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Mcbess à l’abordage de l’Attrape Rêve

Les vacances sont bien finis mais pas de quoi se lamenter pour autant car le capitaine Mcbess s’offre une rentrée canon à l’Attrape Rêve. L’occasion de dépoussiérer l’agenda et d’y cocher la date du 12 septembre 2013, soir du vernissage. On évoque les deux protagonistes dans le numéro du renouveau de Studio 002 avec une interview de Mcbess dont nous vous proposons ici un extrait :

Le visuel de l'expo

Peux-tu nous résumer en quelques mots ton triple parcours d’illustrateur, réalisateur et musicien ? 

J’ai toujours fait de la musique et j’ai toujours aimé dessiner. Pendant mes études de 3D multimédia, j’ai eu pas mal de temps pour moi et je me suis concentré sur le fait d’essayer de mélanger toutes ces facettes, pour ne pas traiter chaque domaine comme un hobby et plutôt utiliser ça comme une sorte de journal intime en moins «cucul la praline». Après, que ce soit par la photo, la musique, le dessin, la réalisation, quand tu sais ce que tu veux dire c’est la même chose.

Couverture de Malevolent Melody publié chez Nobrow Press

Qu’as tu choisi d’exposer à la galerie L’attrape rêve ?

J’ai décidé de faire une exposition inspirée par les films d’horreur des années 50, inventer quatre ou cinq films et faire des posters fictifs, des extrait de films, et enregistrer une bande son pour ajouter à l’ambiance. Il y aura un mélange de sérigraphies, de prints et d’originaux.

Retrouvez l’intégralité de cet entretien et celui consacré à l’Attrape Rêve dans Studio 002 à partir du 11 septembre…

une Une cocardière

Entretien avec Frédéric Niffle

Frédéric Niffle est depuis déjà 5 ans le rédacteur en chef du journal Spirou. Un parcours sans faute pour cet esthète de la bande dessinée. Après des débuts prometteurs dés l’âge de 16 ans avec le fanzine « Synopsis » devenu très vite pro,et une belle carrière d’éditeur où il initia le principe des intégrales en petit format (reprise depuis par la totalité des éditeurs) il rentre en mission chez Dupuis pour rajeunir le titre phare Spirou et lancer des nouveaux auteurs.

crédit photo : Xavier Hauptmann

Je précise que c’est aussi pour moi, l’occasion de saluer un ami de trente ans rencontré à l’adolescence, avec qui un dialogue ininterrompu s’est noué autour de l’image et des auteurs que nous aimons.

Le magazine vient de fêter ses 75 ans avec un numéro exceptionnel. Les repreneurs de la série Yoann au dessin et Fabien Wehlmann signent une couverture qui rend hommage aux héros historiques du magazine.

Gaston chez Spirou par Blutch

1/ Quel bilan personnel et professionnel tires-tu de ces cinq années passées à la rédaction en chef de Spirou ?

S’occuper d’un hebdo, c’est un boulot qui ne vous lâche jamais. Du coup, les vacances, ce n’est jamais trop d’actualité. Mais j’ai le sentiment d’y être vraiment à ma place, même s’il m’a fallu quelques mois avant d’accepter ce poste qui m’obligeait à stopper net mes éditions. Si je regarde de loin mon parcours et mes relations professionnelles, c’est un peu comme si tout m’avait amené à m’occuper un jour de ce magazine. Pendant combien de temps encore ? Apparemment, on ne tient pas plus de dix ans comme rédacteur en chef de Spirou.

Manu Arenas

2/Quels sont les principaux auteurs  et les découvertes que tu as amené  ?

En cinq ans, on a publié entre 250 et 300 auteurs différents, notamment à travers la rubrique La Galerie des illustres. Il me semble qu’on n’a jamais fait découvrir autant de styles et de genres différents dans Spirou. Et ça m’a permis de voir quels étaient les auteurs en symbiose avec l’esprit du journal. Parmi eux, Arthur de Pins – que tu m’avais présenté – avait réalisé une magnifique couverture Halloween pour Spirou; de cette couverture est née la série Zombillénium qui est devenu un succès en librairie. Lewis Trondheim est très présent dans le journal depuis 5 ans, avec notamment la série Ralph Azham, ou sa collaboration sur Texas Cowboy avec le magnifique dessinateur Matthieu Bonhomme qui réalise aussi Esteban. On peut citer également Benoît Feroumont, animateur de dessin animé, Guillaume Bianco, Jean-Yves Duhoo, et quelques auteurs du défunt mensuel Tchô!, comme Nob, Tebo ou Ohm.

Couverture d’Arthur de Pins

3/  » La galerie des illustres »  vient de sortir, un pavé  impressionnant qui regroupe le gratin de la Bande dessinée. Quels sont tes plus grandes satisfactions pour ce livre et tes regrets (s’il y en a) ?

Il aura fallu cinq années de patience – et d’acharnement parfois – pour réunir ces 200 auteurs. Nous leur avons chaque fois demandé de réaliser une planche de BD en hommage à l’univers de Spirou, tout en restant graphiquement eux-mêmes car ce « dictionnaire » de 400 pages est avant tout un portrait des auteurs qui comptent aujourd’hui. J’avais comme modèle le magnifique livre sur la peinture The Art Book chez Phaidon, et j’avais envie de réaliser l’équivalent pour la BD. Ça permet de se faire une idée assez complète du domaine, avec plus de 1000 références bibliographiques. D’une manière générale – et c’est vraiment mon sentiment –, ça a été une satisfaction pour chaque auteur, tout simplement parce que j’admire leur travail et qu’ils m’ont tous fait ce cadeau formidable d’y participer. On ne peut qu’être touché par cette générosité car ça impliquait pour chacun un gros boulot. Evidemment, les regrets, c’est ceux qui n’ont pas voulu ou pas pu ou pas répondu.

Couverture signée Rabaté

4/Diverses opérations saluent les 75 ans de Spirou, quels sont les évênements à venir en France ?

On réalise actuellement un « Spirou Tour » qui passe par dix villes de Belgique, de France et de Suisse. On sera par exemple le 4 mai à Paris, à La Fnac des Ternes, pour proposer des animations et des dédicaces avec des auteurs du journal (à Paris, il y aura Libon, Feroumont, Krassinsky & Mazaurette, Jacques Louis et Alain Henriet). Plus tard, nous passerons par Lausanne, Lyon, Montpellier, Bordeaux, Nantes et on terminera en novembre à Rennes. Cela s’accompagne à chaque fois d’un numéro spécial de Spirou et d’un partenariat avec un librairie et un journal régional (Le Parisien pour Paris).

Couverture signée Charles Berbérian

5/ Reverra t-on prochainement les productions de Frédéric Niffle  éditeur dans les bacs des librairies ?

Oui, je travaille depuis deux ans sur une collection qui va faire découvrir d’une façon nouvelle les classiques de la BD. Je cherche la formule qui fonctionne en série, avec du matériel existant (les auteurs ayant disparus), visuellement séduisante et – le plus difficile – indémodable. J’ai dû faire 150 versions différentes, un vrai casse-tête. Mais je ne me vois pas revenir avec un projet qui ne soit pas éditorialement original. Ce sera pour fin 2013 ou 2014.

Spirou à NYC par François Avril

Noémie Marsily, Fétiche

On continue dans la publication de beaux livres. Le 22 Mars 2013, Les Requins Marteaux publiaient le dernier livre de Noémie Marsily : Fétiche. L’histoire d’une tête de chevreuil empaillée qui, passant de propriétaire en propriétaire, s’offre et nous offre, un petit aperçu des lubies de tout un chacun. Voilà qui méritait bien quelques questions à l’auteure.

1/ Fétiche est ton premier travail chez Les Requins Marteaux, avec un format original (carré 22 X 22 cm) de 144 pages réalisé au crayon de couleur. Comment est né ce projet?

Un matin, en passant au marché aux puces, j’ai croisé quelques têtes de chevreuils empaillées, nonchalamment posées par terre, qui regardaient le ciel bien malgré elles, je me suis demandé ce que ça leur faisait, de regarder comme ça ce qu’on leur donnait à voir, et comment elles en était arrivé là. J’ai commencé à dessiner les premiers chapitres du livre, que j’ai ensuite proposé aux Requins Marteaux…

2/ Comment expliques-tu le choix du crayon de couleur, de même l’histoire commence avec un enfant, une figure que l’on retrouve régulièrement dans ton travail (Fouillu feuillus par exemple), y’a-t-il un lien entre les deux?

 J’aime mettre en scène des personnages d’enfants (même si dans Fétiche, il y a plus de personnages adultes), car ils ont une vision du réel très large, en évolution constante, ils ne sont pas encore blasés! Mais pour moi, le crayon de couleur n’est pas spécialement lié à l’enfance, c’est juste un outil formidable, très riche en possibilités graphiques, qui me permet d’aborder la couleur avec beaucoup de liberté.

3/ En parallèle à ton travail sur le 9ème Art tu as aussi une activité dans l’animation. Comment gères-tu les deux, notamment quant à la question de la transition entre les images du support à l’autre?

Ce sont deux approches totalement différentes, mais passionnantes de la temporalité et du mouvement.

Pour Fétiche, qui est une bande dessinée muette, je ne peux compter que sur les images pour raconter : pas de texte, de dialogues, de bruitages…

J’ai vraiment essayé de m’amuser avec les ellipses entre les images, qui peuvent fragmenter un instant très court, et puis soudain faire un bond de plusieurs années. Cela m’oblige à être très efficace dans le dessin, à essayer d’attirer l’attention du lecteur sur des petits détails qui changent le cours du récit. C’est grisant, ce jeu avec le lecteur, parce que celui-ci est assez actif, il est obligé de fournir un effort d’imagination, de reconstituer le récit dans sa tête et donc d’y injecter une partie de lui-même.

Dans l’animation, c’est différent, on doit plus guider le spectateur, tout est question de timing, de rythme.

 

4/ Enfin, quels sont tes projets à venir?

 Je travaille actuellement sur un projet de livre pour enfants, et j’ai également plusieurs projets d’animation en cours. Je viens de finaliser un court métrage/clip en animation, co-réalisé avec Carl Roosens, pour le groupe Carl et les hommes-boîtes. Ça s’appelle « Autour du lac », et nous venons d’apprendre qu’il est sélectionné au festival d’Annecy dans la catégorie courts métrages.

Yann Kebbi de retour au Monte-en-l’Air

À l’occasion, de la sortie de son dernier livre Immo+ chez 3 fois par jour, Yann Kebbi est de retour au Monte-en-l’Air pour une séance de dédicace. Ça se passera le 4 Avril à partir de 18h30 à l’adresse habituelle (71 rue de Ménilmontant/2, rue de la Mare 75020 Paris). Histoire de faire durer le plaisir, une petite expo des originaux aura lieu jusqu’au 17 Avril 2013.

Avant cela, et pour vous mettre en appétit, Yann répond à nos questions…

1/ De ce qu’on a pu voir, Immo + à l’air d’un livre assez particulier, peux-tu nous parler de sa genèse, et nous décrire physiquement l’objet? 

Immo + est la version améliorée d’un livre qui faisait partie de mon diplôme à l’ENSAD. L’idée était de faire un « livre immeuble », avec des vues en coupe d’appartements, la couverture étant le contenant : la façade et l’arrière de l’immeuble, la première page la cage d’escalier etc… Je voulais que ce soit un livre objet, sans texte, et j’ai eu l’idée de faire un format parallélogramme, de couper le livre en diagonal. C’était à la fois pour éviter un côté trop « frontal », et aussi donner un aspect ludique au livre.

La première version n’était pas très longue, et je n’avais pas assez poussé l’idée de variation graphiques entre les « cases » ni tissé de vrais liens narratifs, de progression dans le livre.

Mes amis illustrateurs Clément Vuillier et Idir Davaine, qui ont une petite maison d’édition appelée 3 fois par jour m’ont proposé de l’éditer.

Donc on a repensé l’objet dans son format, sa fabrication, sa progression. Ça m’a motivé pour tout recommencer en plus grand, en essayant de varier plus visuellement et aussi de tisser des histoires. On peut le regarder rapidement comme un livre d’images mais si on s’attarde on découvre des détails, des histoires qui se suivent et s’entrecoupent.

C’est un livre atypique qui est plus de l’ordre de la micro édition, tiré à 500 exemplaires en offset avec une couverture sérigraphiée, pour 20€. Le principe est d’avoir une quasi carte blanche, de produire des livres où on est libre de nos choix et sans contraintes.

2/ Après Américanin, le thème de la ville reste central dans ton travail, comment l’expliquerais-tu ?

Je pense que l’aspect hétéroclite d’une ville est une source inépuisable autant dans la variation des écriture graphiques qu’elle inspire, que dans le fait de dessiner des histoires. Mais promis le prochain c’est avec un tracteur et une vache, et j’arrête avec les chiens saucisses !

 

3/ Enfin, tu jongles entre noir/blanc et couleurs ; différentes techniques, conçois-tu cette liberté comme une nécessité ou un jeu? 

Les deux !

4/ Que peut-on te souhaiter pour la suite? quels autres beaux projets nous attendent?

Dans l’immédiat vous pouvez me souhaiter de passer la frontière Américaine ! Avec Idir nous partons bientôt aux Etats-Unis pour trois mois, on va de San Francisco à New York.

Tout le monde croit qu’on part en vacances mais c’est pour un projet de dessin, on fait tous les deux beaucoup de croquis et on va dessiner d’ouest en est, en passant par les villes, le désert, le bayou, etc. Le but est d’expérimenter, de dessiner intensément pendant trois mois, de varier les formats, les techniques. Nos croquis sont entre observations et interprétation et je pense que trois mois à ne faire que ça, ça va donner des résultats intéressants.

Beaucoup de choses vont aussi se déterminer sur place. Le but est de faire une expo et un livre en revenant.

J’ai aussi un projet de livre jeunesse avec Sarbacane pour 2014 mais très différent d’Américanin car ce sera une technique numérique !

À noter aussi que 4 planches d’Américanin ont été sélectionnées pour la prochaine édition d’Américan Illustration.

Entretien avec Jean Jullien

Alors qu’il ne reste plus que quelques jours avant la fin de son exposition à la Kemistry galery, Jean Jullien prend le temps de souffler un court instant pour répondre à nos question.

Quel est le fil conducteur de ta dernière exposition à Londres ?

Nos comportements sociaux et asociaux. La manière dont nous interagissons les uns avec les autres et la manière dont l’avènement des technologies mobiles affectent ces comportements. J’ai essayé de pousser un peu plus loin mon travail d’observation, qui est surtout présent dans mes carnets, et de l’exprimer graphiquement . C’est un peu plus cruel sur certains aspects que ce que je fais d’habitude mais ce n’est en aucun cas une complainte contre les téléphones portables ou les réseaux sociaux: je suis le premier à les utiliser!

Ton travail a gagné une audience de plus en plus forte ces deux dernières années, comment s’orientent tes choix pour le faire avancer dans une optique qui te reste très personnelle.

J’ai la chance d’être sollicité pour de nombreux projets, tous plus différents les uns que les autres. Il y a une partie alimentaire dans mon travail bien sûr, mais cette partie a gagné grandement en intérêt ces derniers temps. Je n’ai presque pas de projets que je refuse, ce qui est une vraie chance. Les gens viennent me chercher parce qu’ils savent ce que je fais, ce qui me permet de garder une touche personnelle, peu importe le projet.

 

Peux tu nous parler de ton premier livre en préparation ?

Le livre s’appelle Ralf et raconte l’histoire d’un chien saucisse qui s’étend indéfiniment après que ses fesses se soient coincées dans la porte d’entrée. C’est mon premier livre pour enfants à proprement parler  donc c’est assez excitant et inconnu.

En ce moment je travaille pour Le Monde et The New Yorker. Il y a aussi une nouvelle bougie avec Colette, qui s’appelle « Air du Parisien » et bien sûr l’expo à la Kemistry gallery dont voici une vidéo:

Il y a aussi ma table pour l’expo du magazine The Gourmand. Un livre avec Walker Books à Londres, le nouvel album de Niwouinwouin, avec beaucoup de nouvelles vidéos et de nouvelles photos. On tourne un court métrage à cet effet. J’exposerai une série de sculptures à la galerie Beach, à Londres ainsi qu’au festival Pick Me Up à Somerset house en Avril.

Entretien avec Virginie Fouin et Jessica Zanardi

Pour l’entretien de cette semaine, il règne dans l’air comme une atmosphère du générique d’ « Amicalement Votre »… Installées dans un même atelier depuis 1998, nous rencontrons et retraçons le parcours du tandem que composent Virginie Fouin et Jessica Zanardi. 

Comment vous êtes vous rencontrés ? Travailler à deux, est-ce une spécificité du milieu et quels avantages en tirer ?

 D’abord, notre rencontre remonte à un travail commun en 1995, pour un magazine. Trois ans plus tard nous ouvrions notre atelier ensemble. Être un tandem est une richesse, dans ce type d’activité créatrice, il n’y a aucun intérêt à travailler seul. Au contraire, une émulation est nécessaire ainsi qu’un retour critique, bref le travail à deux est vraiment nourrissant. En particulier pour les réflexions ou la répartition des dossiers. À notre échelle, dans le travail de production nous ne voulons pas nous spécialiser : unetelle ferait ça et l’autre autre chose, non! Diversifier le travail constitue une richesse. En particulier lorsqu’on traite des projets à courtes échéances, notre activité et avant tout un métiers de service, il nous faut être efficaces.

 

Justement comment considérez-vous votre activité ?

Nous sommes une génération charnière en cela que nous avons vécu l’arrivée de l’ordinateur dans notre secteur d’activité. On  se souvient du travail à la main avec bromures et gabarits. Sans être nostalgique, l’ordinateur et internet ont constitué un grand bouleversement dans la répartition du temps de travail, une fragmentation, qui ne sert pas forcément la qualité de création. On connaît aussi en ce moment une  démultiplication des moyens de communication, certes tout va plus vite, mais nous avons aussi besoin de temps si l’on veut faire les choses correctement. On retrouve dans notre activité aussi la différence entre « temps-humain » et « temps-machine ». Mais nous avons une parade à cette accélération : le vélo comme moyen de locomotion. Dans cette activité se retrouve les deux personnalités qui font notre originalité au travail. Grâce au vélo, on peut prendre son temps, se laisser aller pour réfléchir, ou foncer…

 

On l’a vu, votre spécialité c’est de ne pas être spécialisées dans un domaine, cependant, quelles sont vos influences ?

 Virginie : Petite déjà j’étais fascinée par les livres de Tomi Ungerer, mon préféré : Le Géant de Zeralda. Petit bleu et petit jaune de Léo Lionni reste un livre cher à mes yeux. Plus tard, de par ma formation dans la presse, j’ai pris l‘habitude de me nourrir d’avantage d’expositions, de sorties à Paris et ailleurs. J’ai accumulé mes connaissances sur l’illustration grâce à mes expériences professionnelles lors des présentations directes (avant internet) des books d’artistes.

Jessica : J’ai, quant à moi, suivie une formation à l’école expérimentale de communication de Milan, je suis donc marquée par des designers italiens comme Bruno Munari (je me souviens de son exposition «  de la cuillère à la ville ») Enzo Mari, un illustrateur comme Tomi Ungerer a aussi son importance. Ils nous renvoient à une certaine conception de notre métier. Nous aimons toutes deux rapprocher notre activité de l’artisanat, elle regroupe à la fois une sensibilité pour l’image et nous permet aussi une découverte des différents milieux pour lesquels on travail. En fonction de nos besoins ou projets on s’entoure de personne ayant les qualités requises. Etre artisan c’est aussi avoir une relation particulière avec notre commanditaire, un certain goût du travail bienfait. Créer un bel objet, que ce soit un livre-photo, d’illustrations, un sujet jeunesse, sur la cuisine etc.

 

Combien de projets suivez-vous en même temps ? 

 Tout dépend des commandes, malgré ou grâce à l’évolution des moyens de production et de communication tout va très vite, tout prend du retard. En ce moment nous traitons six projets de front, c’est le maximum !

la couverture

…la mise en pratique

Parmi ces six projets il y en a un qui nous intéresse particulièrement…

 Oui, nous avons hérité du projet de livre des 20 ans d’Illustrissimo. C’est à la fois excitant et difficile de prendre un projet déjà entamé. Il faut briefer les différents illustrateurs et établir un fil conducteur. Nous avons souhaité donner à ce projet un statut de « livre » afin que ce soit plus qu’un simple « catalogue ». Nous nous sommes rencontré avec Michel grâce à Valérie Cussaguet, puis nous avons commencé notre collaboration en travaillant sur le site internet et l’identité visuelle des éditions et de la galerie. Ensuite il nous as proposé de collaborer à son projet des 20 ans de l’agence. C’est un travail qui se réalise main dans la main avec les illustrateurs et lui-même. C’est un ouvrage riche d’ images, de textes, de souvenirs et… d’ invités surprise.

Cela nous as aussi permis de connaître toute l’équipe d’Illustrissimo pour notre plus grand plaisir!

 

Quatrième de couverture du livre des 20 ans

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à leur rendre visite sur le site :

http://www.fouinzanardi.com/

Interview Yassine

Activiste culturel et amoureux du dessin sous toutes ses formes, notre invité cette semaine se situe à différents niveaux de la chaine du livre. Il se présente comme : « dessinateur, rédacteur en chef (L’Articho), acheteur (forcément) et journaliste (radio et blog) ». Au delà de notre entretient, retrouvez-le tous les jours de l’été dans Libération[1] avec Mr Strip, deux strips pour le prix d’un !

 

                                                     

 

Racontes-nous ta rencontre avec Illustrissimo ?

 J’ai soumis une première fois mon « book » à Michel  Lagarde que j’ai  ensuite recroisé sur un salon du livre.  Je me souviens que six mois après avoir intégré l’agence Illustrissimo, la famille s’est agrandie avec la création de « Lezilus « que j’ai intégré au démarrage.

 

 Tu as un profil très diversifié, quelle formation as-tu suivi ?

J’ai d’abord fait une école d’Art Graphique avec à la clé diplôme de maquettiste. Après avoir essayé l’université et m’être pas mal ennuyé, je me suis investi dans la création de fanzines BD avec des amis dessinateurs. Dans la continuité, au début des années 2000 on a créé le « off »  du festival BD d’Angoulême. L’idée de ce projet était de d’apporter des choses nouvelles dans le milieu de la bande-dessinée de l’époque, trop refermé sur lui-même à mon goût.

 

Du coup, comment conçois-tu le milieu du dessin ?

Je suis intéressé par beaucoup de choses dans l’absolu. De l’art le plus populaire jusqu’à l’Art le plus élitiste. Je n’aime pas les étiquettes « underground » et « main Stream », ce qui est intéressant c’est d’extraire la qualité où elle se trouve car il y a du conformisme partout. Aujourd’hui, même l’ex-underground BD s’expose : Crumb au Musée d’art Moderne, Spiegelman à Beaubourg. Ces expositions sont  bénéfiques, elles permettent une installation de la culture du dessin et un assouplissement des frontières.  Sur « Lezinfo »[2] j’essaye de garder cette transversalité. Ce blog a pour but  de faire découvrir des choses méconnues ou d’insister sur des artistes que je trouve, moi, passionnants. À plus ou moins long terme, j’aimerais transformer le blog en flux d’image, mais  toujours en resituant les choses dans leur contexte. Mon plaisir vient principalement de la recherche sur internet, pas de la rédaction d’articles. L’écriture n’est pas mon fort. Quelques soient mes activités, mon envie première est de faire découvrir. Je vois plus mon blog comme un point de départ pour aller fouiller le net. ‘Faut pas s’arrêter à ce que je propose. C’est tellement multiple et riche l’univers du dessin… Impossible d’être blasé quand on passe son temps à chercher on trouve fatalement des choses magnifiques dont on ne soupçonnait même pas l’existence.

                                             

 

Une activité qui ne demande pas de rédaction c’est la radio…

 Oui, c’est  l’endroit où je me sens le mieux en ce moment. Je participe, sur radio campus Paris, au « GrandPanini show », depuis cinq ans. On garde cette idée de transversalité, comme ligne de conduite de notre émission. Le principe est simple, on choisit un thème qu’on illustre avec plein de musiques. C’est très éclectique. On s’autorise une grande liberté en diffusant toutes sortes de documents sonores, des « jingles », des pubs, et ces que j’appelle des « accidents de l’industrie de la pop-musique ». C’est à écouter tous les dimanche à 22 heures, si vous êtes couchés à cette heure là, l’émission est  « podcastable ».

Il y a aussi, « Le gratin »[3], que l’on peut podcaster. Pour moi il manquait une émission de radio sur le dessin en général. Il y a  « Grand-Papier » sur radio-Bruxelles qui parle  de BD indépendante et qui est intéressante. Le principe du « Gratin » c’est d’inviter une personne, un dessinateur, un spécialiste,  pour discuter pendant une heure. C’est diffusé une fois par mois, le dimanche toute les 4 semaines.

 

 La radio n’est pas ton premier terrain de jeu, tu as aussi animé les nuits parisiennes pendant un bon moment avec Chocomix.

 Chocomix a marqué ma lassitude envers le milieu de la bande dessinée, et aussi mon envie d’organiser des fêtes. Comme pour la radio plus tard, je fonctionnais par thématiques. On a fait ça de manière mensuelle pendant 10 ans ! Il est même arrivé qu’une année les soirées deviennent hebdomadaires. En réalité je n’étais pas entièrement coupé du monde de la BD, on faisait  tout de même appel à des dessinateurs pour les flyers.

                                                         

Dans la même veine de manifestation culturelle, on peut aussi parler des cahiers de L’Articho[5] réalisés en collaboration avec les éditions « En Marge ».  La publication des cahiers résulte de la volonté de créer quelque chose de plus durable avec la parution d’un numéro par an. Je travaille en collaboration avec Chamo une amie, illustratrice représentée par Illustrissimo[6]. On organisait différents évènements comme des « free markets », des soirées, etc. On a même produit un livre jeunesse : Rue de l’Articho, en collaboration avec Valérie Cussaguet aux éditions Thierry Magnier. Le  point de départ, c’était de créer un imagier des commerces.

                        

 

Dans ces soirées comme dans ta culture personnelle, tu mélanges souvent musique et dessins sans prêter attention à leur origine. Quid du concert-dessin ?

 J’ai participé à des projets qui associaient dessin, musique et scène. Soit en tant que dessinateur soit en tant que DJ. J’aime l’idée du dessin en live,  j’aimerais que cette approche se développe. Il y a bien le festival d’Angoulême avec ces concert-dessins mais c’est trop académique. En quoi n’est-ce pas normal de mettre un dessinateur sur scène, pour une représentation ? Certes il y aurait une culture à développer de la part du public, mais aussi de la part des dessinateurs qui n’ont pas l’habitude d’être exposé sur scène lors de la création. De telles manifestations pourraient être bénéfiques pour tout le monde ; le dessinateur qui pourrait trouver un nouveau terrain de jeu et le public pourrait avoir une approche du dessin différente. Plein de choses dans ce sens se développe à droite et à gauche, mais ce ne sont  que de petites initiative.

 

Pour ce qui est de la création du dessin, tu produis, entre autre, du Pixel Art, est-ce l’influence des jeux vidéos ?

 Tout le monde pense cela mais non, je jouais aux jeux vidéos ado mais je ne baigne pas dans cette culture comme je peux le faire avec la musique ou le dessin. L’origine du pixel art vient de l’époque où je  travaillais avec Fluide Glacial. Le webmaster de l’époque, Vincent Solé, a été le premier à créer un site BD avec un contenu web c’est à dire qu’il ne souhaitait pas simplement scanner des planches de BD, mais plutôt offrir un réel contenu web. Il m’a montré un site  « Pixel Chicks » un site de *** fait en très gros pixels pour un concours de site flash. Ca m’a donné envie d’essayer et depuis je continue à en faire. Ce que je trouve intéressant dans le pixel art c’est l‘aspect formel (le mélange entre illustration et graphisme). J’aime l’aspect structurant du pixel qu’on retrouve dans le tapis ou le point de croix. L’avantage du pixel art c’est aussi la constitution d’une banque de données graphiques, d’éléments qu’on peut combiner à l’infini, au final c’est un matériau très malléable.

 

Venons-en à ton actu et ton travail d’auteur, peux-tu nous parler de Monsieur Strip ?

Monsieur Strip[7] est sorti cette année lors du salon du Livre de Paris aux éditions Alter comics. Il s’agit d’une anthologie, l’idée originale était de reprendre le principe du strip dans les journaux US et de l’adapter avec un moyen de diffusion actuel, l’e-mail. Une fois par jour, tous les jours pendant un an, les personnes dont nous avions les adresses recevaient chaque matin leur strip quotidien. Le Livre explique le projet et  présente lesdits strips. J’en ai réalisé la maquette, c’est vraiment important en tant qu’auteur de pouvoir concevoir la maquette de son livre, d’être impliqué avec l’éditeur dans la création du livre (choix du papier, couverture, prix, pages de garde etc). Blexbolex à ce titre  est un modèle intéressant il s’investit  à fond dans tous les aspects de la création du livre. Beaucoup d’illustrateurs ou de dessinateurs n’ont pas conscience de tout ça. Mais j’ai l’impression que les jeunes générations sont mieux avertis de la nécessité de s’impliquer, c’est peut-être un des effets de l’auto-édition ou du développement du fanzinat, où ils font tous eux-mêmes.

                                                

Rencontre avec Jacques Desse

Installé, avec ses collègues Alban Caussé et Thibaut Brunessaux, au 3 de la rue Pierre l’Ermite sous l’enseigne de « Chez les libraires associés » ce libraire d’ancien aux faux airs de Pierre Bergounioux partage avec l’auteur Corrézien une passion pour le livre et l’érudition.

                          

Commençons large, comment définiriez-vous votre activité ?

Je me considère plutôt comme un libraire de livres de collection qu’un libraire d’ancien. Je n’ai pas de goût pour la catégorisation et je ne vois pas de contradiction dans le fait d’avoir dans ma libraire à la fois un incunable, livre imprimé il y a plus de 500 ans, et le pop-up de Kveta Pacovska, À l’infini.  À mon sens l’appellation livre de collection permet d’établir une continuité temporelle entre le passé et l’actuel mais aussi une distinction avec les bouquinistes, qui eux vendent des livres de lecture ou de documentation. Ce qui nous intéresse c’est le livre dans sa variété, et c’est pourquoi nous sommes aussi spécialisés dans le livre animé.

Comment s’illustre cette spécialisation ?

Tout d’abord nous avons présenté en 2002 une exposition anthologique, qui a montré que ces livres ont une longue et riche histoire. Notre envie est aussi de montrer qu’il y a de la création dans ce domaine. Nous avons ainsi tissé des liens suivis avec certains artistes comme UG (Philippe Huger), qui est aussi aujourd’hui la principale figure de créateur de livres animés en France.  Nous invitons tous les ans les créateurs français de livres animés pour un salon d’un soir, qui permet entre autres de faire connaître à un plus large public de jeunes créateurs, comme le tandem Icinori. Installés dans notre nouvel espace nous voulons créer une sorte de galerie du livre. Qu’il soit considéré comme uneœuvre d’art – qu’il est quand il est réussi, bien sûr… – Traditionnellement il n’est considéré que comme un médium, un support et non un objet artistique, une œuvre. Travailler sur ou pour le beau livre c’est le concevoir dans sa matérialité et dans sa globalité. Dans le cadre de nos réceptions, nous recevrons en octobre prochain David Carter, « star » américaine du pop-up, qui viendra pour la première fois à la rencontre de son public français. Nous avons aussi dans nos cartons un projet de rétrospective autour des livres publiés par l’introducteur de l’esthétique pop et psychédélique dans la littérature jeunesse, dans les années 1960-70 : Harlin Quist.

N’est-ce pas aussi un moyen de promouvoir indirectement le livre ancien ?

Il s’agit d’un domaine extrêmement riche mais hélas de plus en plus méconnu. Le grand public est en train de perdre sa mémoire ! Et les jeunes créateurs ignorent l’essentiel de la création graphique, en particulier des innombrables artistes du livre qui les ont précédés. La réédition de livres anciens est à cet égard utile si l’on veut empêcher que tout cela tombe dans l’oubli. Un excellent exemple est le fac-similé de Drôles de bêtes d’André Hellé (1911) par les éditions MeMo (2011), ou les livres de Munari qui vont être réédités par les Editions des Grandes personnes. Malheureusement toutes les rééditions ne sont pas de cette qualité. Le plus souvent des modifications, des coupes, dénaturent complétement le travail originel, sans parler de la difficulté à restituer la tonalité des techniques utilisées à l’origine, comme la lithographie, le pochoir ou l’héliogravure.

Comment devient-on libraire d’ancien ou de livres de collection ?

C’est un métier qui s’apprend surtout « sur le tas », et il faut une dizaine d’années de pratique pour le maîtriser, afin d’accumuler des connaissances et d’établir un réseau, qu’il s’agisse d’institutions ou de collectionneurs. J’ai commencé sur le marché aux puces de Clignancourt, nous avons ensuite migré vers notre nouvel espace de la Goutte d’or afin de disposer d’un lieu adapté à nos projets et à nos envies.

Vous avez créez une petite vague dans le monde littéraire en avril 2010 en retrouvant une photo d’Arthur Rimbaud adulte, pouvez-vous nous en dire d’avantage ?

Avant toute chose, je tiens à préciser un aspect méconnu du travail de libraire d’ancien qui est la recherche. C’est là le cœur de notre activité, retrouver l’identité des choses que nous acquérons et transmettre cette information. Dans bien des cas, ce travail de recherche est précurseur de celui effectué par les universitaires. Pour revenir à Rimbaud, tout a commencé par l’achat d’un petit lot de documents de la fin du XIXe siècle qui nous avait intrigué parce qu’il s’y trouvait une photo de francs-maçons dans un pays arabe. Nous y avons retrouvé à plusieurs reprises l’hôtel de l’Univers, qui sonnait familier à nos oreilles, et pour cause, puisque cet hôtel d’Aden était un peu la « base arrière » de Rimbaud durant sa « deuxième vie ». Nous nous mettons donc au travail, contactons des spécialistes de Rimbaud et de fil en aiguille, après deux ans de recherches, arrivons à la conclusion que nous connaissons aujourd’hui[1]. Pour la petite histoire, nous ne possédons plus la photo, elle a été vendue dans l’heure après la parution de l’information.

En tant que libraire de livre de collection donc, quelles relations entretenez-vous avec les maisons d’édition ?

 C’est un rapport particulier. D’une part parce que le contexte économique fait que  l’édition tend à perdre son histoire,  par exemple à l’occasion de fusions qui se  traduisent souvent par la perte ou la destruction des archives.. (à l’inverse,  quelques maisons d’éditions soucieuses de leur patrimoine comme Gallimard ou  Albin Michel deviennent nos clients  en rachetant des livres de leurs catalogues  qu’elles ne possèdent plus). D’autre part, il nous arrive régulièrement de t  travailler avec ces maisons d’édition. J’ai un plaisir particulier qui consiste à  accumuler des ouvrages sur un sujet  donné afin d’établir une collection pour ensuite en faire un catalogue ou une exposition(parmi ces sujets citons  l’homosexualité ou les livres bizarres par exemple). L’un de ces catalogues avait pour objet les livres pour la jeunesse  publiés par Gallimard, il est finalement devenu un livre, que nous avons co-édité avec Gallimard et qui a reçu le prix de bibliographie 2009. Je suis fier que certains de nos catalogues soient aujourd’hui conservés par des institutions prestigieuses comme Yale, Harvard ou Stanford, et que certains livres sur lesquels nous avons attiré l’attention soient, quelques années plus tard, très recherchés par les amateurs : cela signifie que nos « vieux bouquins » peuvent exister dans le présent, et même parfois s’avérer plus modernes que certains pans de la production contemporaine !

Le  lien vers les blogs des Libraires associés :

http://chezleslibrairesassocies.blogspot.fr

http://boutiquedulivreanime.blogspot.fr




[1] Sur l’histoire de cette découverte, voir en particulier le témoignage de Jacques Desse sur le site Ricochet : http://www.ricochet-jeunes.org/oeil-du-libraire/article/115-la-photo-d-arthur-rimbaud

Interview de Victoria Vingtdeux

Représentante de la génération Y, Victoria Vingtdeux, notre interviewée de la semaine, éclaire notre lanterne sur le monde méconnu des acheteuses d’art.


                                     

Comment devient-on acheteuse d’art ?

Pour ma part, j’ai d’abord obtenu un DEUG en AES (Administration économique et social) donc sans grand rapport avec ce que je fais maintenant. Ensuite j’ai intégré une école privée de publicité, « Sup de Pub ». Après quoi j’ai migré à Londres pour poursuivre mes études au LCC (London Collège of Communication), j’en suis sortie avec un master. Pendant un an, j’ai aussi suivi  des cours du soir à l’université d’art de Londres « Saint-Martin », en « illustration and graphic design » en VO.

Votre parcours et atypique semble-t-il, trouve-t-on une formation type à l’activité d’acheteuse d’art ?  

Non, pas vraiment les autres acheteuses que je connais, sortent plutôt des écoles de Publicité ou ont fait des études en langues et/ou métier de la culture.

Vous travaillez pour BETC Paris, l’une des plus importantes boites de publicité. Son logo, une abeille, reste une curiosité, avez-vous une explication, le bourdonnement d’idées ?

 J’imagine qu’il y a beaucoup de significations dont la principale est sans doute la métaphore de la ruche.  Pour la petite histoire, nous abritons des ruches sur le toit de nos locaux et chaque année récoltons du miel !

                                

Revenons votre profession, une acheteuse d’art est-elle dévolue à un domaine en particulier (illustration, animation, photo par exemple) ou se doit-elle d’être polyvalente ?

J’imagine que cela dépend des agences, il peut arriver que nous soit attribuer un budget ou un sujet mais nous ne sommes pas affectées à une catégorie d’art. En règle générale, les briefs sont aussi distribués en fonction des gouts de chacun(e)s.

À propos de goût, quels sont les vôtres et comment les cultivez-vous ?

 J’adore partir à la recherche de styles, rebondir de blogs en blogs, c’est une aide non négligeable au moment de travailler sur un brief. Une fois venu le moment de passer en phase de réalisation c’est souvent étonnant. Sans en faire la promotion, je crois pourtant pouvoir citer les blogs suivants :

http://www.fubiz.net/

http://www.au-secours-jai-un-blog.com/

 http://www.evasion.cc/blog/P10/

 http://www.creativereview.co.uk

 http://www.varoomlab.com/

 http://www.behance.net/

 http://lookslikegooddesign.com/

 http://www.au-secours-jai-un-blog.com/

 http://www.artskills.net/

La curiosité semble être une qualité nécessaire, y-en a-t-il d’autres ?

Oui de la curiosité c’est indispensable, il faut aussi pas mal d’organisation. Aussi, bien sur, puisque nous sommes acheteuses, un certain sens de la négociation, auquel se greffe inconditionnellement un sens du relationnel. Comme un peu partout ailleurs, il faut du bon sens. Pour les compétences juridiques, elles ne sont pas nécessaires, on les incorpore avec l’expérience, l’agence dispose d’un service juridique pour nous orienter au cas où…

Que représentent les illustrations dans le pourcentage global des commandes, est-ce un chiffre en hausse ou en baisse ?

Je dirais que l’illustration représente environs 10% sur l’ensemble des commandes, je parle pour BETC en tout cas. Pour ce qui est de l’évolution du chiffre, il est plutôt stable depuis mon arrivée au moins, mais je ne suis pas là depuis très longtemps…

Pour rester dans l’illustration et sa place dans le monde de la publicité, du point de vu de l’acheteuse d’art, qu’est-ce qui fait un bon illustrateur ?

 Il faut être singulier, original, avoir son style et sa patte. Ce qui est difficile avec les effets de mode, malheureusement, on voit souvent des ressemblances, des reprises. Ensuite j’imagine qu’il faut savoir se faire entendre par les agences et les clients, être force de proposition. L’illustrateur aussi a, à son niveau, besoin de savoir négocier.

Vous souvenez vous de votre première rencontre avec l’agence Illustrissimo ?

J’ai d’abord travaillé avec un agent de photographes pendant mon année à Londres, nous étions alors  en contact pour une mission possible pour ouvrir une fenêtre sur  le marché  anglais, mais j’ai finalement rejoint BETC.

                                           

Entretien avec Emmanuel Pollaud-Dulian

Amateur d’illustrations, et particulièrement de celles de la première moitié du XXe siècle, notre interviewé cette semaine a collaboré à la réédition de l’œuvre de Gus Bofa aux éditions Cornélius et signé Chas Laborde, un homme dans la foule. Il prépare actuellement un livre sur le Salon de l’Araignée, à paraître aux éditions Michel Lagarde. Rencontre avec un passionné passionnant…

Comment en êtes-vous arrivé à vous intéresser à l’illustration de cette époque ?

Le hasard, ou les gènes… Mon grand-père était libraire à Nice, et vendait notamment ce qu’on appelle des illustrés modernes. Mes parents étaient des lecteurs boulimiques et omnivores, et qui se sont très tôt intéressés à la bande dessinée. Et ma mère, qui elle-même dessinait, avait posé, en arrivant à Paris, pour des artistes qui faisaient du livre illustré. Il était donc inévitable que je finisse par mal tourner et m’intéresser au dessin ! Mais je travaille avant tout sur ces artistes qui ont tenté, entre 1914 et 1934, de faire du dessin une forme d’expression à part entière et ont trouvé dans le livre illustré un medium où développer une vision originale et libre. C’est un moment tout à fait singulier de l’histoire de l’art, de la littérature et de l’édition en France, qui reste aujourd’hui à peu près méconnu.

 Comment expliquez-vous cet oubli ?

De manière générale, et je pense que c’est encore le cas aujourd’hui, le dessin est, en France du moins, un art méprisé. On le considère comme un art mineur, quoi que cela veuille dire, et le cantonne à certains genres, la caricature, le dessin d’humour ou la bédé. L’illustration est souvent considérée comme soumise au texte, une simple fioriture. On voit donc dans le livre illustré une manifestation, secondaire, de l’Art Déco. Les dessinateurs qui ont fait carrière dans le livre n’ont intéressé ni les marchands d’art, ni la critique, ni les universitaires. On peut espérer, cependant, que les jeunes générations, habituées aux bandes dessinées, mangas et romans graphiques, montrent plus d’intérêt et de compréhension pour ces artistes que leurs aînés. Mais la bande dessinée a, hélas, la mémoire courte. Pourtant la filiation entre les dessinateurs des années 20 et 30 et ceux d’aujourd’hui me semble évidente.

Pouvez-vous nous citer un exemple de cette filiation ?

Un artiste comme Gus Bofa a bien sûr influencé de nombreux dessinateurs, de Morris à Tardi, en passant par Hergé. Comme lui, Nicolas de Crécy représente l’inconscient artistique, l’idée en gestation, sous la forme d’un ectoplasme. Je peux aussi vous citer Pierre Mac Orlan, qui publie en 1911-1912, une série en bande dessinée, Frip & Bob. Les aventures de ces deux garnements annoncent celles de Quicke & Flupke, par Hergé. Quant à la fameuse « ligne claire », elle n’apparaît ni avec Hergé, ni avec Alain Saint-Ogan, mais avec Charles Martin, Joseph Hémard ou Pierre Brissaud. Chas Laborde réalise des reportages graphiques qui ne sont pas si loin de la bande dessinée reportage, en vogue aujourd’hui. Par exemple, on a couronné, cette année, à Angoulême, les Chroniques de Jérusalem, de Guy Delisle. Mais qui se souvient du témoignage graphique exceptionnel que Chas Laborde nous a laissé du début de la guerre d’Espagne. Il se trouvait à Madrid lors du déclenchement du coup d’état de Franco et est aussitôt parti, armé de son carnet à dessin, pour le pays basque.  On peut aussi  rapprocher  les albums qu’il a consacrés aux grandes métropoles modernes, de Paris à New York, des carnets de voyage de dessinateurs contemporains.

Qu’est-ce qui peut, dans le contexte de l’époque, expliquer cette créativité ?

Il y a d’abord la volonté de jeunes éditeurs de réagir contre la médiocrité des livres fabriqués durant la Grande Guerre, médiocrité matérielle, en raison des restrictions de papier et d’encre, mais aussi médiocrité artistique pour cause de propagande. Ensuite, le Franc perdant de sa valeur dans les années 20, la bourgeoisie croit trouver dans le beau livre un placement sûr.  Le livre illustré, avec ses tirages réduits, sa clientèle relativement cultivée, permet à toute une génération  d’éditeurs, d’artisans et d’artistes, d’expérimenter, de créer, avec une liberté qu’elle n’aurait pas eu dans l’édition normale, la presse ou la publicité. Ajoutons que cette génération sort de quatre ans de guerre et entend secouer le joug des conventions, qu’elles soient sociales ou artistiques. Je crois qu’il n’est pas absurde de comparer un éditeur-graveur comme Roger Lacourière, ou Henri Jonquières, qui fait pratiquement vœu de pauvreté par amour du livre, à, de nos jours, l’Association ou Cornélius. Evidemment la liberté a un prix. Et Chas Laborde constate que se consacrer au livre illustré c’est entrer dans la clandestinité artistique.

A propos, pouvez-vous évoquer le livre que vous préparez sur le Salon de l’Araignée ?

Ce salon naît en 1919 de la volonté de Gus Bofa de regrouper et pousser les jeunes dessinateurs de la génération de la guerre.  Avec le graveur Jean-Gabriel Daragnès, Pierre Mac Orlan, Jean Galtier-Boissière et quelques autres, il fonde un collectif d’artistes, qui exposent chaque année  leurs travaux personnels Galerie Devambez, à Paris.  La participation est gratuite. Il n’y a ni jury, ni prix, ni statuts. Aux débutants Bofa paie l’encadrement de leurs dessins. Le Salon leur permet d’exposer à côté d’un Pascin ou d’un Chagall, et de rencontrer patrons de journaux, éditeurs et amateurs.

 

Bofa veut aussi réagir contre ce qu’il appelle « la vieille gaîté française », représentée par le vétuste Salon des Humoristes, haut lieu du dessin de presse. Le groupe se constitue par affinités électives. Il s’agit d’encourager les jeunes artistes à développer une vision personnelle, à refuser la vérité établie pour crée, ou découvrir, leur propre vérité.  L’Araignée devait s’accompagner d’une revue, d’un almanach, d’une maison d’édition, d’un bar littéraire, etc… En fait, il s’agit d’une véritable utopie artistique. Le Salon perd d’ailleurs de l’argent chaque année. Et quand enfin, il rentre dans ses frais en 1927, Bofa le saborde pour éviter un succès commercial, qu’il juge forcément sclérosant. Selon lui, il ne faut pas mêler l’art et l’argent. Il faut dessiner pour le plaisir.

Ce Salon voulait donc sortir le dessin de l’ornière de la presse humoristique, mais avait-il d’autres ambitions ?

Oui. Bofa voulait démontrer que le dessin ne se réduit pas à la caricature ou  au gag. Il n’est pas forcément drôle ; il peut tout exprimer. C’est en fait une écriture. Bofa, lui-même, réalise, avec Synthèses littéraires, un exercice de critique littéraire par l’image, ou donne avec La Symphonie de la Peur une réflexion philosophique, inspirée de Hobbes et de Schopenhauer. Il vaudrait sans doute mieux parler, pour ces artistes, de dessinateurs, que d’illustrateurs. Ou poser qu’un illustrateur est un créateur à part entière. Un Bofa, un Falké ou un Chas Laborde ne se contentent pas de décorer un livre, d’ajouter de jolis dessins au texte. Ils le commentent, le critiquent ou l’utilisent comme moteur à rêver. Bref, l’image est littérature. Colette écrit à Chas Laborde que  les décors qu’il a imaginés à l’enfance de Claudine sont bien plus vrais que ceux qu’elle a connus. Et le Don Quichotte de Bofa propose une vision onirique, fantastique du roman de Cervantès.  Et d’ailleurs, Chas Laborde, pour ses grands albums, s’affranchit d’un texte à illustrer, tandis que Bofa finit par associer à ses dessins ses propres textes. Comme le fait, par exemple, Charles Martin avec Sous les pots de fleurs.

Pourquoi avoir choisi l’araignée comme symbole de ce Salon ?

Citons Bofa : « J’ai une profonde horreur pour les mouches, et l’araignée me paraît au contraire fort sympathique, qui travaille à sa toile avec la conscience et l’acharnement d’un vrai artiste et l’utilise, entre-temps, pour assurer sa subsistance aux dépens d’animaux nuisibles, oisifs et incohérents qui viennent s’y faire prendre. » On peut aussi penser à l’araignée souriante qu’a dessinée Odilon Redon. Mais, pour Mac Orlan, il vaut mieux éviter de chercher à comprendre…

(Remerciements à Geraldine Martin pour les documents iconographiques)