Archives pour la catégorie Expositions

Marion Fayolle à la Fondation Bullukian

Aussi affairée qu’une abeille, Marion Fayolle multiplie les projets. Jusqu’au 19 juillet 2014, la Fondation Bullukian à Lyon accueille, en partenariat avec le festival Lyon BD, l’exposition « La Tendresse des pierres ».

Marion Fayolle dédicace La tendresse des pierres à la librairie Le Monte-en-l’air

Les originaux du livre publié aux Editions Magnani sont mis en relief par la scénographie de Romain Diroux et Manon Leblanc (Studio Monsieur). Les compositions de Marion Fayolle, rassemblées dans des panneaux ancrés dans des pierres issues des images, illustrent un dialogue entre le végétal et le minéral : de petites personnes évoluent entre les arbres et les pierres, qui deviennent forêt et rochers.

Le style faussement naïf de l’artiste traduit avec douceur la maladie vécue par son père, ainsi que le fragile rééquilibre des forces au sein du noyau familial. Elle illustre les relations interpersonnelles, au cœur de son œuvre, par des associations et des métaphores délicates et pleines d’humour.

Dans son nouveau livre aux Editions Magnani, Marion Fayolle nous raconte les rapports entre hommes et femmes par des dessins érotiques surréalistes très drôles. Dans Les coquins, les sexes se métamorphosent en trompe d’éléphant, en équidés ou en escargots pour saluer leurs homologues féminins représentés par des laitues. Les femmes y ont peur du loup, ou se reposent entre deux branches-sexes.

Le succès de Marion Fayolle dépasse les frontières géographiques (elle était récemment aux Etats-Unis pour promouvoir la traduction de l’ouvrage In Pieces, version anglaise parue chez Nobrow de L’homme en pièces) et le domaine de l’illustration : elle a déployé pour la célèbre marque de mode Cotélac un travail sur le motif pour créer une ligne de vêtements en édition limitée.

 Elle dessine pour la presse internationale :  ses dessins sont régulièrement publiés par le New York Times. Enfin, Marion continue de piloter la revue Nyctalope (Editions Magnani) aux côtés de Matthias Malingrëy et de Simon Roussin.

Pour suivre l’actualité de Marion Fayolle, rendez-vous sur son blog.

Plus d’information sur la Fondation Bullukian.

Copyright des photos de l’exposition : Caroline Capelle Tourn

Lyon Capitale :

Afin de célébrer l’installation récente de Marion dans la ville, Lyon Capitale a publié un article retraçant le parcours de la jeune illustratrice. L’occasion d’en apprendre davantage sur la genèse de La Tendresse Des Pierres, ouvrage qui a demandé pas moins de deux ans de travail à Marion. Découvrez quelques images de l’exposition de Marion Fayolle à la Fondation Bullukian, ainsi qu’une photo de l’article paru dans Lyon Capitale. Les photographies ont été prises par Caroline Capelle Tourn et l’article écrit par la journaliste Alexandrine Dhainaut.
Plus d’images de Marion Fayolle.

Lyon Capitale
Article retraçant le parcours de Marion Fayolle dans le numéro de Juillet 2014 de Lyon Capitale.

Icinori au Bocal

L’atelier Le Bocal (83, rue de Marseille – 69007 Lyon) réserve aux Lyonnais une bien belle fin d’hivers en laissant ses murs aux bons soins du duo Icinori. Peu de temps après la fin de leur exposition avec Jean Lecointre à la galerie Lavigne-Bastille pour Art Factory, les strasbourgeois remettent ça avec la présentation de leurs intemporelles sérigraphies mais aussi une série inédite de gravures à la pointe sèche réalisées pour l’occasion.

Une exposition complétée par un exercice moins attendu, une image hors-cadre et grand format réalisée directement sur un des murs.

À découvrir jusqu’au premier jour du printemps, le 21 Mars 2014.

L’Illustrissime Parisianer

L’évènement de cette fin d’année, vous le savez peut-être déjà, c’est l’exposition The Parisianer qui se tiendra du 20 au 23 décembre 2013, de 14h à 20h à La Galerie de la Cité Internationale des Arts (13, rue de l’Hôtel de Ville 75004 Paris). En attendant le livre aux Éditions Michel Lagarde en mars 2014 et le vernissage de l’expo jeudi 19 décembre, nous vous avons préparé un petit florilège de couvertures imaginaires réalisées par les illustrateurs de l’agence. Régalez-vous…

Marion Fayolle

Icinori

Jean Jullien

Yann Kebbi

Gwendal Le Bec

Quentin Vijoux

Olimpia Zagnoli

Crédit The Parisianer : Aurélie Pollet et Michael Prigent co-directeurs de l’association La Lettre P que vous pouvez soutenir via kisskissbankbank

Nous remercions aussi chaleureusement Daniel Wormeringer de chez Arctic Paper et Hervé de Buyer (société de Buyer) pour leur soutien au projet.

Mcbess à l’abordage de l’Attrape Rêve

Les vacances sont bien finis mais pas de quoi se lamenter pour autant car le capitaine Mcbess s’offre une rentrée canon à l’Attrape Rêve. L’occasion de dépoussiérer l’agenda et d’y cocher la date du 12 septembre 2013, soir du vernissage. On évoque les deux protagonistes dans le numéro du renouveau de Studio 002 avec une interview de Mcbess dont nous vous proposons ici un extrait :

Le visuel de l'expo

Peux-tu nous résumer en quelques mots ton triple parcours d’illustrateur, réalisateur et musicien ? 

J’ai toujours fait de la musique et j’ai toujours aimé dessiner. Pendant mes études de 3D multimédia, j’ai eu pas mal de temps pour moi et je me suis concentré sur le fait d’essayer de mélanger toutes ces facettes, pour ne pas traiter chaque domaine comme un hobby et plutôt utiliser ça comme une sorte de journal intime en moins «cucul la praline». Après, que ce soit par la photo, la musique, le dessin, la réalisation, quand tu sais ce que tu veux dire c’est la même chose.

Couverture de Malevolent Melody publié chez Nobrow Press

Qu’as tu choisi d’exposer à la galerie L’attrape rêve ?

J’ai décidé de faire une exposition inspirée par les films d’horreur des années 50, inventer quatre ou cinq films et faire des posters fictifs, des extrait de films, et enregistrer une bande son pour ajouter à l’ambiance. Il y aura un mélange de sérigraphies, de prints et d’originaux.

Retrouvez l’intégralité de cet entretien et celui consacré à l’Attrape Rêve dans Studio 002 à partir du 11 septembre…

une Une cocardière

Blexbolex aux rencontres du 9e Art d’Aix en Provence

Après son succès à la galerie Arts Factory, l’exposition rétrospective de Blexbolex intitulée « Couleurs fines et papiers de qualité depuis 1992 » est à retrouver dans le cadre des rencontres du 9e art d’Aix en Provence du 27 mars au 20 Mai 2013.

 

Çe se passera au Musée des Tapisseries, sur le place de l’Archevêché tous les jours sauf le mardi (Jusqu’au 14 avril, de 13h30 à 17h et à partir du 15 avril de 10h à 12h30 et de 13h30 à 18h). L’entrée est gratuite et, cerise sur le (succulent) gâteau, une apéro-rencontre est prévue le samedi 13 avril 2013 à partir de 19h.

 

Pour le reste des festivités, c’est par là que ça se passe…

Allo? Jean Jullien


Basée à Londres, la Kemistry Gallery (43 Charlotte Rd, London EC2A 3PD) a eu l’excellente idée de proposer à Jean Jullien sa première exposition solo. Intitulée Allo? on y retrouve l’artiste à l’affut de nos comportements et réactions lors de nos interactions quotidiennes. Drôle, triste ou questionnant, comme l’est la vie de tous les jours son travail est à découvrir jusqu’au 23 Mars 2013.

Ensuite, direction Chelsea pour un petit extra où Jean vient de réaliser une palissade recouvrant le restaurant Byron pendant la durée des travaux d’aménagement.

Exposition Yann Kebbi

Nous avons le plaisir de vous souhaiter tous nos bons vœux pour l’année 2012 qui sera riche en évènements pour Illustrissimo. 2012 sera l’année des 20 ans de l’agence et nous préparons un livre qui commémorera l’évènement au cours du premier semestre avec une exposition à la Galerie Michel Lagarde prévue pour le mois de juin. Ce blog se fera l’écho des différentes planches et inédits réalisés à cette occasion. Nous vous invitons à découvrir la galerie (qui est aussi le siège de nos nouveaux bureaux) à partir du mercredi 7 mars avec la première exposition consacrée à Yann Kebbi qui rejoindra l’agence prochainement. Un nouveau site consacré aux Editions et à la Galerie Michel Lagarde est en cours de conception. Vous pouvez avoir un premier aperçu ici: www.michellagarde.fr Ouverture officielle du site début mars.

 


 

 

Icinori, le grand entretien

Icinori est composé de Raphael Urwiller et Mayumi Otero. Tous deux jeunes diplômés des Arts Décoratifs de Strasbourg, ils ont fondé en marge de leur activité d’illustrateur: les éditions expérimentales Icinori. L’occasion pour nous d’une rencontre et d’une découverte approfondie de leur travail.

Raphael Urwiller et Mayumi Otero dans leur atelier de sérigraphie

Illustrissimo: Bonjour Icinori. Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre activité d’illustrateur d’un côté, et d’éditeur de l’autre ? 

Icinori: Passionnés par l’image imprimée, l’estampe et de dessin contemporain, nous dessinons pour la presse et réalisons indépendamment des albums jeunesse. Icinori a été créé alors que nous étouffions dans des cours sans aucun aboutissement concret et nous nous sommes ainsi lancés dans des éditions expérimentales pour éprouver la matérialité de nos images, questionner l’objet livre, expérimenter l’union triangulaire entre le dessin,  le papier, la couleur afin de tenter d’en faire une matière sensible.

Jabberwock – Icinori

La sérigraphie s’est vite imposée comme un médium d’apprentissage incontournable – à défaut d’avoir une machine offset sous la main. Icinori est devenu complémentaire à nos travaux de commandes, nous avons cette aire de liberté totale, notre espace de recherche indépendant qui nous permet d’inventer de nouvelles solutions pour nos travaux de commandes, pour réinvestir ces trouvailles dans des projets basés sur des dialogues avec le commanditaire – souvent enrichissants.

Dada double 3d – Icinori

Illustration pour le magazine anglais Nobrow – Raphael Urwiller

Illustrissimo: Vos premières illustrations paraissent régulièrement dans la revue Le tigre , et plus ponctuellement dans les revues XXI, DADA, Forbes, Wired, Nobrow.

Icinori: Nous avons en effet une petite paire d’illustrations tous les mois dans le Tigre. Nous sommes aussi sur des projets d’éditions jeunesse qui sont actuellement chez l’imprimeur… Quelles sont vos influences (ou sources d’inspirations) graphiques et littéraires? Nous aimons particulièrement fouiller dans toute l’histoire de l’image imprimée moderne ou ancienne et l’art populaire sans oublier l’art contemporain. Nous adorons évidemment Pierre La police, Tom de Pékin,  Killoffer, Wagenbreth, Hagelberg mais nous essayons d’étendre au maximum nos aires d’inspiration hors du champs de l’illustration contemporaine .

Mayumi Otero – Fabrique des Tigres 

Les éphéméras -d’une richesse incroyables-, des matchbox labels aux images d’Epinal, les grands graveurs – de Goya à Dürer en passant par David Hockney et Kuniyoshi -, la renaissance florentine – de Gozzoli à Della Francesca -, les affichistes pop japonais tel que Yokoo Tadanori ou Shigeo Fukuda, la presse graphique militante – de Raw à Garo – et puis en vrac, Tomi Ungerer, Saul Steinberg, Jossot, Bazooka, Doré, Shrigley, Tony Cragg, Maurizio Cattelan, Superstudio et Archizoom, Bukowsky et Beckett, les frères Chapman, les papier peints du 18e, l’art brut chinois etc. etc. Nous essayons, pour chaque nouveau travail, de concilier des antagonismes très référencés, invoquer le constructivisme monolithique russe et tenter de le faire dialoguer avec la gravure baroque du 19e, jeter la sculpture pop 70’s contre l’estampe japonaise… La gymnastique graphique est parfois fastidieuse mais souvent très excitante.

Jean qui rit – Mayumi Otero – Tigre

Illustrissimo: Vous avez fait vos études aux arts décoratifs de Strasbourg, qui est de nouveau une pépinière de talents. Quels sont les principaux enseignements pour votre jeune carrière d’auteurs ?

Icinori: L’arrivée de Guillaume Dégé en tant que professeur a coïncidé avec ce renouveau, il a apporté avec lui un autre regard sur les démarches d’éditions plus indépendantes, nous avons eu la chance de bénéficier d’une tolérance pour les élèves s’investissant (s’évadant ?) dans des projets en marge, plus personnels et délaissant les exercices classiques. Nous nous sommes investit dans des workshops parallèles, proposés par des professeurs d’art, profitant au maximum des potentiels énormes et terriblement sous-exploités d’une école disposant d’un accès à des ateliers et formations très diverses, du bijou au verre en passant bien sûr par le livre ou l’estampe.

XXI – Icinori

L’enseignement de l’illustration étant parfois trop limité, nous avons cherché à nous nourrir à d’autres mamelles, d’autres pratiques, d’autres réflexions, d’étendre notre territoire d’inspiration au delà du contemporain et de l’illustration. Nous sommes menés par une intense volonté de développer un travail d’auteur, indépendant et singulier – après avoir chacun hésité à suivre un parcours plus orienté art, nous avons fait le choix de l’illustration par passion pour l’image imprimée, la narration et par goût de la création basée sur le dialogue.

Promenade – Mayumi Otero

Illustrissimo: Pouvez vous nous parler de votre travail sur les Pop-up et du mode de diffusion que vous avez adopté ?

Icinori: L’idée des popups trottait dans la tête de Raphael depuis très longtemps, depuis la découverte dans une librairie de vieux popups de Kubasta. Leur simplicité et l’ingéniosité mise en oeuvre sont incroyables ! Le contraste était intéressant entre la puissance de  livres, reliés de façon très approximatives, imprimés sur un gros carton brunâtre face à la mode presque suspecte des livres animés actuels, blancs, papier glacé, dinosaures ou égyptiens, marketing pour cadeaux de noël… Nous trouvions qu’il y avait une possibilité de résonnance entre la puissance brute de ces objets et la densité de la sérigraphie associée à nos univers personnels.

Pop up – Mayumi Otero

Il y a bien sûr des précédents comme UG qui réalise lui aussi des livres animés à la main mais nous avons fait le choix de ne pas regarder ces travaux et de travailler uniquement sur nos envies premières de volumes, redécouvrir le médium livre tout seuls, le réapprendre, le reconstruire. Raphael a donc conçu l’ingénierie des deux popups, Construction (Raphael) et Mauvais tours (Mayumi).

Pop up – Icinori

L’idée était de se laisser une liberté de création totale, tant dans le dessin qu’au niveau de l’histoire, il en résulte deux contes un peu étranges, des objets qui font sens à 50 exemplaires, résultats de nos seules envies égoïstes. C’est aussi pour cela que nous n’avons pas du tout travaillé d’idée de diffusion en amont, laissant le projet libre de toute contraintes financières, une sorte de petit caprice – donc pour la diffusion, nous flottons un peu, apprenant en rencontrant des passionnés, tirant des fils. C’est le plaisir du fait main, le rapport direct avec l’acheteur. Qui sait, 50 livres dans de bonnes mains est peut-être aussi précieux que 2000 en librairie ?

Pop up – Icinori

http://icinori.com/

Marion Fayolle chez Illustrissimo

Marion Fayolle, jeune diplômée de la dernière promotion de l’excellente École des Arts Décoratifs de Strasbourg vient de nous rejoindre. A la veille de la parution de son premier livre L’homme en Pièces  et d’une exposition à la galerie des Arts Graphiques en octobre, nous vous proposons un entretien et un petit film, premier d’une nouvelle série d’interviews filmées. L’arrivée d’un nouveau dossier à l’agence est toujours un petit événement et le travail de Marion Fayolle ne devrait pas laisser indifférent les amateurs de belles images qui font sens! Chaque jour dans la jungle des candidatures d’illustrateurs, nous essayons d’extraire le meilleur. Une nouvelle étoile est née, nous vous donnons rendez-vous le 20 octobre pour son vernissage, rue Dante à Paris.

Marion Fayolle

Marion Fayolle devant la Galerie des Arts Graphiques pour sa première exposition qui se tiendra du 20 octobre au 19 novembre 2011.

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Marion Fayolle chez Illustrissimo. Film réalisé par Emilie Pigeard, 2011.

“La toilette”, “L’homme en pièces” Marion Fayolle

« La toilette » – « L’homme en pièces » Marion Fayolle

Illustrissimo: Bonjour Marion, tu t’installes à Paris en septembre avec une double actualité: ton book chez Illustrissimo et la parution de ton premier livre L’Homme en pièces, aux Éditions Michel Lagarde le 24 octobre. Comment appréhendes-tu ces premiers pas dans ton nouveau métier d’auteur et d’illustratrice?

Marion Fayolle: Je viens tout juste d’arriver à Paris après cinq années aux Arts Décoratifs de Strasbourg. C’est un grand changement! Je suis à la fois remplie d’appréhension et très excitée à l’idée d’avoir terminé mes études et de me confronter à la vie active. La sortie de mon livre L’Homme en pièces et mon entrée dans l’agence Illustrissimo me donnent beaucoup d’élan et d’envies pour la suite. J’ai tellement hâte d’avoir entre les mains mon premier livre, de le savoir en librairie. C’est un projet vraiment important pour moi sur lequel j’ai passé un temps fou et qui représente à la fois l’aboutissement de mon apprentissage à Strasbourg et le début de ma carrière d’illustratrice. Je brûle d’impatience à l’idée de créer de nouveaux livres, de réfléchir à de nouveaux systèmes narratifs, d’écrire et de dessiner mais aussi de réussir à répondre à des commandes en utilisant au mieux les singularités de mon travail. Je me sens à un moment charnière et c’est, avouons-le, aussi enthousiasmant qu’angoissant!

 “Oiseaux”, Marion Fayolle

« Oiseaux », Marion Fayolle – « L’Homme en pièces » Editions Michel Lagarde.

Illustrissimo: Tes premières illustrations sont parues dans la Revue XXI et Paris Mômes. Quelles sont tes influences ou tes inspirations graphiques et littéraires?

Marion Fayolle: J’ai décidé de faire de l’illustration et de la bande dessinée alors qu’à priori, je n’aime pas vraiment la bande dessinée et c’est risible mais j’en ai rarement lu! Je m’intéresse davantage à la littérature, au cinéma ou au spectacle vivant. Les Contes de la folie ordinaires de Bukowski, les nouvelles de Topor, Les Métamorphoses d’Ovide, Le Portrait ovale de Poe sont autant de récits qui nourrissent ma pratique. J’aime aussi le cinéma de la Nouvelle Vague, les films de Truffaut et Rohmer. Puis, les paroles des chansons de Gainsbourg, de Brassens… Depuis mon passage aux Arts Décoratifs, j’ai tout de même appris à m’intéresser davantage à la Bande Dessinée et à l’illustration. J’ai découvert le travail d’Anna Sommer, de Ludovic Debeurme, de Jean Lecointre et de Paul Cox. Puis, j’aime les images anciennes, les vieilles gravures, les miniatures persanes, l’imagerie populaire.

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Couverture « Paris Mômes », Septembre 2011 par Marion Fayolle

Illustrissimo: Tu fais partie des créateurs de la revue Nyctalope. Quel est l’objet de ce collectif d’auteurs?

Marion Fayolle: Oui, je fais partie du noyau dur de la revue Nyctalope avec Simon Roussin et Matthias Malingrey. C’est une aventure importante pour nous trois. L’idée de Nyctalope est avant tout de promouvoir les productions d’une vingtaine d’auteurs illustrateurs dont nous aimons le travail. Nous proposons aux participants de créer, sans contrainte thématique, une histoire ou une série d’images. Nyctalope devient alors un lieu d’expérimentation, un laboratoire. Nous souhaitons promouvoir des projets insolites, intelligents, qui interrogent les rapports texte image, qui jouent avec les codes, qui surprennent, fascinent ou même déroutent. Nyctalope c’est aussi une vitrine puisque nous sommes sur les grands salons : Angoulème, Lausanne, Montreuil et que des exemplaires sont déposés dans des librairies spécialisées. Nous espérons que la revue prendra de plus en plus d’ampleur et saura survivre à la fin de l’école et à la dispersion des illustrateurs.

 Revue “Nyctalope” Numéro 3, Marion Fayolle

Revue « Nyctalope » Numéro 3, Couverture Marion Fayolle

Illustrissimo: Peux-tu nous parler de ton premier livre L’Homme en pièces, de ton sujet de diplôme et de l’exposition à venir à la Galerie des Arts Graphiques?

Marion Fayolle: Mon livre L’Homme en pièces est un recueil de courtes histoires muettes. C’est la première fois que j’essaie de faire de la bande dessinée. Il n’y a ni case, ni bulle. Juste des successions de petites silhouettes. Les histoires se lisent comme des phrases et les récits sont somme de courts poèmes en images. Mes personnages évoluent dans un univers à la fois surréaliste et absurde. Ils sont comme des pantins, des mimes et jouent devant nous de curieux numéros. Les parents arrosent leur enfant pour le faire grandir plus vite, les hommes se font allumer comme des bougies et fondent comme de la cire, les femmes s’effacent en faisant leur toilette, les maris rentrent le soir les mains tachées par les robes d’autres filles. Dans ce livre, je m’amuse beaucoup des rapports de couples, des grands sentiments humains. Les histoires sont à la fois cruelles et drôles. La jeune femme plante un arbre, l’arrose, l’aide à grandir pour pouvoir ensuite s’y pendre comme si consciemment elle avait fabriqué l’objet de sa chute.

 Marion Fayolle

« La voyageuse », Marion Fayolle – « L’Homme en pièces » Editions Michel Lagarde.

Les personnages ne sont pas hésitants, leur actions sont simples. Ils se répètent comme des motifs. Les corps sont sans cesse décalqués. Seules les coiffures et les vêtements permettent d’identifier et de différencier les acteurs. C’est un projet, je pense, singulier et très personnel. J’espère qu’il plaira et je remercie Didier Semin, professeur d’histoire de l’art à l’École des Beaux Arts de Paris pour sa préface et la justesse de son analyse. Le lancement de mon livre se fera à la Galerie des Arts Graphiques, rue Dante à Paris. Cette exposition sera aussi l’occasion pour moi de montrer mes originaux et d’exposer une sélection de planches puisque chaque image est réalisée à la main selon un procédé de tampon proche de l’estampe ou de la sérigraphie.

“Ados”, Marion Fayolle

« Ados », Marion Fayolle

Le grand entretien: Sophie Dutertre

Nous profitons de la double actualité de Sophie Dutertre dont l’exposition rétrospective se déroule au Centre d’art graphique de la Métairie Bruyère, sous la houlette de nos amis de la galerie nomade Arts factory et pour le magnifique film d’animation qui fait partie de la deuxième série du Laboratoire d’images de Christian Janicot. Sophie Dutertre est  connue pour ses bois gravés faussement naïfs, à la fois populaires, subtils, tendres et grinçants. Illustratrice de presse réputée en France comme à l’étranger, elle a collaboré avec Le Monde, Libération, Dada, Beaux-Arts, The National Post ou encore le New York Times. Pour son exposition elle a généreusement ouvert ses cartons et sa bibliothèque pour rassembler un ensemble impressionnant de gravures, dessins et livres d’artistes, revenant ainsi sur un parcours artistique démarré il y a presque 25 ans. L’occasion d’un entretien de fond avec cette cette grande artiste, passée par la case Illustrissimo à ses débuts.

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 Sophie Dutertre

 Illustrissimo: Peux-tu nous parler des deux ou trois livres qui comptent le plus pour toi dans ton parcours?

Sophie Dutertre: Les Exploits de Bombilla, bien sûr. Quand j’ai rencontré Brigitte Morel, au Seuil Jeunesse, elle m’a immédiatement proposé de lui présenter un projet d’album. J’ai pu faire ce que je voulais. Je tenais particulièrement à l’impression d’après mes trois couleurs séparées, pour rester le plus proche possible de mes gravures. C’est mon premier « vrai » livre. Images du Monde et de son Envers. C’est un thème classique dans l’imagerie populaire…

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 Les exploits de Bombilla, 1996 © Sophie Dutertre – Seuil Jeunesse

Au départ, l’idée était de faire un livre avec Henning Wagenbreth. Les livres avec Guignol aussi. C’était une rencontre avec un univers très proche du mien. Les codes et les contraintes sont les mêmes: frontalité, cadre, brutalité. J’ai joué Guignol aux Champs-Elysées. Avec les mêmes marionnettes que j’avais vues enfant. Quand je jouais, seule dans le Castelet, les bras en l’air, face au soleil, j’éprouvais une ivresse très proche de celle dans laquelle la gravure sur bois pouvait me plonger. (J’emploie le passé, je ne fais plus de gravure pour l’instant.) Un équilibre entre brutalité et délicatesse, détermination et abandon.

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 © Sophie Dutertre

Illustrissimo: Quel est le déclic qui t’a fait choisir ce métier, et les maîtres que tu revendique ?

Sophie Dutertre: Le déclic, c’est quand j’ai imprimé ma première gravure aux Arts Décos (exposée à la Métairie!) C’était la première fois que j’étais vraiment contente d’une image. Il m’est apparu d’un seul coup que c’était cette sensation que je recherchais depuis que je regardais les livres pour enfants qui avaient appartenu à ma mère (en particulier Les Albums du père Castor illustrés par Rojan, Samivel etc.) imprimés en tons directs, ou les rééditions que m’offraient mon père: Zig et Puce, Bécassine, Bicot et Suzy, Tintin etc… Je récolte des livres depuis que je suis petite. J’ai toujours ces exemplaires magiques dans ma bibliothèque. Il y a aussi les livres récupérés dans le débarras de mon école primaire…. Les Contrées Mystérieuses, un Atlas, un livre sur les champignons… le tout illustré de gravures sur bois ou de lithographies en couleur. Mon père collectionnait toutes sortes de vieux bouquins. J’ai toujours adoré fouiller dans sa bibliothèque. J’aimais particulièrement les « livres modernes illustrés » ou « les livres de demain », illustrés de gravures sur bois. Il y a aussi un livre qui m’a beaucoup marquée enfant, c’est « patapoufs et filifers » de Jean Bruller. Ma soeur et moi, nous allions souvent chez ses petites filles et ce livre était là, fascinant (encore merci pour l’exemplaire que tu m’as offert). Aux Puces, j’ai trouvé un exemplaire dépareillé des aventures de monsieur Lakonic. C’était particulièrement émouvant parce qu’il s’agissait de macules et d’épreuves de calage. Dans tous ces livres, ce qui me fascine toujours autant, c’est la façon dont ils sont imprimés. Quand j’étais petite, j’étais déjà passionnée par la mécanique. Quand je regardais ces livres, j’essayais d’imaginer comment ils étaient fabriqués. Je me souviens encore de mes sensations quand je tournais les pages. Le papier, son usure, la poussière, le relief de la typo, la surface des passages d’encre, les trames, les transparences,  le nombre de couleurs, les superpositions…. Au départ, je ne pensais pas du tout devenir illustratrice. Je ne savais même pas ce que c’était. Tout a basculé quand j’ai découvert la gravure. C’est aussi à ce moment que j’ai rencontré Baldo. Sa soeur, qui était la chanteuse du groupe Luna Parker, m’a proposé de faire la pochette de leur nouveau disque. C’était mon premier boulot et j’ai pu acheter une presse. Après, une amie qui travaillait à Libé m’a envoyée proposer mon dossier à l’ÉDITORIAL. Je suis arrivée avec mes gravures, j’ai fait ma première illustration et je suis devenue illustratrice.

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© Sophie Dutertre

Illustrissimo:  Tu viens de présenter un film dans la collection du Laboratoire d’images, quels sont les enseignements que cette expérience t’a apportés?

Sophie Dutertre: Pour l’instant, je n’ai pas vu la version finale. Ceux qui ont vu le film me disent qu’il est beau et qu’on y retrouve bien mon «univers». L’aventure a été passionnante. J’ai beaucoup aimé les échanges avec les étudiants, l’équipe et avec mes illustres confrères. Le plus difficile était mon ignorance totale de la technique. J’ai beaucoup de mal à imaginer quelque chose sans savoir comment je vais pouvoir bricoler. Mon travail est très instinctif tout en étant très lié aux conditions matérielles, aux possibilités de mon outil, au rythme qu’il m’impose. Là, cet aspect m’a échappé. Il a fallu décortiquer mon travail pour essayer d’en dégager l’architecture. J’ai l’habitude de travailler seule, sans me demander pourquoi je fais comme ça et pas autrement. C’était compliqué pour moi d’expliquer tout ça en amont et aussi d’intervenir après sur ce qui avait déjà été fait. Je travaille toujours en tâtonnant, ce qui est difficile à concilier avec une logique de production.

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© Sophie Dutertre

Illustrissimo: Ton travail est exposé actuellement à la Métairie et présente toutes les facettes de ton travail. Comment passes-tu de la gravure sur bois au dessin, et quel est le prochain projet qui te tient à cœur ?

Sophie Dutertre: Dans l’exposition, il y a même mes toutes premières gravures. J’avoue que c’était très bouleversant pour moi de voir tout ça, surtout entourée comme je l’ai été le jour du vernissage! Dans la gravure, ce que j’aime le plus, c’est la façon dont l’image surgit de la presse et s’impose. Tout le travail sur la plaque demande à la fois un engagement total et une certaine brutalité contrôlée, mais il permet aussi de garder une distance respectueuse avec l’image en train de se faire.

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© Sophie Dutertre

Quand j’ai arrêté la gravure, c’était d’abord d’abord parce que je n’y arrivais plus. Je me suis remise au crayon. Et là, je ne pouvais plus avoir le geste souple et léger qui me permettait de faire des crayonnés rapides. Tout était devenu beaucoup plus lent. Pour dessiner  il me fallait maintenant me concentrer sur chaque trait, chaque point. Finalement, il s’est avéré que j’étais atteinte de la maladie de Parkinson. Si j’en parle, c’est parce que c’est quand même ça qui a tout changé. Je n’arrive plus à composer une image dans son ensemble. Je la construis par assemblages, superpositions, collages, découpages, couches de peintures…  Suivant les fluctuations de la dopamine dans mon organisme, ma main est plus ou moins libre. Parfois, pour initier un geste qui déterminera un trait, ce n’est pas ma main qui bouge, mais mon torse. J’ai l’impression de danser. J’aime beaucoup dessiner à la plume. Il y a toute une gamme de sensations, selon le papier, l’encre, la plume. Parfois, c’est facile et léger. La plume glisse et laisse un trait délicat. D’autres fois, elle accroche à chaque fibre, griffe. L’encre est absorbée ou s’étale et déborde. Quand je commence, je ne sais jamais ce qui va se passer. C’est l’aventure, quoi! Et c’est fascinant.

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© Sophie Dutertre

J’essaie de trouver une image qui pourrait exprimer ce que je ressens quand je dessine aujourd’hui. Imaginez un naturaliste passionné qui ferait naufrage. Au début, c’est la panique. Et puis il se met à regarder autour de lui, à observer une bestiole, et puis une autre.  J’utilise aussi beaucoup les tampons. Pour la revue Lapin, j’ai travaillé en duo avec Donatien Mary. Nous dessinons ensemble « le premier bal d’Emma », en combinant dessin et tampon.  Je viens de publier « Papiers peints 2011 » dans la collection « dans la marge » (arts factory). Je l’ai dessiné au retour de mon premier séjour à la Métairie Bruyère. C’est mon premier livre de dessins. Il y a même de la peinture! Mon projet? Continuer ce travail d’exploration. J’ai quitté Paris pour Pornic. Je dessine. Quand j’en ai envie, je fais un tour au bord de la mer ou je regarde les fleurs pousser dans ma cour. Tout est infiniment plus léger ici.

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© Sophie Dutertre

L’exposition à la Métairie Bruyère a été une magnifique surprise. Tout s’est décidé très vite en début d’année. Et puis je me suis retrouvée dans cet extraordinaire refuge pour l’imprimerie, au milieu de toutes ces machines si lourdes et si ingénieuses. L’odeur de l’encre, son épaisseur quand elle sort du pot, et puis le reflet, le son, quand elle est prête pour le premier tirage. Mes lithographies ont été imprimées sur une presse extraordinaire. J’ai le souvenir d’un vacarme parfait, à travers lequel chacun pourrait se comprendre en chuchotant. Un vertige dans lequel je voyais tous ces livres que j’aime, imprimés de la même façon, peut-être sur cette machine elle-même! J’ai vraiment pu travailler en toute liberté. Et ce n’est qu’un début!

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© Sophie Dutertre – Métairie Bruyère

A l’occasion de cette résidence à la métairie, Sophie Dutertre a publié une série de lithos, à découvrir sur le site: http://www.la-metairie.fr

Exposition Sophie Dutertre
Centre d’art graphique de la Métairie Bruyère
89240 Parly
Tèl: 03 86 74 30 72

Du 01 mai au 03 juillet 2011
Ouverture du mercredi au dimanche
de 10 h à 12 h et 14 h 19 h