoire.

ramino2.jpg

Les trois premiers titres de la collection Ramino, Editions de la Réunions des Musées Nationaux, dirigée par Beatrice Alemagna

Illustrissimo:  Si on voulait t’envoyer un projet à qui il faudrait l’adresser?

Beatrice Alemagna: Je te répondrai: Je suis très ouverte à des nouvelles “rencontres” artistiques. Pour m’envoyer tout dossier ou projet, je conseille de prendre soin de m’envoyer des éléments en basse résolution à mon adresse mail RMN, qui est la suivante: beatricealemagna.rmn@gmail.com

Illustrissimo:  Quel est le prochain projet qui te tient à cœur ?

Beatrice Alemagna: En tant qu’éditrice, toute ma collection, et notamment les livres faisant partie des “Promenades au musée” que j’ai inventé moi-même. Dans cette collection travailleront des grands artistes/illustrateurs comme le suédois Jockum Nordstrom, l’allemande Katrin Stangl, la japonaise Mayumi Otero , l’italien Simone Rea et d’autres dont j’attends la confirmation… Sinon, en tant qu’auteur-illustratrice, mon prochain chez Autrement, intitulé “La gignatesque petite chose” qui sortira à la rentrée 2011.

Le grand entretien: Sophie Dutertre

23 mai 2011

Nous profitons de la double actualité de Sophie Dutertre dont l’exposition rétrospective se déroule au Centre d’art graphique de la Métairie Bruyère, sous la houlette de nos amis de la galerie nomade Arts factory et pour le magnifique film d’animation qui fait partie de la deuxième série du Laboratoire d’images de Christian Janicot. Sophie Dutertre est  connue pour ses bois gravés faussement naïfs, à la fois populaires, subtils, tendres et grinçants. Illustratrice de presse réputée en France comme à l’étranger, elle a collaboré avec Le Monde, Libération, Dada, Beaux-Arts, The National Post ou encore le New York Times. Pour son exposition elle a généreusement ouvert ses cartons et sa bibliothèque pour rassembler un ensemble impressionnant de gravures, dessins et livres d’artistes, revenant ainsi sur un parcours artistique démarré il y a presque 25 ans. L’occasion d’un entretien de fond avec cette cette grande artiste, passée par la case Illustrissimo à ses débuts.

img_0897.JPG

 Sophie Dutertre

 Illustrissimo: Peux-tu nous parler des deux ou trois livres qui comptent le plus pour toi dans ton parcours?

Sophie Dutertre: Les Exploits de Bombilla, bien sûr. Quand j’ai rencontré Brigitte Morel, au Seuil Jeunesse, elle m’a immédiatement proposé de lui présenter un projet d’album. J’ai pu faire ce que je voulais. Je tenais particulièrement à l’impression d’après mes trois couleurs séparées, pour rester le plus proche possible de mes gravures. C’est mon premier « vrai » livre. Images du Monde et de son Envers. C’est un thème classique dans l’imagerie populaire…

sophie-dutertre.jpg

 Les exploits de Bombilla, 1996 © Sophie Dutertre – Seuil Jeunesse

Au départ, l’idée était de faire un livre avec Henning Wagenbreth. Les livres avec Guignol aussi. C’était une rencontre avec un univers très proche du mien. Les codes et les contraintes sont les mêmes: frontalité, cadre, brutalité. J’ai joué Guignol aux Champs-Elysées. Avec les mêmes marionnettes que j’avais vues enfant. Quand je jouais, seule dans le Castelet, les bras en l’air, face au soleil, j’éprouvais une ivresse très proche de celle dans laquelle la gravure sur bois pouvait me plonger. (J’emploie le passé, je ne fais plus de gravure pour l’instant.) Un équilibre entre brutalité et délicatesse, détermination et abandon.

dutertre1.jpg

 © Sophie Dutertre

Illustrissimo: Quel est le déclic qui t’a fait choisir ce métier, et les maîtres que tu revendique ?

Sophie Dutertre: Le déclic, c’est quand j’ai imprimé ma première gravure aux Arts Décos (exposée à la Métairie!) C’était la première fois que j’étais vraiment contente d’une image. Il m’est apparu d’un seul coup que c’était cette sensation que je recherchais depuis que je regardais les livres pour enfants qui avaient appartenu à ma mère (en particulier Les Albums du père Castor illustrés par Rojan, Samivel etc.) imprimés en tons directs, ou les rééditions que m’offraient mon père: Zig et Puce, Bécassine, Bicot et Suzy, Tintin etc… Je récolte des livres depuis que je suis petite. J’ai toujours ces exemplaires magiques dans ma bibliothèque. Il y a aussi les livres récupérés dans le débarras de mon école primaire…. Les Contrées Mystérieuses, un Atlas, un livre sur les champignons… le tout illustré de gravures sur bois ou de lithographies en couleur. Mon père collectionnait toutes sortes de vieux bouquins. J’ai toujours adoré fouiller dans sa bibliothèque. J’aimais particulièrement les « livres modernes illustrés » ou « les livres de demain », illustrés de gravures sur bois. Il y a aussi un livre qui m’a beaucoup marquée enfant, c’est « patapoufs et filifers » de Jean Bruller. Ma soeur et moi, nous allions souvent chez ses petites filles et ce livre était là, fascinant (encore merci pour l’exemplaire que tu m’as offert). Aux Puces, j’ai trouvé un exemplaire dépareillé des aventures de monsieur Lakonic. C’était particulièrement émouvant parce qu’il s’agissait de macules et d’épreuves de calage. Dans tous ces livres, ce qui me fascine toujours autant, c’est la façon dont ils sont imprimés. Quand j’étais petite, j’étais déjà passionnée par la mécanique. Quand je regardais ces livres, j’essayais d’imaginer comment ils étaient fabriqués. Je me souviens encore de mes sensations quand je tournais les pages. Le papier, son usure, la poussière, le relief de la typo, la surface des passages d’encre, les trames, les transparences,  le nombre de couleurs, les superpositions…. Au départ, je ne pensais pas du tout devenir illustratrice. Je ne savais même pas ce que c’était. Tout a basculé quand j’ai découvert la gravure. C’est aussi à ce moment que j’ai rencontré Baldo. Sa soeur, qui était la chanteuse du groupe Luna Parker, m’a proposé de faire la pochette de leur nouveau disque. C’était mon premier boulot et j’ai pu acheter une presse. Après, une amie qui travaillait à Libé m’a envoyée proposer mon dossier à l’ÉDITORIAL. Je suis arrivée avec mes gravures, j’ai fait ma première illustration et je suis devenue illustratrice.

comic_julilight.jpg

© Sophie Dutertre

Illustrissimo:  Tu viens de présenter un film dans la collection du Laboratoire d’images, quels sont les enseignements que cette expérience t’a apportés?

Sophie Dutertre: Pour l’instant, je n’ai pas vu la version finale. Ceux qui ont vu le film me disent qu’il est beau et qu’on y retrouve bien mon «univers». L’aventure a été passionnante. J’ai beaucoup aimé les échanges avec les étudiants, l’équipe et avec mes illustres confrères. Le plus difficile était mon ignorance totale de la technique. J’ai beaucoup de mal à imaginer quelque chose sans savoir comment je vais pouvoir bricoler. Mon travail est très instinctif tout en étant très lié aux conditions matérielles, aux possibilités de mon outil, au rythme qu’il m’impose. Là, cet aspect m’a échappé. Il a fallu décortiquer mon travail pour essayer d’en dégager l’architecture. J’ai l’habitude de travailler seule, sans me demander pourquoi je fais comme ça et pas autrement. C’était compliqué pour moi d’expliquer tout ça en amont et aussi d’intervenir après sur ce qui avait déjà été fait. Je travaille toujours en tâtonnant, ce qui est difficile à concilier avec une logique de production.

crayon-sophie10d.jpg

© Sophie Dutertre

Illustrissimo: Ton travail est exposé actuellement à la Métairie et présente toutes les facettes de ton travail. Comment passes-tu de la gravure sur bois au dessin, et quel est le prochain projet qui te tient à cœur ?

Sophie Dutertre: Dans l’exposition, il y a même mes toutes premières gravures. J’avoue que c’était très bouleversant pour moi de voir tout ça, surtout entourée comme je l’ai été le jour du vernissage! Dans la gravure, ce que j’aime le plus, c’est la façon dont l’image surgit de la presse et s’impose. Tout le travail sur la plaque demande à la fois un engagement total et une certaine brutalité contrôlée, mais il permet aussi de garder une distance respectueuse avec l’image en train de se faire.

 crayon-sophie21.jpg

© Sophie Dutertre

Quand j’ai arrêté la gravure, c’était d’abord d’abord parce que je n’y arrivais plus. Je me suis remise au crayon. Et là, je ne pouvais plus avoir le geste souple et léger qui me permettait de faire des crayonnés rapides. Tout était devenu beaucoup plus lent. Pour dessiner  il me fallait maintenant me concentrer sur chaque trait, chaque point. Finalement, il s’est avéré que j’étais atteinte de la maladie de Parkinson. Si j’en parle, c’est parce que c’est quand même ça qui a tout changé. Je n’arrive plus à composer une image dans son ensemble. Je la construis par assemblages, superpositions, collages, découpages, couches de peintures…  Suivant les fluctuations de la dopamine dans mon organisme, ma main est plus ou moins libre. Parfois, pour initier un geste qui déterminera un trait, ce n’est pas ma main qui bouge, mais mon torse. J’ai l’impression de danser. J’aime beaucoup dessiner à la plume. Il y a toute une gamme de sensations, selon le papier, l’encre, la plume. Parfois, c’est facile et léger. La plume glisse et laisse un trait délicat. D’autres fois, elle accroche à chaque fibre, griffe. L’encre est absorbée ou s’étale et déborde. Quand je commence, je ne sais jamais ce qui va se passer. C’est l’aventure, quoi! Et c’est fascinant.

 paresse043.jpg

© Sophie Dutertre

J’essaie de trouver une image qui pourrait exprimer ce que je ressens quand je dessine aujourd’hui. Imaginez un naturaliste passionné qui ferait naufrage. Au début, c’est la panique. Et puis il se met à regarder autour de lui, à observer une bestiole, et puis une autre.  J’utilise aussi beaucoup les tampons. Pour la revue Lapin, j’ai travaillé en duo avec Donatien Mary. Nous dessinons ensemble « le premier bal d’Emma », en combinant dessin et tampon.  Je viens de publier « Papiers peints 2011 » dans la collection « dans la marge » (arts factory). Je l’ai dessiné au retour de mon premier séjour à la Métairie Bruyère. C’est mon premier livre de dessins. Il y a même de la peinture! Mon projet? Continuer ce travail d’exploration. J’ai quitté Paris pour Pornic. Je dessine. Quand j’en ai envie, je fais un tour au bord de la mer ou je regarde les fleurs pousser dans ma cour. Tout est infiniment plus léger ici.

 un-plaisirdefa3-copie.jpg

© Sophie Dutertre

L’exposition à la Métairie Bruyère a été une magnifique surprise. Tout s’est décidé très vite en début d’année. Et puis je me suis retrouvée dans cet extraordinaire refuge pour l’imprimerie, au milieu de toutes ces machines si lourdes et si ingénieuses. L’odeur de l’encre, son épaisseur quand elle sort du pot, et puis le reflet, le son, quand elle est prête pour le premier tirage. Mes lithographies ont été imprimées sur une presse extraordinaire. J’ai le souvenir d’un vacarme parfait, à travers lequel chacun pourrait se comprendre en chuchotant. Un vertige dans lequel je voyais tous ces livres que j’aime, imprimés de la même façon, peut-être sur cette machine elle-même! J’ai vraiment pu travailler en toute liberté. Et ce n’est qu’un début!

 dutertre2.jpg

© Sophie Dutertre – Métairie Bruyère

A l’occasion de cette résidence à la métairie, Sophie Dutertre a publié une série de lithos, à découvrir sur le site: http://www.la-metairie.fr

Exposition Sophie Dutertre Centre d’art graphique de la Métairie Bruyère 89240 Parly Tèl: 03 86 74 30 72

Du 01 mai au 03 juillet 2011 Ouverture du mercredi au dimanche de 10 h à 12 h et 14 h 19 h

Séverine Assous

18 mai 2011

Séverine Assous a suivi des études aux Arts Décoratifs de Paris et a travaillé comme graphiste et maquettiste. Depuis 1998, elle réalise également des illustrations pour la presse, la publicité et l’édition (Autrement, Biba, l’Express, Libération, Bayard Presse, Les 4 Temps…). Elle a présenté plusieurs expositions de sérigraphies et de gravures à La Villette et à la Cité Internationale des Arts. La partie la plus visible de son travail se retrouve disséminée chez de nombreux éditeurs jeunesse (L’Edune, Michalon,Le Rouergue). A la veille de la sortie de son premier film d’animation, nous avons fait un tour d’horizon de ses multiples activités liées à l’image sous toutes ses formes.

portrait2.jpg

Séverine Assous

Illustrissimo: Bonjour Séverine, tu as démarré ta carrière professionnelle, il y a une petite dizaine d’années. Comment arrives-tu à naviguer entre ton métier de directrice artistique et celui d’illustratrice?

Séverine Assous: Les éditions du Rouergue m’ont proposé de faire mon premier livre au moment où je m’engageais dans mon premier vrai boulot comme directrice artistique. J’ai choisi de ne pas choisir, vu la difficulté de vivre de l’illustration, mais je payais ce «non choix» au prix de précieux week-end sacrifiés devant mon ordi. Les deux activités se sont révélées assez complémentaires. J’ai commencé à intégrer l’illustration dans mon travail à l’agence, allant parfois jusqu’à traiter certains budgets uniquement en illustration, et inversement, le fait de manipuler beaucoup de photos pour de la DA m’a amenée à en intégrer de plus en plus dans mes illustrations. Le fait de penser mes images en terme d’impact a probablement dû modifier ma sensibilité. Il m’arrive d’être un peu en lutte contre les codes aseptisés de la com’ et de n’avoir plus envie de dessiner que des toiles d’araignées et des tétards morts, en guise de cure.

cocon2.jpg

 Cocon © Séverine Assous

Illustrissimo: Ton travail s’est épanoui dans l’édition, dans la presse. Peux-tu nous parler des 2/3 livres (ou des images) qui comptent le plus pour toi dans ton parcours ?

Séverine Assous:  Les images qui comptent le plus pour moi sont celles que je fais en dehors des commandes, en me laissant guider par mes rêveries et mes obsessions, sans être contrainte par des délais ni des messages à faire passer. La dernière série remonte à il y un peu plus d’an. Je commençais à réfléchir à un livre, sur un cauchemar que je faisais étant enfant, et en cherchant à développer cet univers, je collectais des images, des photos, des couleurs liées à ça. Petit à petit j’ai lâché l’idée du livre pour  faire ces images. Un autre événement important a été de faire mon site internet, en faisant des petites boucles d’animation, ça a été une révélation, de voir l’immense potentiel de l’image animée.

hot-dog1.jpg

Hot Dog © Séverine Assous

Illustrissimo:  Tu viens de présenter un film dans la collection le Laboratoire d’images, quels sont les enseignements et les satisfactions que cette expérience t’a apporté ?

Séverine Assous: Presque tout était satisfaisant dans cette expérience. Et difficile aussi. Ce genre de commande où l’on donne carte blanche à un illustrateur pour réaliser et diffuser son propre film est extrêmement valorisant, et rare. La satisfaction venait beaucoup du fait de faire quelque chose que je ne savais absolument pas faire. Un scénario, penser à un rythme, des plans, de la musique. Le fait de façonner mentalement toute cette atmosphère me permettait peu à peu de faire exister l’histoire avec des images de plus en plus précises. Elles étaient nécessaires pour pouvoir emmener tout le monde dedans. Puis lorsqu’on a commencé à réaliser, chacun a apporté sa pierre à l’édifice, c’était fascinant et invivable aussi, je n’arrivais pas à me détacher de ce que j’avais dessiné et imaginé, ni l’habitude que tout soit aussi net et défini. Mais bon, ça y est, je crois que j’ai fini par accepter que le film m’échappe et prenne son autonomie.

32-arbre2.jpg

32 arbres © Séverine Assous

16oiseau1.jpg

Oiseau © Séverine Assous

 

L’incroyable “Labo d’images” de Mr Janicot, saison 2

11 mai 2011

Ce mardi 10 mai se déroulait au Cinéma des cinéastes la deuxième édition du “Laboratoire d’images” près de la place de Clichy. Une salle bondée d’illustrateurs, d’animateurs et d’étudiants (et même… de quelques agents) assistait à l’avant-première. Cette très belle sélection due à la sagacité de Christian Janicot, réunissait une fois encore la crème de l’illustration franco-belge.

cinema-des-cineastes.jpg

Rappelons le principe de cette collaboration inédite entre les étudiants de Supinfocom (Arles et Valenciennes) et des auteurs confirmés: chaque illustrateur apporte son univers, ses idées et une trame de scénario, à charge pour les étudiants d’adapter sans trahir, en passant de la 2D à la 3D. Nous complèterons ce premier article par quelques interviews des auteurs dont nous suivons le travail de près. Ce programme sera diffusé sur Canal + le 6 juin 2011, il fait partie de la collection du Mensomadaire, le magazine des curiosités visuelles.

janicot.jpg

Christian Janicot

Illustrissimo: Bonjour Christian, tu as démarré le Laboratoire d’Images en 2010, la deuxième saison est présentée le 10 mai au cinéma des cinéastes.  Peux -tu nous dire ce qu’est ce Laboratoire d’Images ?

Christian Janicot: Le Laboratoire d’Images c’est une collaboration entre « la fine fleur » de l’illustration et de la BD européenne, et des étudiants en animation d’images de synthèse. Au cours d’une Master Class de deux mois, cette année encore, 10 nouveaux artistes (Séverine Assous, François Avril, Beb-deum, David B, Laurent Durieux, Sophie Dutertre, Thierry Guitard, Bruno Salomone, Stan & Vince, Brecht Vandenbroucke) ont confié à 60 étudiants leurs univers graphiques 2D. Ensemble, ils ont relevé le défi de les traduire vers l’animation 3D.

L’idée de ce « laboratoire » c’est inventer de nouvelles écritures pour l’animation et d’ouvrir des pistes… C’est un lieu d’expérimentation qui permet la création de courts-métrages originaux de 3/4 minutes. Les films du Laboratoire proposent des histoires et des visions très personnelles avec une grande liberté de ton et de forme. Les illustrateurs explorent un média et des outils qu’ils ne connaissent pas, une nouvelle dimension de leur univers: celui de la mise en scène, de la musique et du sound design pour souligner l’image, de comment raconter une histoire en mouvement…

minus.jpg

Minus de Stan & Vince © Le Laboratoire d’images/Cargo Films/Canal+/2011

Les étudiants qui participent à cette Master Class sont encadrés par une équipe pédagogique et des professionnels de l’audiovisuel. Dans cette aventure, ils apprennent à regarder des images qui ne sont pas « formatées », il y a un véritable échange. D’ailleurs les films sont cor-éalisés par les artistes et les étudiants! En l’espace de 2 ans, on  a produit 22 courts-métrages d’artistes… Toute une collection!

avril.jpg

Brandt Rhapsodie de François Avril © Le Laboratoire d’images/Cargo Films/Canal+/2011

Illustrissimo:  Peux-tu nous résumer en quelques mots ton parcours ?

Christian Janicot: Dans mon parcours de directeur artistique, j’ai toujours invité des artistes à travailler avec des outils qu’ils ne connaissaient pas, j’ai dirigé des recherches les associant aux nouvelles technologies de l’image. Je trouve fondamental d’explorer et de faire communiquer des univers, et j’aime le décalage ! Faire travailler un peintre comme Matta sur une palette graphique ou un illustrateur de BD en 3D par exemple. J’ai même fait un livre, l’Anthologie du cinéma invisible dans lequel j’ai rassemblé une centaine de projets de films improbables de poètes et d’écrivains comme Apollinaire, Desnos, Sartre, Gide ou encore Céline… C’est dans ce genre de confrontation, de mise en échos, que naît la création. C’est important d’accompagner, de donner une chance à un processus de recherche tout autant qu’à sa finalité, comme en science. Le Laboratoire d’Images, c’est ça.

beb-deum.jpg

Mondiale de Beb-deum © Le Laboratoire d’images/Cargo Films/Canal+/2011

Illustrissimo:  Quel est le déclic qui te fait choisir un illustrateur plutôt qu’un autre, et quels sont les enseignements qu’ont pu tirer les illustrateurs de cette expérience ?

Christian Janicot: Le déclic est très souvent une envie de rencontre. C’est de toute évidence des artistes qui me touchent et dont j’estime beaucoup le travail et l’univers graphique qu’ils me donnent à voir. Mon choix se construit comme un collage, une diversité de caractères, de sensibilités, de contrastes, de projets et de propos très différents qui peuvent cohabiter les uns à côté des autres, côte à côte, en regard, en « écho graphique »…

Le plus beau compliment cette année a été que certains illustrateurs m’ont dit qu’ils auraient adoré vivre, en tant qu’étudiants, une expérience pareille, une Master Class avec un artiste pendant leurs études, avec un exercice grandeur nature aux exigences artistiques de haute voltige qui les prépare à la vie réelle…

Pour les illustrateurs c’est bien souvent un premier film, un premier pas. Une manière de mesurer ce nouvel outil (la 3D), ce nouveau langage, ses codes, ses règles et ses contraintes. C’est pour eux parfois une façon de sortir d’un travail solitaire, une obligation à travailler en équipe de 5 à 8 personnes;  ce n’est pas toujours facile! La plupart ont été vraiment intéressés d’avoir à préparer des centaines de dessins pour les modèles 3D, réaliser un story-board, travailler des cadrages, prendre en compte le mouvement, approcher la mise en scène, le compositing. Au final, beaucoup ont envie de continuer à faire… des films !

brecht.jpg

A tree tale de Brecht Vandenbroucke © Le Laboratoire d’images/Cargo Films/Canal+/2011

Illustrissimo:  La première saison a fait l’objet d’une présentation au festival d’Annecy et d’une édition chez Sarbacane. Quel a été l’accueil du public et des professionnels ?

Christian Janicot: Le festival d’Annecy nous réserve une place spéciale dans sa programmation pour présenter cette expérience inédite. Cette année nous avons la chance, le mercredi 8 juin, d’avoir toute une après-midi consacrée au Laboratoire d’images avec projection, rencontres, débats et … une fête !

Une projection du magazine Mensomadaire ouverte au public et sur grand écran pendant laquelle seront présentés les films qui ont été produits cette année, suivi d’une rencontre avec les principaux acteurs de cette expérience en présence de Pascale Faure, responsable des programmes courts et de créations de Canal+, les producteurs avec Jean-Jacques Beinex et Carine Leblanc de Cargo Films, quelques artistes, des étudiants, des professionnels de l’animation et moi-même…

assous.jpg

 Le secret d’Ève de Séverine Assous © Le Laboratoire d’images/Cargo Films/Canal+/2011

Christian Janicot: Ce qui m’importe c’est de mettre en valeur tout le travail accompli et de remercier chacun par un bel objet d’édition. C’est aussi un outil de travail important et de communication pour la suite de l’aventure…

Nous sommes d’ores et déjà en train de préparer avec Mark Brucker, qui est le graphiste de Mensomadaire et Thomas Cheysson qui en assurera la rédaction, le nouvel objet d’édition du Laboratoire d’Images 2. Il comprendra, comme l’année dernière, un catalogue qui donnera cette année plus de place aux projets des artistes avec notamment un facsimilé de leur story-board, une très belle série d’affiches de chacun des films dessinée par les illustrateurs eux-mêmes, sans oublier le DVD dans lequel sera inclus l’émission de Canal+ ainsi que des bonus.

durieux.jpg

Hellville de Laurent Durieux © Le Laboratoire d’images/Cargo Films/Canal+/2011

Christian Janicot: Quant à l’accueil? Très bon, je crois, du côté du public. Très impressionnant dans tous les festivals de courts-métrages et de films d’animation du monde entier où les films sont distribués par Autour de Minuit. Ils reçoivent de nombreux prix. Très étonnant aussi pour les artistes, les étudiants (et même leurs parents!) de voir leurs films partout en surprises sur la grille de Canal+.

dutertre.jpg

Cependant, les instants étaient précieux de Sophie Dutertre © Le Laboratoire d’images/Cargo Films/Canal+/2011

Christian Janicot: Pour le milieu professionnel, il faut sans doute du temps pour faire comprendre une telle démarche qui s’inscrit… dans le temps justement! J’espère qu’une saison 3 va pouvoir fédérer des envies. J’imagine que ce Laboratoire puisse être une des vitrines d’innovation graphique pour l’ensemble de la profession. Qu’il puisse rassembler autour du désir de pousser toujours plus loin les frontières de l’image animée.

Pour moi, le Laboratoire est un vivier de talents où se développent des langages qui doivent venir enrichir l’industrie du cinéma d’animation d’aujourd’hui et, surtout, dessiner les contours de la création de demain. J’espère que le Laboratoire va faire « des petits », rebondir, permettre la création de courts-métrages, de séries d’animation, et de longs métrages… pourquoi pas?!

salamone.jpg

Egaro de Bruno Salamone © Le Laboratoire d’images/Cargo Films/Canal+/2011

Illustrissimo: Les retombées d’un tel projet pour la chaîne, les auteurs et les étudiants sont elles quantifiables?

Christian Janicot: Ce qui m’importe c’est que tout le monde s’y retrouve. Les artistes qui explorent pour la première fois l’animation, les étudiants dans l’exercice proposé aux contacts d’artistes étonnants, les écoles pour la qualité de leur formation, la production pour tous les rebonds que cela induit ; l’éditeur, le distributeur, la chaîne de télévision pour la création qu’elle diffuse et bien sûr le public. On ne fait pas de la recherche dans « notre coin », on ne fait pas ce métier pour rester invisible ! On est au début de la maturité de l’image de synthèse. C’est important de se servir des outils que la modernité a mis à notre portée et de créer avec. Le métier d’illustrateur est aujourd’hui sur plusieurs fronts, dont l’animation tient une place importante.

david-b.jpg

Rêve du 1er avril 1999 par David B © Le Laboratoire d’images/Cargo Films/Canal+/2011

Illustrissimo: En terme de production, y a t-il des enseignements à tirer de la première saison pour la deuxième, et l’avenir de la saison trois est il assuré ?

Christian Janicot: Le Laboratoire doit devenir pérenne. On est en train de réfléchir à l’art et à la manière d’améliorer son fonctionnement (ouvrir à l’ensemble des écoles d’animation européennes par exemple ou encore pouvoir inviter des artistes d’horizons lointains). Le champ d’action est très vaste, le nombre d’artistes que j’ai envie d’inviter l’est tout autant.

Un laboratoire c’est un endroit où on cherche mais où on a aussi envie de trouver quelque chose. C’est un temps de réflexion à part. En terme de production il y a beaucoup d’enseignements à tirer des deux premières saisons, d’aménagements à faire, de confort de temps et de finances, de suivi des projets. C’est quelque chose en mouvement, qui peut et doit s’améliorer…

En attendant la suite, je vous invite à regarder cette Saison 2 sur Canal+ le 6 juin à 23h dans le magazine Mensomadaire mais aussi au Festival International du film d’animation d’Annecy le 8 juin… en espérant que cela vous plaise!

L’interview de Jacopo Rosati

5 mai 2011

Nous vous avions déjà présenté le travail de Jacopo Rosati sur ce blog il y a un an. A l’occasion d’un voyage à Venise, une rencontre avec cet illustrateur, autour de son carnet de croquis, a permis de mieux connaitre les motivations et le parcours de ce jeune illustrateur vénitien de 23 ans.

llustrissimo: Quel parcours scolaire as-tu suivi, et comment s’est prise ta décision de devenir illustrateur ? Jacopo Rosati: J’ai un diplôme de technique d’impression, (dont la gravure, lithographie et sérigraphie). A mon avis, certaines écoles d’art sont dévouées au monde de l’art avec un grand “A” et ne font pas grand cas de l’illustration ou des différentes  formes d’art commercial. Au départ fasciné par le monde de l’art, j’ai ensuite senti que celui de l’illustration était pour moi plus amusant et intrigant. J’aime dessiner en répondant à des commandes, avec des buts éditoriaux, commerciaux et sociaux, en essayant d’atteindre toujours plus d’audience, de toucher plus de gens.

jacopo-rosati.jpg

Jacopo Rosati dans les rues de Venise

Illustrissimo: A quoi ressemble la journée de travail type de Jacopo? Jacopo Rosati: Je passe généralement 8 à 10 heures tous les jours à travailler. Lorsque je suis surchargé de travail, je ne compte plus mes heures de travail. J’essaie de garder l’esprit et le regard clair en faisant des pauses pendant lesquelles je peux dormir ou sortir pour éviter le surmenage.

jacopo-rosati-4.jpg

 © Carnet de Jacopo Rosati

Illustrissimo: Quels conseils donnerais-tu aux artistes qui cherchent à percer dans l’illustration ? Jacopo Rosati: Je me sens trop jeune pour donner des conseils. Je veux juste dire qu’avant de développer un style unique et cohérent, c’est primordial de maitriser le dessin classique, je pense que le croquis sur le vif vous apprend à dessiner les formes. Puis, quand on commence à développer son propre style, après avoir passé suffisamment de temps à étudier l’histoire de l’illustration, on peut essayer de représenter ta propre vision de la réalité. La chose la plus importante est de rester soi-même, de ne pas essayer de ressembler à quelqu’un d’autre. Si tu es toujours curieux, que tu as toujours envie d’apprendre et d’améliorer tes aptitudes, je crois que tu peux atteindre tes objectifs.

 jacopo-rosati-3.jpg 

 © Carnet de Jacopo Rosati

llustrissimo: Quels sont les artistes ou les styles qui t’ont influencé?

Jacopo Rosati: Compte tenu de mes études, je suis sensible aux graveurs et d’artistes qui ont utilisé les techniques d’impression. En partant des Européens du 17ème siècle jusqu’à l’art du Moyen-Orient jusqu’à l’art de la gravure sur bois en Asie. Je pense aussi que les affiches de la Belle Epoque (comme Jules Chéret) représente une période importante de l’histoire de l’illustration,comme la genèse de l’illustration commerciale et publicitaire. J’aime l’utilisation du cerné noir qui cloisonne la couleur, comme l’utilisait l’affichiste tchèque Alfons Mucha (1860-1939) et de l’illustrateur de contes russes Ivan Bilibine (1876-1942)J’apprécie le contraste entre les couleurs et les lignes qui fait la puissance de leurs images. Dans genre opposé, j’aime aussi la ligne de Saul Steinberg, très intéressant et toujours inspirant. Je considère Jim Flora comme une de mes premières influences pour sa façon unique de représenter la réalité avec des gens, des animaux, des objets et des immeubles. En fait, plutôt que de style, je préfère parler de “différentes manières de représenter la réalité”. Il y a plein d’autres artistes que j’oublie et évidement mon style est lourdement influencé par des formes nouvelles de l’illustration comme le dessin d’humour et la bande dessinée, mais la vérité est qu’on n’arrête jamais d’apprendre et de découvrir de nouvelles influences.

 jacopo-rosati-2.jpg

 © Carnet de Jacopo Rosati 

llustrissimo: Dans ton processus de travail,quelle est l’étape la plus délicate? Jacopo Rosati: Avant toute chose, j’essaie de trouver une idée de ce qui a déjà été fait sur le sujet de l’illustration. De cette façon, j’ai une vue d’ensemble de ce que les autres artistes ont déjà faits. Puis, je commence avec mon propre travail. Je dessine dans mes carnets parce que je veux garder tous mes dessins réunis. Je démarre avec des croquis rapides au crayon jusqu’à obtenir un bon visuel qui plait au client. Ensuite, je dessine plus de détails et j’ajoute quelques couleurs. Enfin, je scanne le tout et trace la version finale en vectoriel. Je pense vraiment que l’étape la plus importante et la plus complexe est celle de la définition du concept dont dépend toutes les autres étapes.

 jacopo-rosati-1.jpg

© Carnet de Jacopo Rosati

llustrissimo: Quelles ont été tes expériences professionnelles les plus marquantes et tes aspirations pour l’avenir ?

Jacopo Rosati: J’aime particulièrement l’illustration que j’ai faites pour “Geico Magazine sur les nouvelles voitures éléctriques. D’autre part, j’aime la musique et je joue de la guitare en amateur. J’aimerais lier mes deux activités, l’univers de la musique et des arts visuels sont intiment liés pour moi. Mon prochain défi serait de réaliser une pochette de disque

http://www.jacoporosati.com/ et d’autres images chez Illustrissimo, sur son book en ligne!

Gwénola Carrère: L’interview

28 mars 2011
gwenola_carrere.png

Gwénola Carrère a commencé sa carrière d’illustratrice jeunesse en 2005 avec la parution en Italie du livre “Una Baccheta magica” qui lui a porté chance. Alors installée à Bruxelles et exposée avec l’avant-garde des jeunes illustrateurs belges, elle est remarquée par les éditions Thierry Magnier – par votre serviteur. Depuis, un cercle d’amateurs d’affiches toujours plus nombreux lui voue un culte discret et certain. Après avoir exposé au salon de l’Articho en 2010, c’est au salon “Pick me Up” de Londres qu’elle présente en ce moment ses originaux. L’occasion d’une interview et de recueillir ses impressions à chaud.

muze.jpg

“Muze”, © Gwénola Carrère Illustrissimo: Tu participes au salon “Pick me Up” à Londres, peux-tu nous parler de cette partie de ton activité qui concerne les expositions de tes originaux?

Gwénola Carrère: L’exposition de mes originaux est d’autant plus importante à mes yeux qu’à l’heure où la plus grande visibilité pour les créatifs passe par le net, on ne se rend plus vraiment compte de ce qui fait le « vrai » travail. A savoir dans mon cas, la taille des images est souvent assez imposante (autour de l’A2) et les couleurs, tout comme les matières et la facture, sont plus difficilement perceptibles à l’échelle et à la résolution de l’écran d’ordinateur. Par ailleurs, un exposition d’originaux est souvent l’occasion de vendre mes images, et, si je ne suis pas d’un tempérament franchement intéressé, en revanche ça me fait toujours rêver d’imaginer la destination de mon travail, puisqu’il voyage beaucoup plus et plus loin que moi-même!

 radioactivities.jpg

“Radioactivities”, © Gwénola Carrère Illustrissimo: Tu vis à Bruxelles, y a t-il des débouchés pour les illustrateurs travaillant en Belgique et dans quel domaine?

Gwénola Carrère: Je dois bien avouer que je travaille beaucoup plus avec la France et l’Angleterre qu’avec la Belgique! Le marché belge est en effet naturellement petit, vu non seulement la taille du pays mais aussi vu la division linguistique. Les néerlandophones ont leurs propres illustrateurs, et n’étant moi-même (carrément) pas belge d’origine, au début de ma carrière j’ai ressenti quelque fois que ça ne m’aidait pas… Du coup, je n’ai jamais vraiment insisté et me suis davantage tournée vers d’autres pays. (En fait, si je remonte dans le temps et à la source de mes premiers contacts importants, je dois beaucoup à l’Italie, étonnamment! C’est là que les choses ont vraiment commencé, avec mon premier album jeunesse, paru chez Topipittori en 2005). Mais Bruxelles n’est évidemment pas une ville morte si l’on regarde ce qui se passe en bande dessinée, on peut même dire que c’est une ville hyper-active de ce côté-là. Tout au long de l’année, je ne compte pas le nombre d’événements, d’expositions, d’éditions, et même une émission de radio, qui sont dédiés à ce domaine passionnant.

panikparty.jpg “Panik Party”, © Gwénola Carrère Illustrissimo: Ton travail s’est développé dans le milieu de l’illustration jeunesse, quels sont les artistes qui t’ont donné envie de faire ce métier, et comment envisages-tu l’avenir dans les mois qui viennent ?

Gwénola Carrère: J’ai eu une vraie révélation lorsque j’ai découvert l’art russe dédié à la jeunesse des années 1920-30. A travers plusieurs ouvrages, dont un livre japonais publiant une hallucinante collection privée, et bien sûr à travers le très beau travail des éditions Mémo sur « Quand la poésie jonglait avec l’image » de Lebdev et Marchak, entre autres… Dans les mois à venir, je vais me concentrer sur le scénario et le story-board d’un film d’animation qui devrait être réalisé à l’automne prochain dans le cadre du fabuleux « Laboratoire d’images », projet porté par Christian Janicot, Canal + et l’école Supinfocom. Mais tout est encore à faire à l’heure où je vous parle, donc je préfère ne pas m’avancer davantage. Je peux juste dire que la musique aura une très grande importance… Sinon, l’un de mes rêves serait de m’approcher du monde du textile, j’aimerais créer des motifs, des dessins pour des vêtements et des accessoires. J’y pense, j’y pense…

yokomax.jpg “Yokomax”, © Gwénola Carrère Pour voir plus d’images, consulter le book de Gwénola Carrère sur le site d’Illustrissimo!

 main.jpg