Archives pour la catégorie Editions

Gwendal Le Bec, Comme un Géant

Gwendal LeBec nous emmène à l’aventure dans les pas d’un Vaillant Petit Gorille.  Un album écrit par et sous la direction de Nadine Robert qui inaugure une nouvelle maison d’édition jeunesse basée à Montréal : Comme des Géants. Bravo à eux et bonne continuation. http://commedesgeants.com/ Le travail de Gwendal devrait être publié au printemps par les éditions du Seuil.

 

Yann Kebbi dans Dada

Comme Icinori l’an passé, c’est au tour de Yann Kebbi d’enchanter les pages du toujours-aussi-bon Dada pour le numéro 188 (Janvier 2014).

Un numéro consacré à Brueghel dont le foisonnement et le jeu des détails dans la composition trouve un échos moderne dans le travail de Yann Kebbi. Trois très belles doubles-pages à découvrir en aperçu ici et dans la revue chez votre libraire préféré…

Blexbolex récompensé

La série des imagiers de Blexbolex avait commencé par une récompense en 2009, celle du « plus beau livre du monde » pour L’imagier des gens. Elle se terminera sur une autre, la pépite de l’OVNI décernée par le Salon de Montreuil (édition 2013), pour Romance toujours chez Albin Michel. Surprenant à plus d’un titre, c’est cette fois dans l’univers des contes et légendes que nous emmène l’auteur. À découvrir donc, si ce n’est pas déjà fait.

Hormis cette récompense, son actualité se poursuit au Monte en l’air qui présentait le 28 novembre 2013 pour le lancement de Romance huit sérigraphies au tirage ultra-limité (20 exemplaires, 35 euros l’unité) tirées du livre. Un travail d’orfèvre dont on propose ici un aperçu.

Librairie Galerie Le Monte-en-l’air

71, rue de Ménilmontant / 2, rue de la Mare

75020 Paris

ouvert tous les jours de 13h à 20h – le samedi de 10h à 20h.

Entretien avec Frédéric Niffle

Frédéric Niffle est depuis déjà 5 ans le rédacteur en chef du journal Spirou. Un parcours sans faute pour cet esthète de la bande dessinée. Après des débuts prometteurs dés l’âge de 16 ans avec le fanzine « Synopsis » devenu très vite pro,et une belle carrière d’éditeur où il initia le principe des intégrales en petit format (reprise depuis par la totalité des éditeurs) il rentre en mission chez Dupuis pour rajeunir le titre phare Spirou et lancer des nouveaux auteurs.

crédit photo : Xavier Hauptmann

Je précise que c’est aussi pour moi, l’occasion de saluer un ami de trente ans rencontré à l’adolescence, avec qui un dialogue ininterrompu s’est noué autour de l’image et des auteurs que nous aimons.

Le magazine vient de fêter ses 75 ans avec un numéro exceptionnel. Les repreneurs de la série Yoann au dessin et Fabien Wehlmann signent une couverture qui rend hommage aux héros historiques du magazine.

Gaston chez Spirou par Blutch

1/ Quel bilan personnel et professionnel tires-tu de ces cinq années passées à la rédaction en chef de Spirou ?

S’occuper d’un hebdo, c’est un boulot qui ne vous lâche jamais. Du coup, les vacances, ce n’est jamais trop d’actualité. Mais j’ai le sentiment d’y être vraiment à ma place, même s’il m’a fallu quelques mois avant d’accepter ce poste qui m’obligeait à stopper net mes éditions. Si je regarde de loin mon parcours et mes relations professionnelles, c’est un peu comme si tout m’avait amené à m’occuper un jour de ce magazine. Pendant combien de temps encore ? Apparemment, on ne tient pas plus de dix ans comme rédacteur en chef de Spirou.

Manu Arenas

2/Quels sont les principaux auteurs  et les découvertes que tu as amené  ?

En cinq ans, on a publié entre 250 et 300 auteurs différents, notamment à travers la rubrique La Galerie des illustres. Il me semble qu’on n’a jamais fait découvrir autant de styles et de genres différents dans Spirou. Et ça m’a permis de voir quels étaient les auteurs en symbiose avec l’esprit du journal. Parmi eux, Arthur de Pins – que tu m’avais présenté – avait réalisé une magnifique couverture Halloween pour Spirou; de cette couverture est née la série Zombillénium qui est devenu un succès en librairie. Lewis Trondheim est très présent dans le journal depuis 5 ans, avec notamment la série Ralph Azham, ou sa collaboration sur Texas Cowboy avec le magnifique dessinateur Matthieu Bonhomme qui réalise aussi Esteban. On peut citer également Benoît Feroumont, animateur de dessin animé, Guillaume Bianco, Jean-Yves Duhoo, et quelques auteurs du défunt mensuel Tchô!, comme Nob, Tebo ou Ohm.

Couverture d’Arthur de Pins

3/  » La galerie des illustres »  vient de sortir, un pavé  impressionnant qui regroupe le gratin de la Bande dessinée. Quels sont tes plus grandes satisfactions pour ce livre et tes regrets (s’il y en a) ?

Il aura fallu cinq années de patience – et d’acharnement parfois – pour réunir ces 200 auteurs. Nous leur avons chaque fois demandé de réaliser une planche de BD en hommage à l’univers de Spirou, tout en restant graphiquement eux-mêmes car ce « dictionnaire » de 400 pages est avant tout un portrait des auteurs qui comptent aujourd’hui. J’avais comme modèle le magnifique livre sur la peinture The Art Book chez Phaidon, et j’avais envie de réaliser l’équivalent pour la BD. Ça permet de se faire une idée assez complète du domaine, avec plus de 1000 références bibliographiques. D’une manière générale – et c’est vraiment mon sentiment –, ça a été une satisfaction pour chaque auteur, tout simplement parce que j’admire leur travail et qu’ils m’ont tous fait ce cadeau formidable d’y participer. On ne peut qu’être touché par cette générosité car ça impliquait pour chacun un gros boulot. Evidemment, les regrets, c’est ceux qui n’ont pas voulu ou pas pu ou pas répondu.

Couverture signée Rabaté

4/Diverses opérations saluent les 75 ans de Spirou, quels sont les évênements à venir en France ?

On réalise actuellement un « Spirou Tour » qui passe par dix villes de Belgique, de France et de Suisse. On sera par exemple le 4 mai à Paris, à La Fnac des Ternes, pour proposer des animations et des dédicaces avec des auteurs du journal (à Paris, il y aura Libon, Feroumont, Krassinsky & Mazaurette, Jacques Louis et Alain Henriet). Plus tard, nous passerons par Lausanne, Lyon, Montpellier, Bordeaux, Nantes et on terminera en novembre à Rennes. Cela s’accompagne à chaque fois d’un numéro spécial de Spirou et d’un partenariat avec un librairie et un journal régional (Le Parisien pour Paris).

Couverture signée Charles Berbérian

5/ Reverra t-on prochainement les productions de Frédéric Niffle  éditeur dans les bacs des librairies ?

Oui, je travaille depuis deux ans sur une collection qui va faire découvrir d’une façon nouvelle les classiques de la BD. Je cherche la formule qui fonctionne en série, avec du matériel existant (les auteurs ayant disparus), visuellement séduisante et – le plus difficile – indémodable. J’ai dû faire 150 versions différentes, un vrai casse-tête. Mais je ne me vois pas revenir avec un projet qui ne soit pas éditorialement original. Ce sera pour fin 2013 ou 2014.

Spirou à NYC par François Avril

L’interview de Gwendal Le Bec

Le blog d’Illustrissimo: Bonjour Gwendal, tu viens de remporter le prix des pépites de l’album au dernier Salon du Livre Jeunesse de Montreuil, pour ton premier livre en tant qu’auteur complet. Peux-tu nous parler de la genèse du Roi des oiseaux, de tes partis pris graphiques de travailler en 2 couleurs ?

Gwendal Le Bec: Quand on était petits (je dis « on » parce que j’inclus là mes frères et sœurs) notre père nous racontait des histoires tous les soirs avant d’aller nous coucher. En général il nous lisait des livres qui, pour un grand nombre d’entre eux, restent très important pour moi encore aujourd’hui, mais parfois il nous racontait d’autres histoires. Celle du Roi des oiseaux était l’une d’entre elles. Elle revenait de temps en temps sous différentes formes. Mon père tenait cette histoire de son père, qui jouait le même rôle bien des années avant. Je pense que ça a aidé à lui donner un statut particulier dans mon esprit. Je ne me souviens plus quand cette volonté d’adapter cette histoire m’est venue, mais il y a un moment où ça c’est imposé. Je ne me souvenais plus dans les détails ce que mon père me racontait, de toutes façons ça changeait à chaque fois, j’ai donc choisi de n’en garder que la structure et de réécrire le reste à ma manière.

Le Roi des oiseaux, Albin Michel

Au niveau du dessin, j’ai voulu mettre l’accent sur les oiseaux, j’ai donc gommé au maximum les décors pour avoir quelque chose de théâtral dans la simplicité. Ayant sur chaque pages un profusion d’oiseaux il était hors de question que je leur donne à chacun leur couleurs, le dessin aurait perdu en subtilité. La bichromie s’est donc imposée, ça n’est pas une posture de ma part. Mais j’aime beaucoup les livres en bichromie, ça se faisait beaucoup dans les années 70, et même toujours aujourd’hui, il n’y a rien de très original là dedans.

Quel est l’impact d’un tel prix pour toi ?

Recevoir le prix à Montreuil était une grande surprise, je ne me rend toujours pas bien compte de ce que ça signifie, je crois que c’est une assez grande reconnaissance dans la profession mais ça ne me fait pas dire pour autant que je n’ai plus rien à apprendre, bien au contraire… Je n’en suis qu’au tout début, alors si ce prix peux me donner un coup de pouce c’est très bien.

Cartoon

Le blog d’Illustrissimo: Comment envisages-tu la suite en tant qu’auteur jeunesse ou illustrateur ?

Gwendal Lebec: Je ne me considère pas comme un auteur jeunesse en particulier, différentes opportunités ont fait que je me suis pour l’instant plus affiché dans la jeunesse, mais l’illustration adulte m’intéresse tout autant. Le problème avec ce métier, c’est que les gens ont du mal à vous projeter dans autre chose, quand vous faites de la jeunesse, on ne va pas vous contacter pour de la presse ou autre, il faut montrer par soi-même qu’on est capable de le faire. Je n’ai pas établi de plan de carrière, je n’ai donc aucune idée de ce qui va se passer, ça dépendra de mes envies sur le moment et des opportunités. J’ai tout un tas de projets qui attendent patiemment que je leur consacre du temps, des livres jeunesse, mais aussi des projets de bandes dessinées auxquels je tiens beaucoup. Vous l’aurez compris, la narration m’intéresse particulièrement, mais j’aimerais aussi me pencher vers des choses purement graphiques, je pense qu’il serait intéressant pour moi de balancer entre les deux. Et puis la presse bien sûr…

Tibet on fire, News of the time

Le blog d’Illustrissimo: Tu viens de créer avec ton frère Yann Le Bec et Jean Jullien, News of the time: un blog graphique consacré à l’actualité. Peux-tu présenter ton équipe et comment vous vous répartissez les sujets et votre angle d’attaque pour traiter les informations ?

Gwendal Le Bec: À la base c’est un projet que Yann et Jean avaient ensemble, ils voulaient trouver un moyen de collaborer sur quelque chose et sont tous les deux intéressés par une approche politique de l’illustration. Ils ont donc commencé ce blog en janvier dernier en choisissant des articles à illustrer dans différents journaux anglophones sur internet (on vit tous les trois à Londres et il est de toutes façons plus intéressant de le faire en anglais pour avoir une portée internationale). Les dessins sont parfois à caractère politique, parfois pas du tout, je pense qu’ils ont très vite trouvé une bonne balance entre les sujets importants et l’anecdotique, on ne peut pas non plus faire des dessins sur la Syrie tous les jours…

Je les ai rejoins en février parce que ça me rendait sacrément jaloux. On ne se fait pas de réunion éditoriale ; comme beaucoup de gens on lit les news tous les jours, on choisi donc dans le tas ce qu’on veut illustrer sans se concerter. Ça n’est que le début, mais ça tourne bien pour l’instant, je pense qu’on va regarder la chose évoluer et essayer de continuer dans cette lancée. Peut-être qu’à un moment on devra quitter le format blog pour avoir quelque chose de plus important, mais on verra ça avec le temps.
Dans tous les cas c’est un exercice qui me plait beaucoup.

Tibet on fire, News of the time

Le blog d’Illustrissimo: Tu rejoins l’agence Illustrissimo, en venant de Duperré, juste après Mathilde Nivet, Quentin Vijoux et Aki. Y aurait-il une pépinière de talents tentés par l’illustration dans une école plus tournée vers les métiers du design et de la mode ?

Gwendal Le Bec: C’est vrai qu’il n’y a pas de formation d’illustration à Duperré, mais je conseille à toute personne qui veut faire de l’illustration d’étudier autre chose. J’ai pour ma part étudié le graphisme, et je pense que ça m’a apporté une ouverture très importante pour ma pratique de l’illustration. Il est important de nourrir son travail par autre chose, que ce soit dans les arts visuels, la littérature ou les arts appliqués, on ne peut pas se cantonner à ne regarder que du dessin. Donc Je ne sais pas si Duperré en particulier est une pépinière de talents pour l’illustration, on trouve des gens doués dans toutes les écoles d’arts et pas seulement à Paris. Les Arts Déco de Strasbourg en sont un très bon exemple… L’important c’est d’être dans un environnement qui vous ouvre d’autres portes!

Un bois, à paraître chez Albin Michel Jeunesse

Luis Grañena

Depuis le mois de septembre 2009 l’illustrateur Luis Grañena renouvelle le genre du portrait politique à la une de Libération. Comme l’avaient fait en leur temps les grandes gueules du Pilote des années 70 (Morchoisne, Mulatier Ricord). Il faudrait cette fois chercher du coté de Al Hirschfeld le grand caricaturiste américain ou encore vers le caricaturiste italien de Vanity Fair des années 30: Paolo Garetto. L’outil numérique apporte une touche de modernité, son trait élégant reste totalement intemporel. La parution de Bling permet de mettre en avant un certain nombre de ses meilleures caricatures politiques, dont la plupart ont été crées spécialement pour cet ouvrage.

Le blog d’Illustrissimo: Laissons la parole à Luis Grañena pour nous retracer son parcours, l’historique de Bling et ses projets.

Luis Grañena: Je suis illustrateur depuis  un certain nombre d’années  et depuis que  j’ai commencé à travailler avec le quotidien français Libération, ils me donnent quelques clés pour illustrer la vie politique française. Si j’ai quelques références de politique intérieure, je préfère me tenir éloigné de la politique en général, et je travaille sur de nombreux autres domaines. Michel Lagarde, mon agent parisien et depuis peu mon éditeur, a jugé bon de remettre en lumière mes dessins publiés dans Libération à l’approche des élections, j’ai donc du produire un certain nombre de nouvelles images pour coller au texte de Christophe Conte. Depuis que j’ai commencé a publier mes portraits, j’ai été contacté petit à petit par de nombreux autres journaux, je dois faire face à de nombreuses collaborations en même temps. C’est là, que les problèmes commencent ! Les quotidiens exigent une réponse rapide, je dois ainsi refuser des commandes en raison du manque de temps. Je préfère de manière générale travailler pour les hebdomadaires ou magazines qui me laissent deux ou trois jours pour travailler. En tous cas, une bonne organisation du temps est essentielle pour  mener à bien mes projets personnels. Je dois travailler en plus, une fois le travail de commande de la journée terminé En ce moment je travaille avec un ami écrivain et journaliste pour un livre illustré, sur les grandes figures de la littérature internationale. J’espère pouvoir finir  toutes les illustrations à la fin de 2012 … ou au printemps 2013.



Icinori, le grand entretien

Icinori est composé de Raphael Urwiller et Mayumi Otero. Tous deux jeunes diplômés des Arts Décoratifs de Strasbourg, ils ont fondé en marge de leur activité d’illustrateur: les éditions expérimentales Icinori. L’occasion pour nous d’une rencontre et d’une découverte approfondie de leur travail.

Raphael Urwiller et Mayumi Otero dans leur atelier de sérigraphie

Illustrissimo: Bonjour Icinori. Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre activité d’illustrateur d’un côté, et d’éditeur de l’autre ? 

Icinori: Passionnés par l’image imprimée, l’estampe et de dessin contemporain, nous dessinons pour la presse et réalisons indépendamment des albums jeunesse. Icinori a été créé alors que nous étouffions dans des cours sans aucun aboutissement concret et nous nous sommes ainsi lancés dans des éditions expérimentales pour éprouver la matérialité de nos images, questionner l’objet livre, expérimenter l’union triangulaire entre le dessin,  le papier, la couleur afin de tenter d’en faire une matière sensible.

Jabberwock – Icinori

La sérigraphie s’est vite imposée comme un médium d’apprentissage incontournable – à défaut d’avoir une machine offset sous la main. Icinori est devenu complémentaire à nos travaux de commandes, nous avons cette aire de liberté totale, notre espace de recherche indépendant qui nous permet d’inventer de nouvelles solutions pour nos travaux de commandes, pour réinvestir ces trouvailles dans des projets basés sur des dialogues avec le commanditaire – souvent enrichissants.

Dada double 3d – Icinori

Illustration pour le magazine anglais Nobrow – Raphael Urwiller

Illustrissimo: Vos premières illustrations paraissent régulièrement dans la revue Le tigre , et plus ponctuellement dans les revues XXI, DADA, Forbes, Wired, Nobrow.

Icinori: Nous avons en effet une petite paire d’illustrations tous les mois dans le Tigre. Nous sommes aussi sur des projets d’éditions jeunesse qui sont actuellement chez l’imprimeur… Quelles sont vos influences (ou sources d’inspirations) graphiques et littéraires? Nous aimons particulièrement fouiller dans toute l’histoire de l’image imprimée moderne ou ancienne et l’art populaire sans oublier l’art contemporain. Nous adorons évidemment Pierre La police, Tom de Pékin,  Killoffer, Wagenbreth, Hagelberg mais nous essayons d’étendre au maximum nos aires d’inspiration hors du champs de l’illustration contemporaine .

Mayumi Otero – Fabrique des Tigres 

Les éphéméras -d’une richesse incroyables-, des matchbox labels aux images d’Epinal, les grands graveurs – de Goya à Dürer en passant par David Hockney et Kuniyoshi -, la renaissance florentine – de Gozzoli à Della Francesca -, les affichistes pop japonais tel que Yokoo Tadanori ou Shigeo Fukuda, la presse graphique militante – de Raw à Garo – et puis en vrac, Tomi Ungerer, Saul Steinberg, Jossot, Bazooka, Doré, Shrigley, Tony Cragg, Maurizio Cattelan, Superstudio et Archizoom, Bukowsky et Beckett, les frères Chapman, les papier peints du 18e, l’art brut chinois etc. etc. Nous essayons, pour chaque nouveau travail, de concilier des antagonismes très référencés, invoquer le constructivisme monolithique russe et tenter de le faire dialoguer avec la gravure baroque du 19e, jeter la sculpture pop 70’s contre l’estampe japonaise… La gymnastique graphique est parfois fastidieuse mais souvent très excitante.

Jean qui rit – Mayumi Otero – Tigre

Illustrissimo: Vous avez fait vos études aux arts décoratifs de Strasbourg, qui est de nouveau une pépinière de talents. Quels sont les principaux enseignements pour votre jeune carrière d’auteurs ?

Icinori: L’arrivée de Guillaume Dégé en tant que professeur a coïncidé avec ce renouveau, il a apporté avec lui un autre regard sur les démarches d’éditions plus indépendantes, nous avons eu la chance de bénéficier d’une tolérance pour les élèves s’investissant (s’évadant ?) dans des projets en marge, plus personnels et délaissant les exercices classiques. Nous nous sommes investit dans des workshops parallèles, proposés par des professeurs d’art, profitant au maximum des potentiels énormes et terriblement sous-exploités d’une école disposant d’un accès à des ateliers et formations très diverses, du bijou au verre en passant bien sûr par le livre ou l’estampe.

XXI – Icinori

L’enseignement de l’illustration étant parfois trop limité, nous avons cherché à nous nourrir à d’autres mamelles, d’autres pratiques, d’autres réflexions, d’étendre notre territoire d’inspiration au delà du contemporain et de l’illustration. Nous sommes menés par une intense volonté de développer un travail d’auteur, indépendant et singulier – après avoir chacun hésité à suivre un parcours plus orienté art, nous avons fait le choix de l’illustration par passion pour l’image imprimée, la narration et par goût de la création basée sur le dialogue.

Promenade – Mayumi Otero

Illustrissimo: Pouvez vous nous parler de votre travail sur les Pop-up et du mode de diffusion que vous avez adopté ?

Icinori: L’idée des popups trottait dans la tête de Raphael depuis très longtemps, depuis la découverte dans une librairie de vieux popups de Kubasta. Leur simplicité et l’ingéniosité mise en oeuvre sont incroyables ! Le contraste était intéressant entre la puissance de  livres, reliés de façon très approximatives, imprimés sur un gros carton brunâtre face à la mode presque suspecte des livres animés actuels, blancs, papier glacé, dinosaures ou égyptiens, marketing pour cadeaux de noël… Nous trouvions qu’il y avait une possibilité de résonnance entre la puissance brute de ces objets et la densité de la sérigraphie associée à nos univers personnels.

Pop up – Mayumi Otero

Il y a bien sûr des précédents comme UG qui réalise lui aussi des livres animés à la main mais nous avons fait le choix de ne pas regarder ces travaux et de travailler uniquement sur nos envies premières de volumes, redécouvrir le médium livre tout seuls, le réapprendre, le reconstruire. Raphael a donc conçu l’ingénierie des deux popups, Construction (Raphael) et Mauvais tours (Mayumi).

Pop up – Icinori

L’idée était de se laisser une liberté de création totale, tant dans le dessin qu’au niveau de l’histoire, il en résulte deux contes un peu étranges, des objets qui font sens à 50 exemplaires, résultats de nos seules envies égoïstes. C’est aussi pour cela que nous n’avons pas du tout travaillé d’idée de diffusion en amont, laissant le projet libre de toute contraintes financières, une sorte de petit caprice – donc pour la diffusion, nous flottons un peu, apprenant en rencontrant des passionnés, tirant des fils. C’est le plaisir du fait main, le rapport direct avec l’acheteur. Qui sait, 50 livres dans de bonnes mains est peut-être aussi précieux que 2000 en librairie ?

Pop up – Icinori

http://icinori.com/

Marion Fayolle chez Illustrissimo

Marion Fayolle, jeune diplômée de la dernière promotion de l’excellente École des Arts Décoratifs de Strasbourg vient de nous rejoindre. A la veille de la parution de son premier livre L’homme en Pièces  et d’une exposition à la galerie des Arts Graphiques en octobre, nous vous proposons un entretien et un petit film, premier d’une nouvelle série d’interviews filmées. L’arrivée d’un nouveau dossier à l’agence est toujours un petit événement et le travail de Marion Fayolle ne devrait pas laisser indifférent les amateurs de belles images qui font sens! Chaque jour dans la jungle des candidatures d’illustrateurs, nous essayons d’extraire le meilleur. Une nouvelle étoile est née, nous vous donnons rendez-vous le 20 octobre pour son vernissage, rue Dante à Paris.

Marion Fayolle

Marion Fayolle devant la Galerie des Arts Graphiques pour sa première exposition qui se tiendra du 20 octobre au 19 novembre 2011.

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Marion Fayolle chez Illustrissimo. Film réalisé par Emilie Pigeard, 2011.

“La toilette”, “L’homme en pièces” Marion Fayolle

« La toilette » – « L’homme en pièces » Marion Fayolle

Illustrissimo: Bonjour Marion, tu t’installes à Paris en septembre avec une double actualité: ton book chez Illustrissimo et la parution de ton premier livre L’Homme en pièces, aux Éditions Michel Lagarde le 24 octobre. Comment appréhendes-tu ces premiers pas dans ton nouveau métier d’auteur et d’illustratrice?

Marion Fayolle: Je viens tout juste d’arriver à Paris après cinq années aux Arts Décoratifs de Strasbourg. C’est un grand changement! Je suis à la fois remplie d’appréhension et très excitée à l’idée d’avoir terminé mes études et de me confronter à la vie active. La sortie de mon livre L’Homme en pièces et mon entrée dans l’agence Illustrissimo me donnent beaucoup d’élan et d’envies pour la suite. J’ai tellement hâte d’avoir entre les mains mon premier livre, de le savoir en librairie. C’est un projet vraiment important pour moi sur lequel j’ai passé un temps fou et qui représente à la fois l’aboutissement de mon apprentissage à Strasbourg et le début de ma carrière d’illustratrice. Je brûle d’impatience à l’idée de créer de nouveaux livres, de réfléchir à de nouveaux systèmes narratifs, d’écrire et de dessiner mais aussi de réussir à répondre à des commandes en utilisant au mieux les singularités de mon travail. Je me sens à un moment charnière et c’est, avouons-le, aussi enthousiasmant qu’angoissant!

 “Oiseaux”, Marion Fayolle

« Oiseaux », Marion Fayolle – « L’Homme en pièces » Editions Michel Lagarde.

Illustrissimo: Tes premières illustrations sont parues dans la Revue XXI et Paris Mômes. Quelles sont tes influences ou tes inspirations graphiques et littéraires?

Marion Fayolle: J’ai décidé de faire de l’illustration et de la bande dessinée alors qu’à priori, je n’aime pas vraiment la bande dessinée et c’est risible mais j’en ai rarement lu! Je m’intéresse davantage à la littérature, au cinéma ou au spectacle vivant. Les Contes de la folie ordinaires de Bukowski, les nouvelles de Topor, Les Métamorphoses d’Ovide, Le Portrait ovale de Poe sont autant de récits qui nourrissent ma pratique. J’aime aussi le cinéma de la Nouvelle Vague, les films de Truffaut et Rohmer. Puis, les paroles des chansons de Gainsbourg, de Brassens… Depuis mon passage aux Arts Décoratifs, j’ai tout de même appris à m’intéresser davantage à la Bande Dessinée et à l’illustration. J’ai découvert le travail d’Anna Sommer, de Ludovic Debeurme, de Jean Lecointre et de Paul Cox. Puis, j’aime les images anciennes, les vieilles gravures, les miniatures persanes, l’imagerie populaire.

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Couverture « Paris Mômes », Septembre 2011 par Marion Fayolle

Illustrissimo: Tu fais partie des créateurs de la revue Nyctalope. Quel est l’objet de ce collectif d’auteurs?

Marion Fayolle: Oui, je fais partie du noyau dur de la revue Nyctalope avec Simon Roussin et Matthias Malingrey. C’est une aventure importante pour nous trois. L’idée de Nyctalope est avant tout de promouvoir les productions d’une vingtaine d’auteurs illustrateurs dont nous aimons le travail. Nous proposons aux participants de créer, sans contrainte thématique, une histoire ou une série d’images. Nyctalope devient alors un lieu d’expérimentation, un laboratoire. Nous souhaitons promouvoir des projets insolites, intelligents, qui interrogent les rapports texte image, qui jouent avec les codes, qui surprennent, fascinent ou même déroutent. Nyctalope c’est aussi une vitrine puisque nous sommes sur les grands salons : Angoulème, Lausanne, Montreuil et que des exemplaires sont déposés dans des librairies spécialisées. Nous espérons que la revue prendra de plus en plus d’ampleur et saura survivre à la fin de l’école et à la dispersion des illustrateurs.

 Revue “Nyctalope” Numéro 3, Marion Fayolle

Revue « Nyctalope » Numéro 3, Couverture Marion Fayolle

Illustrissimo: Peux-tu nous parler de ton premier livre L’Homme en pièces, de ton sujet de diplôme et de l’exposition à venir à la Galerie des Arts Graphiques?

Marion Fayolle: Mon livre L’Homme en pièces est un recueil de courtes histoires muettes. C’est la première fois que j’essaie de faire de la bande dessinée. Il n’y a ni case, ni bulle. Juste des successions de petites silhouettes. Les histoires se lisent comme des phrases et les récits sont somme de courts poèmes en images. Mes personnages évoluent dans un univers à la fois surréaliste et absurde. Ils sont comme des pantins, des mimes et jouent devant nous de curieux numéros. Les parents arrosent leur enfant pour le faire grandir plus vite, les hommes se font allumer comme des bougies et fondent comme de la cire, les femmes s’effacent en faisant leur toilette, les maris rentrent le soir les mains tachées par les robes d’autres filles. Dans ce livre, je m’amuse beaucoup des rapports de couples, des grands sentiments humains. Les histoires sont à la fois cruelles et drôles. La jeune femme plante un arbre, l’arrose, l’aide à grandir pour pouvoir ensuite s’y pendre comme si consciemment elle avait fabriqué l’objet de sa chute.

 Marion Fayolle

« La voyageuse », Marion Fayolle – « L’Homme en pièces » Editions Michel Lagarde.

Les personnages ne sont pas hésitants, leur actions sont simples. Ils se répètent comme des motifs. Les corps sont sans cesse décalqués. Seules les coiffures et les vêtements permettent d’identifier et de différencier les acteurs. C’est un projet, je pense, singulier et très personnel. J’espère qu’il plaira et je remercie Didier Semin, professeur d’histoire de l’art à l’École des Beaux Arts de Paris pour sa préface et la justesse de son analyse. Le lancement de mon livre se fera à la Galerie des Arts Graphiques, rue Dante à Paris. Cette exposition sera aussi l’occasion pour moi de montrer mes originaux et d’exposer une sélection de planches puisque chaque image est réalisée à la main selon un procédé de tampon proche de l’estampe ou de la sérigraphie.

“Ados”, Marion Fayolle

« Ados », Marion Fayolle

Ramino, Beatrice Alemagna

Beatrice Alemagna est née à Bologne, en Italie, en 1973. Après avoir étudié le graphisme à l’école I.S.I.A., elle a gagné le premier prix du concours d’illustration « Figures Futures » du salon du livre de Montreuil à Paris en 1996, ainsi que les prix Attention Talent-Fnac (en 2000) et le prix Octogones du CIELJ, en 2002. Depuis dix ans, elle illustre les affiches pour L’Ecran des enfants à Beaubourg. Elle a exposé à Bologne, Milan, Rome, Paris, Reims, Lille, Bordeaux, Charleville, Munich, Lisbonne, Tokyo et Kyoto. 

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Elle a publié une quinzaine d’albums en tant qu’auteur-illustratrice, au Seuil, chez Autrement jeunesse et Gallimard jeunesse, mais aussi chez Didier jeunesse, Rue du Monde et Thierry Magnier, travaillant parallèlement pour des auteurs comme Apollinaire, Queneau, Kristof, Huxley, Buten, Grossman, Tchékhov, Dahl, Rodari. Ses illustrations ont été souvent remarquées et primées et son livre « Mon amour » est traduit en une dizaine de langues. En 2005 et 2006 ses albums ont été sélectionnés pour le prix Baobab de Montreuil. Nous la retrouvons aujourd’hui comme éditrice au sein de la RMN, l’occasion d’une nouvelle rencontre avec cette fidèle amie d’Illustrissimo.

Beatrice Alemagna

Illustrissimo: Bonjour Beatrice, tu as démarré ta carrière professionnelle, il y a une bonne dizaine d’années, après avoir fait une incursion chez Illustrissimo, ton travail s’est épanoui dans l’édition. Peux-tu nous parler des 2/3 livres qui comptent le plus pour toi dans ton parcours ?

 Beatrice Alemagna: Je dirais sans doute qu’il y en a quatre: Gisèle de verre, Seuil Jeunesse (le premier à avoir reçu un grand nombre d’articles); Un lion à Paris, Autrement Jeunesse (mon livre le plus primé, il a reçu, entre autres, le mention d’honneur au Bologna Book Award 2007); C’est quoi un enfant, Topipittori (mon premier livre en Italie et mon plus grand succès commercial); et Jo singe garçon, Autrement jeunesse (mon tout dernier, qui m’a demandé un long travail et, finalement, m’a emmené quelque part… Comme j’aime penser que chaque livre doit être un voyage créatif, de ce point de vue là, j’ai eu le sentiment de réussir.

Illustrissimo: Quel est le déclic qui t’a fait choisir ce métier, et les maîtres que tu revendiques ?

Beatrice Alemagna: Le déclic je l’ai eu quand j’avais 8 ans en découvrant que derrière les livres il y avait des gens, des écrivains et des créateurs. Les maîtres qui m’ont accompagnée (à la base je suis autodidacte) sont très nombreux et en perpetuel renouvellement. De l’art brut à la peinture naïve, des constructivistes russes aux minimalistes japonais. Mes pères spirituels en  illustrations sont André François, Saul Steinberg, Emanuele Luzzati, Stepan Zavrel et Bruno Munari.

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Illustrissimo:  Tu t’occupes en ce moment même d’une collection de livres pour la RMN (dont une présentation a eu lieu au Grand Palais le 10 mai) . Quelles sont les axes de cette collection, et ce qui motive tes choix en tant que directrice de collection?

Beatrice Alemagna: J’ai eu la grande chance qu’on me propose de diriger une collection entière à moi toute seule. Cette collection se nomme Ramino: pour les trois lettres RMN et pour un rappel à mon Italie natale. Un « ramino » en italien est en effet une petite branche, celle sur laquelle pourraient naître des bourgeons, des idées, des pensées… J’ai aimé le parallèle avec le pouvoir d’un livre qui ferait bourgeonner la tête des enfants et des adultes. Ramino est née dans l’état d’esprit de créer une sorte de galerie d’exposition à chaque livre. Et justement chaque livre que je choisis d’éditer correspond exactement à une facette de mon goût artistique. Dans cette collection j’ai la liberté de ne faire aucune concession avec les images. Je ne veux pas éditer des livres inutiles, il y en a déjà trop et partout, à mon avis. Mon désir profond est celui de faire apprécier et divulguer un genre plutôt inexistant et redouté jusqu’à présent: le livre illustré pour tout le monde, en équilibre entre art et littérature. Je ne crois pas qu’ils existent des livres jeunesse. La jeunesse elle peut perdurer toute la vie. Pour moi il devraient exister des livres d’images beaux et universels, qui parlent aux enfants et qui fassent rêver les adultes en même temps. Une amie m’a dit l’autre jour: « je crois que quand on se destine à une littérature spécifique, on ne fait plus de littérature ». Je pense que cela résume toute l’histoire.

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Les trois premiers titres de la collection Ramino, Editions de la Réunions des Musées Nationaux, dirigée par Beatrice Alemagna

Illustrissimo:  Si on voulait t’envoyer un projet à qui il faudrait l’adresser?

Beatrice Alemagna: Je te répondrai: Je suis très ouverte à des nouvelles « rencontres » artistiques. Pour m’envoyer tout dossier ou projet, je conseille de prendre soin de m’envoyer des éléments en basse résolution à mon adresse mail RMN, qui est la suivante: beatricealemagna.rmn@gmail.com

Illustrissimo:  Quel est le prochain projet qui te tient à cœur ?

Beatrice Alemagna: En tant qu’éditrice, toute ma collection, et notamment les livres faisant partie des « Promenades au musée » que j’ai inventé moi-même. Dans cette collection travailleront des grands artistes/illustrateurs comme le suédois Jockum Nordstrom, l’allemande Katrin Stangl, la japonaise Mayumi Otero , l’italien Simone Rea et d’autres dont j’attends la confirmation… Sinon, en tant qu’auteur-illustratrice, mon prochain chez Autrement, intitulé « La gignatesque petite chose » qui sortira à la rentrée 2011.

Special Londres (4/4): Jean Jullien

Nous avons à de nombreuses reprises évoqué le travail de Jean Jullien, notamment à l’occasion de ses deux expositions parisiennes en 2009 et 2010 à la Galerie des Arts Graphiques. Son actualité est tellement fournie, que nous ne pouvions pas passer à côté d’une interview pour notre série londonienne. L’occasion de faire un zoom sur ses multiples activités. Artiste, illustrateur, réalisateur, designer, rien ne l’arrête et tout lui sourit. Un coup de coeur qui dure, et la confirmation d’un parcours généreux et sans concessions.

Illustrissimo: Peux-tu nous résumer en quelques mots ton parcours d’illustrateur et de réalisateur ? Jean Jullien: J’ai commencé ma formation par un BTS communication visuelle au lycée Le Paraclet à Quimper où j’ai appris les bases de composition, de typographie et les fondamentaux du graphisme. Je suis ensuite parti à Londres. C’est là que j’ai commencé à travailler professionnellement, en parallèle de mes études.

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« Avatar » © Jean Jullien Illustrissimo: Tu as choisi de t’installer à Londres pour poursuivre tes études au Royal Collège. Quel bilan tires-tu de ces années d’étude dans ce prestigieux établissement ? Jean Jullien: En fait je suis arrivé en 2005 pour étudier à Central Saint Martins, où j’ai obtenu, trois années plus tard, un Bachelor en Graphic Design. C’est alors que j’ai décidé de poursuivre mon cursus avec un Master en Communication Art & Design au Royal College of Art, que j’ai obtenu en 2010.

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« News of the times » © Jean Jullien, Éditions Eugène & Pauline Illustrissimo: Ton travail a été très remarqué depuis deux ans, comment arrives tu à gérer ce succès et à choisir tes clients ? Jean Jullien: Ça n’a pas vraiment changé ma manière de travailler. J’aime avoir plusieurs projets en même temps et j’ai toujours mis un point d’honneur à ne pas me cantonner à une pratique, craignant de me lasser et de toujours produire la même chose. Je conserve mon trait, et certains éléments récurrents de mon travail sont important car ils servent d’identifiant, de style en quelque sorte. Mais il me semble fondamental de jongler entre les supports de création pour créer un ensemble riche en diversité. Le « succès » dont tu parles est donc positif car il m’a permis de travailler sur une pléthore de projets, tous plus différents les uns que les autres: une table (« Table Man »), une ligne de vêtements en Corée (« Plac Jeans by Jean Jullien), une montre (Magazine Les Inrockuptibles), une installation mêlant film d’animation à 360 degrés et musique électronique (« Adventures in Front of the TV Set »),  un village au plafond (« The Village »), etc… Cela me permet également d’élargir mes horizons et de me voir proposer des projets toujours variés. Du coup, je m’amuse autant lorsque je fais une série d’illustrations dites « classique » pour un projet professionnel car je n’ai pas l’impression de le faire souvent. C’est cette dynamique de travail que j’apprécie.

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Affiche Festival « Les Inrocks » © Jean Jullien

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Montre pour les abonnés du magazine « Les Inrockuptibles » © Jean Jullien Illustrissimo: Quelles sont les images que tu considères les plus emblématiques de ton travail, et comment vois tu l’évolution de celui-ci ? Jean Jullien: En terme de popularité, je pense que « Les Fables de la Fontaine » sont assez représentative de ce que je fais, car elle mêle illustration, humour et volume. En ce qui me concerne, et comme je viens de l’expliquer, j’aime à penser que des travaux aussi différents que « Table Man », « The Republic » ou le visuel « Hi » fait pour YCN, représentent bien mon travail et les divers domaines que j’aime explorer.

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« Inflation » © Jean Jullien Illustrissimo: Tu alternes les images en volume et les dessins au trait et tu t’es tourné récemment vers l’animation. Peux-tu nous parler de ton projet avec ton frère, le musicien Niwouinwouin ? Jean Jullien: « Adventures in Front of the TV Set » est une installation qui combine la musique de Niwouinwouin à mes visuels animés, qui sont projetés sur quatre écrans géants. Placé entre ces quatre écrans, le public est immergé dans les aventures épiques de Slim, le héros d’une série de science-fiction, perdu dans un dédale cathodique. Ce dernier se promène d’une chaine de télévision à une autre, passant d’un jeu télévisé à un soap-opera matiné d’une ambiance de conte, en passant par une maison hanté, un documentaire animalier extra-terrestre, etc…

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« Adventures in Front of the TV Set », © Jean Jullien, Niwouinwouin C’est un projet qui représente un travail énorme, ne serait-ce que pour créer le film d’animation, mais également l’orchestration du tout, la création d’un environnement (le tout prend la forme d’une salle hexagonale géante, qui est montée et démontée à chaque fois que l’installation se déplace), la collaboration avec les producteurs, les résidences, etc… Cela illustre parfaitement cette idée de diversité que j’essaie de garder dans mon travail. Aux vidéos, illustrations, sculptures et vêtements, je peux maintenant ajouter « installation audiovisuelle ». Ce projet a également confirmé de manière plus officielle le fonctionnement en binôme avec Niwouinwouin, qui me permet de travailler sur des projets très différents de ceux que je fais seul. Ce fût satisfaisant pour nous d’être sollicité tous les deux, après que nous ayons essayé de communiquer sur notre travail en commun pendant plus d’un an. Cela prouve que c’est une équipe qui marche, et cela ne nous empêche en rien de continuer à travailler chacun de nôtre côté. Enfin, c’était ma première expérience « live », et j’ai découvert avec une joie incroyable la réaction des gens en direct. Niwouinwouin, qui est habitué des concerts, connait bien cette sensation. Mais j’avoue avoir été très ému lorsque j’ai vu les gens rire, sourire, bouger et manifester leur excitation vis-à-vis de ce qui se jouait devant eux.

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« Spread » © Jean Jullien Illustrissimo: « Adventures in Front of the TV Set » tourne actuellement en France et nous avons assez hâte de le voir jouer à Paris ou à Londres. Quel est ton prochain projet et vers quoi souhaites-tu développer ton travail d’ auteur ? Jean Jullien: Je travaille en ce moment sur une nouvelle collection pour la marque coréenne « Plac Jeans ». Je fais l’affiche et la vidéo pour le festival « Electroni-K ». Je prépare un livre interactif pour Gallimard, je continue mon travail pour « Les Inrockuptibles ». Je prépare une exposition à Seoul, Nantes et Rennes. Je viens de finir cinq pages sur mon projet « The Republic » pour la nouvelle revue d’illustration française « The Drawer ». Niwouinwouin et moi travaillons également sur trois clips pour son nouvel opus. Je sors un t-shirt pour les anglais de « It’s Nice That », et prépare une conférence pour le festival Motiva en Espagne. Je travaille avec « Partizan » pour une campagne anglaise pour « Uniqlo » et vais m’occuper de la saison de la fraîchement relancée « Scène Nationale de Montbéliard ». Je m’occupe également du logo pour la collection « Max Jacob » à Quimper. Un livre et des jouets en bois aux éditions « Annaïck Moriceau » et d’autres choses… mais je m’arrêterais là pour aujourd’hui!

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Illustration pour le magazine « Télérama » © Jean Jullien

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© Jean Jullien

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© Jean Jullien La première monographie de Jean Jullien paru en France, est toujours disponible aux Editions Michel Lagarde, soit en envoyant 10 euros (8 euros + 2 euros de frais de port) au 70 rue de la folie-méricourt 75011 Paris, soit en le commandant en ligne sur le site de la librairie nantaise: http://www.librairielindex.com Vous pouvez commander « News of the times » de Jean Jullien, sur le site des Éditions Eugène & Pauline, 14 euros, 50 exemplaires.