Archive pour la catégorie ‘Interviews’

Gwénola Carrère: L’interview

Lundi 28 mars 2011
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Gwénola Carrère a commencé sa carrière d’illustratrice jeunesse en 2005 avec la parution en Italie du livre “Una Baccheta magica” qui lui a porté chance. Alors installée à Bruxelles et exposée avec l’avant-garde des jeunes illustrateurs belges, elle est remarquée par les éditions Thierry Magnier – par votre serviteur. Depuis, un cercle d’amateurs d’affiches toujours plus nombreux lui voue un culte discret et certain. Après avoir exposé au salon de l’Articho en 2010, c’est au salon “Pick me Up” de Londres qu’elle présente en ce moment ses originaux. L’occasion d’une interview et de recueillir ses impressions à chaud.

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“Muze”, © Gwénola Carrère Illustrissimo: Tu participes au salon “Pick me Up” à Londres, peux-tu nous parler de cette partie de ton activité qui concerne les expositions de tes originaux?

Gwénola Carrère: L’exposition de mes originaux est d’autant plus importante à mes yeux qu’à l’heure où la plus grande visibilité pour les créatifs passe par le net, on ne se rend plus vraiment compte de ce qui fait le « vrai » travail. A savoir dans mon cas, la taille des images est souvent assez imposante (autour de l’A2) et les couleurs, tout comme les matières et la facture, sont plus difficilement perceptibles à l’échelle et à la résolution de l’écran d’ordinateur. Par ailleurs, un exposition d’originaux est souvent l’occasion de vendre mes images, et, si je ne suis pas d’un tempérament franchement intéressé, en revanche ça me fait toujours rêver d’imaginer la destination de mon travail, puisqu’il voyage beaucoup plus et plus loin que moi-même!

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“Radioactivities”, © Gwénola Carrère Illustrissimo: Tu vis à Bruxelles, y a t-il des débouchés pour les illustrateurs travaillant en Belgique et dans quel domaine?

Gwénola Carrère: Je dois bien avouer que je travaille beaucoup plus avec la France et l’Angleterre qu’avec la Belgique! Le marché belge est en effet naturellement petit, vu non seulement la taille du pays mais aussi vu la division linguistique. Les néerlandophones ont leurs propres illustrateurs, et n’étant moi-même (carrément) pas belge d’origine, au début de ma carrière j’ai ressenti quelque fois que ça ne m’aidait pas… Du coup, je n’ai jamais vraiment insisté et me suis davantage tournée vers d’autres pays. (En fait, si je remonte dans le temps et à la source de mes premiers contacts importants, je dois beaucoup à l’Italie, étonnamment! C’est là que les choses ont vraiment commencé, avec mon premier album jeunesse, paru chez Topipittori en 2005). Mais Bruxelles n’est évidemment pas une ville morte si l’on regarde ce qui se passe en bande dessinée, on peut même dire que c’est une ville hyper-active de ce côté-là. Tout au long de l’année, je ne compte pas le nombre d’événements, d’expositions, d’éditions, et même une émission de radio, qui sont dédiés à ce domaine passionnant.

panikparty.jpg “Panik Party”, © Gwénola Carrère Illustrissimo: Ton travail s’est développé dans le milieu de l’illustration jeunesse, quels sont les artistes qui t’ont donné envie de faire ce métier, et comment envisages-tu l’avenir dans les mois qui viennent ?

Gwénola Carrère: J’ai eu une vraie révélation lorsque j’ai découvert l’art russe dédié à la jeunesse des années 1920-30. A travers plusieurs ouvrages, dont un livre japonais publiant une hallucinante collection privée, et bien sûr à travers le très beau travail des éditions Mémo sur « Quand la poésie jonglait avec l’image » de Lebdev et Marchak, entre autres… Dans les mois à venir, je vais me concentrer sur le scénario et le story-board d’un film d’animation qui devrait être réalisé à l’automne prochain dans le cadre du fabuleux « Laboratoire d’images », projet porté par Christian Janicot, Canal + et l’école Supinfocom. Mais tout est encore à faire à l’heure où je vous parle, donc je préfère ne pas m’avancer davantage. Je peux juste dire que la musique aura une très grande importance… Sinon, l’un de mes rêves serait de m’approcher du monde du textile, j’aimerais créer des motifs, des dessins pour des vêtements et des accessoires. J’y pense, j’y pense…

yokomax.jpg “Yokomax”, © Gwénola Carrère Pour voir plus d’images, consulter le book de Gwénola Carrère sur le site d’Illustrissimo!

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Gwénola Carrère, envoyée spéciale à “Pick Me Up”

Lundi 28 mars 2011
Dans le cadre prestigieux du Somersethouse, un grand centre culturel dans un imposant bâtiment néo-classique au cœur de Londres, situé entre le quartier du Strand et la Tamise, vient de s’achever la 2ème édition de “Pick Me Up” (17-27 mars 2011).  pick-me-up-1.png` Une résidence d’artiste, avec pour invité cette année le graphiste Anthony Burril (auteur par ailleurs de la charte graphique de l’exposition). Notamment un grand workshop continu invitait le public à s’approprier l’univers graphique de l’artiste. pick-me-up-2.png Puis une demie-douzaine de collectifs d’artistes présentaient leurs activités de manière ludique et interactive. Participaient entre autres les excellentes éditions Nobrow, avec une tablette Wacom géante, en carton, invitant le public à dessiner. Mais surtout leur stand présentait l’ensemble de leur incroyable production, avec notamment une très belle édition de l’Abécédéria de Blexbolex et de l’Ada d’Atak. Et deux très jolis petis livres de l’intrigant Jon McNaught. pick-me-up-3.png Le collectif It’s Nice that  organisait quant à lui un grand atelier de création en continu, où se sont succédé, au long des 10 jours, pas moins d’une 50 aine d’artistes de tout poils. pick-me-up-4.png Tom Gauld notamment y a réalisé une jolie collection de robots de poche. Pick me up présentait enfin une exposition de 24 illustrateurs et designers graphiques internationaux, dits émergeants. Avec, pour n’en citer que quelques uns, Tom Gauld (UK) et quelques unes de ses planches à la plume assérée,  à l’humour aussi absurde qu’étrange et méditatif. pick-me-up-5.png Andy Rementer (USA) et une galerie de personnages bigarrés loufoques. pick-me-up.png La typographie Jessica Hische (USA), avec des lettrages subtilement ouvragés. pick-me-up-7.png Niguel Peake (UK) et des compositions abstraites finement stratifiées. pick-me-up-8.png Otecki (Po) avec des gravures noir et blanches tranchées, mêlant iconographie traditionnelle et graffiti. pick-me-up-9.png Seiko Kato (UK) et ses collages à tendance naturaliste, incroyablement fouillés et vivants pick-me-up-10.png Takeru Toyokura (Jap) avec des collages mêlant feutre et papier. Un univers moins candide qu’étrange, aux personnages sans visage (non sans me rappeler pafois Henry Darger…). pick-me-up-11.png McBess (Fr) et de grandes planches noir et blanches toujours aussi surréalistes et fouillées pick-me-up-12.png et enfin Gwénola Carrère (Bel) dont voici une vue d’ensemble de l’accrochage. pick-me-up-13.png et l’une de ses dernières créations, les vagues (aôut 2010). pick-me-up-14.png L’événement Pick me up fut dans l’ensemble un franc succès, autant de par le nombre de visiteurs quotidien que par la quantité d’échos favorables, dans la presse et de la blogosphère.  

Special Londres (4/4): Jean Jullien

Lundi 7 mars 2011

Nous avons à de nombreuses reprises évoqué le travail de Jean Jullien, notamment à l’occasion de ses deux expositions parisiennes en 2009 et 2010 à la Galerie des Arts Graphiques. Son actualité est tellement fournie, que nous ne pouvions pas passer à côté d’une interview pour notre série londonienne. L’occasion de faire un zoom sur ses multiples activités. Artiste, illustrateur, réalisateur, designer, rien ne l’arrête et tout lui sourit. Un coup de coeur qui dure, et la confirmation d’un parcours généreux et sans concessions.

Illustrissimo: Peux-tu nous résumer en quelques mots ton parcours d’illustrateur et de réalisateur ? Jean Jullien: J’ai commencé ma formation par un BTS communication visuelle au lycée Le Paraclet à Quimper où j’ai appris les bases de composition, de typographie et les fondamentaux du graphisme. Je suis ensuite parti à Londres. C’est là que j’ai commencé à travailler professionnellement, en parallèle de mes études. avatar_whiteweb.jpg “Avatar” © Jean Jullien Illustrissimo: Tu as choisi de t’installer à Londres pour poursuivre tes études au Royal Collège. Quel bilan tires-tu de ces années d’étude dans ce prestigieux établissement ? Jean Jullien: En fait je suis arrivé en 2005 pour étudier à Central Saint Martins, où j’ai obtenu, trois années plus tard, un Bachelor en Graphic Design. C’est alors que j’ai décidé de poursuivre mon cursus avec un Master en Communication Art & Design au Royal College of Art, que j’ai obtenu en 2010. b-1.jpg “News of the times” © Jean Jullien, Éditions Eugène & Pauline Illustrissimo: Ton travail a été très remarqué depuis deux ans, comment arrives tu à gérer ce succès et à choisir tes clients ? Jean Jullien: Ça n’a pas vraiment changé ma manière de travailler. J’aime avoir plusieurs projets en même temps et j’ai toujours mis un point d’honneur à ne pas me cantonner à une pratique, craignant de me lasser et de toujours produire la même chose. Je conserve mon trait, et certains éléments récurrents de mon travail sont important car ils servent d’identifiant, de style en quelque sorte. Mais il me semble fondamental de jongler entre les supports de création pour créer un ensemble riche en diversité. Le “succès” dont tu parles est donc positif car il m’a permis de travailler sur une pléthore de projets, tous plus différents les uns que les autres: une table (“Table Man”), une ligne de vêtements en Corée (“Plac Jeans by Jean Jullien), une montre (Magazine Les Inrockuptibles), une installation mêlant film d’animation à 360 degrés et musique électronique (“Adventures in Front of the TV Set”),  un village au plafond (“The Village”), etc… Cela me permet également d’élargir mes horizons et de me voir proposer des projets toujours variés. Du coup, je m’amuse autant lorsque je fais une série d’illustrations dites “classique” pour un projet professionnel car je n’ai pas l’impression de le faire souvent. C’est cette dynamique de travail que j’apprécie. affiche_inrocks_600.jpg Affiche Festival “Les Inrocks” © Jean Jullien montre_noire_600.jpg Montre pour les abonnés du magazine “Les Inrockuptibles” © Jean Jullien Illustrissimo: Quelles sont les images que tu considères les plus emblématiques de ton travail, et comment vois tu l’évolution de celui-ci ? Jean Jullien: En terme de popularité, je pense que “Les Fables de la Fontaine” sont assez représentative de ce que je fais, car elle mêle illustration, humour et volume. En ce qui me concerne, et comme je viens de l’expliquer, j’aime à penser que des travaux aussi différents que “Table Man”, “The Republic” ou le visuel “Hi” fait pour YCN, représentent bien mon travail et les divers domaines que j’aime explorer. inflationweb.jpg “Inflation” © Jean Jullien Illustrissimo: Tu alternes les images en volume et les dessins au trait et tu t’es tourné récemment vers l’animation. Peux-tu nous parler de ton projet avec ton frère, le musicien Niwouinwouin ? Jean Jullien: “Adventures in Front of the TV Set” est une installation qui combine la musique de Niwouinwouin à mes visuels animés, qui sont projetés sur quatre écrans géants. Placé entre ces quatre écrans, le public est immergé dans les aventures épiques de Slim, le héros d’une série de science-fiction, perdu dans un dédale cathodique. Ce dernier se promène d’une chaine de télévision à une autre, passant d’un jeu télévisé à un soap-opera matiné d’une ambiance de conte, en passant par une maison hanté, un documentaire animalier extra-terrestre, etc… lobby_carda.jpg “Adventures in Front of the TV Set”, © Jean Jullien, Niwouinwouin C’est un projet qui représente un travail énorme, ne serait-ce que pour créer le film d’animation, mais également l’orchestration du tout, la création d’un environnement (le tout prend la forme d’une salle hexagonale géante, qui est montée et démontée à chaque fois que l’installation se déplace), la collaboration avec les producteurs, les résidences, etc… Cela illustre parfaitement cette idée de diversité que j’essaie de garder dans mon travail. Aux vidéos, illustrations, sculptures et vêtements, je peux maintenant ajouter “installation audiovisuelle”. Ce projet a également confirmé de manière plus officielle le fonctionnement en binôme avec Niwouinwouin, qui me permet de travailler sur des projets très différents de ceux que je fais seul. Ce fût satisfaisant pour nous d’être sollicité tous les deux, après que nous ayons essayé de communiquer sur notre travail en commun pendant plus d’un an. Cela prouve que c’est une équipe qui marche, et cela ne nous empêche en rien de continuer à travailler chacun de nôtre côté. Enfin, c’était ma première expérience “live”, et j’ai découvert avec une joie incroyable la réaction des gens en direct. Niwouinwouin, qui est habitué des concerts, connait bien cette sensation. Mais j’avoue avoir été très ému lorsque j’ai vu les gens rire, sourire, bouger et manifester leur excitation vis-à-vis de ce qui se jouait devant eux. spread1_beigeweb.jpg “Spread” © Jean Jullien Illustrissimo: “Adventures in Front of the TV Set” tourne actuellement en France et nous avons assez hâte de le voir jouer à Paris ou à Londres. Quel est ton prochain projet et vers quoi souhaites-tu développer ton travail d’ auteur ? Jean Jullien: Je travaille en ce moment sur une nouvelle collection pour la marque coréenne “Plac Jeans”. Je fais l’affiche et la vidéo pour le festival “Electroni-K”. Je prépare un livre interactif pour Gallimard, je continue mon travail pour “Les Inrockuptibles”. Je prépare une exposition à Seoul, Nantes et Rennes. Je viens de finir cinq pages sur mon projet “The Republic” pour la nouvelle revue d’illustration française “The Drawer”. Niwouinwouin et moi travaillons également sur trois clips pour son nouvel opus. Je sors un t-shirt pour les anglais de “It’s Nice That”, et prépare une conférence pour le festival Motiva en Espagne. Je travaille avec “Partizan” pour une campagne anglaise pour “Uniqlo” et vais m’occuper de la saison de la fraîchement relancée “Scène Nationale de Montbéliard”. Je m’occupe également du logo pour la collection “Max Jacob” à Quimper. Un livre et des jouets en bois aux éditions “Annaïck Moriceau” et d’autres choses… mais je m’arrêterais là pour aujourd’hui! telerama2web.jpg Illustration pour le magazine “Télérama” © Jean Jullien nspcc2web.jpeg © Jean Jullien nspccweb.jpeg © Jean Jullien La première monographie de Jean Jullien paru en France, est toujours disponible aux Editions Michel Lagarde, soit en envoyant 10 euros (8 euros + 2 euros de frais de port) au 70 rue de la folie-méricourt 75011 Paris, soit en le commandant en ligne sur le site de la librairie nantaise: http://www.librairielindex.com Vous pouvez commander “News of the times” de Jean Jullien, sur le site des Éditions Eugène & Pauline, 14 euros, 50 exemplaires.

Special Londres (3/4): Delphine Lebourgeois

Lundi 28 février 2011

Nous poursuivons notre exploration des illustrateurs français installés à Londres. Delphine Lebourgeois a rejoint Illustrissimo en 2009, son style classique et raffiné a séduit un bon nombre de maisons d’édition anglaises, et son travail apparaît de temps en temps dans quelques magazines français. A la veille de son exposition londonienne, un petit tour d’horizon en quelques questions.

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Double page pour les Agents Associés: Illustration, Volume 3, (2011)

Illustrissimo: Peux tu nous résumer en quelques mots ton parcours d’illustratrice et ton arrivée à Illustrissimo ?

Delphine Lebourgeois: Après avoir décroché un DNAP Art à L’école Nationale des Beaux-Arts de Lyon, je suis venue directement à Londres en 1998, à la recherche d’horizons nouveaux. J’y ai fait d’abord beaucoup d’illustrations pour enfants, mais n’étant pas réellement satisfaite de la tournure que prenait ma carrière, j’ai eu besoin de retrouver la stimulation des études et je me suis embarquée dans un masters Illustration à la Central St Martins. Cela m’a ouvert beaucoup de portes et mon langage visuel a été transformé pour le meilleur.

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 La Peau de Chagrin, © Delphine Lebourgeois Illustrissimo: Tu as choisi de t’installer à Londres en 1998. Pourquoi le choix de cette ville et quels sont les avantages pour une jeune illustratrice française ? Delphine Lebourgeois: Au départ, je n’étais sensée rester qu’un été, afin de parfaire mon anglais, mais douze ans plus tard je suis encore là! Je crois que ce qui m’a poussée à rester (au-delà de la richesse culturelle de Londres), ce sont les opportunités professionnelles que l’on m’a offertes. Les anglais ont l’esprit d’entreprise et tout paraît possible ici. Même d’un point de vue pratique et administratif, être à son compte semble plus aisé. Cela dit, cela fait très longtemps que j’ai quitté la France et ma vision n’est peut-être plus au goût du jour…

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Les Liaisons Dangereuses, © Delphine Lebourgeois 

Illustrissimo: Quelles sont les images que tu considères les plus emblématiques de ton travail, et comment vois tu l’évolution de celui-ci ? Delphine Lebourgeois: J’ai un petit faible pour le portrait du Marquis de Sade (Philosophie Magazine). Sophie Villette, la directrice artistique, m’avait donné carte blanche pour cette série et j’ai pu ainsi créer des images poétiques et proches de mon univers personnel. Pour ce portrait,  j’ai créé une trame de petites femmes suspendues comme des acrobates de cirque flottant autour du visage. Je souhaitais que ces petites femmes ligotées soient souriantes et reflètent davantage le raffinement du philosophe plutôt que sa cruauté. Il y a aussi beaucoup d’humour dans cette image, chose que toutes les commandes ne me permettent pas de faire. Deux autres illustrations “Tiger Hills” et “Jungle” sont devenues emblématiques par leur popularité. Les gens les aiment beaucoup et elles ont été a l’origine de plusieurs commandes. Et il y a, bien sûr, toutes les images qui forment mon dernier projet personnel “Over the Cover”. Je suis toujours à la recherche d’un équilibre entre une approche conceptuelle de l’image et une esthétique raffinée et séduisante. J’espère être sur la bonne voie avec “Over the Cover”. sade-portrait-1.jpg Portrait du Marquis de Sade pour Philosophie Magazine, © Delphine Lebourgeois   Illustrissimo: Tu exposes à partir du mois de mars dans une célèbre galerie. Y a t-il un marché pour les éditions limitées ou pour l’illustration en général à Londres ? Delphine Lebourgeois: L’exposition “Over the Cover” débute le 28 Février à la Frameless Gallery, Islington. Vu que mon travail est maintenant en grande partie “numérique”, je produis des éditions limitées que je vends soit en galerie lors d’expositions que j’organise moi-même (comme celle-ci), soit à travers un réseaux de galeries en ligne comme “Eyestorm”  ou “A Little Bit Of Art”. Gina Cross qui gère “A Little Bit of Art” me représente également dans des foires d’art ou de graphisme telle que “The Affordable Art fair”. Ces évènements sont tres nombreux tout au cours de l’année et les anglais en sont friands. D’une manière générale à Londres, il y a beaucoup d’illustrateurs et la compétition est élevée. Le travail personnel fait une grande différence. En ce moment la mode est aux évènements “pop-up”. Ces expos ou shops improvisés se font un peu partout (boutique design, écoles d’art, entrepôts…), et sont directement organisés par les artistes. over-the-cover-invite.jpg  Exposition à la galerie The Frameless Gallery, © Delphine Lebourgeois  Illustrissimo: En Angleterre, ton  travail a pris une voie un peu plus “déco” et design. Tu sembles cibler une clientèle plutôt déco d’intérieur et arts appliqués (Habitat, Paperchase, V&A, Heals). Peux tu nous parler d’une série de foulards pour une nouvelle compagnie ? Delphine Lebourgeois: Il y a quelques temps, j’ai commencé à introduire des silhouettes dans mes images. C’est un style qui se prête bien aux briefs de déco et c’est vrai que mon travail s’oriente davantage vers ce marché ces temps-ci. Je suis sur le point de faire une série d’éditions limitées exclusive pour Paperchase et je travaille sur plusieurs design pour des foulards commandés par une toute nouvelle société.  C’est une expérience très enrichissante et grâce à laquelle j’apprends beaucoup. Les images sont serigraphiées à la main sur des carrés de soie, type Hermès, et si tout va bien la série comprendra douze dessins différents. 20000-lieues.jpg Vingt Mille Lieues sous les Mers © Delphine Lebourgeois Illustrissimo: Dernier mot pour les lecteurs de ce blog sur les bon plans londoniens pour tous les amateurs d’images fortes ? Delphine Lebourgeois: Pour l’inspiration, le British Museum est classique, mais imbattable. En ce moment, il y a une exposition sur le “Livre des Morts” qui se termine début mars. Fabuleux. Autrement côté illustration, l’événement du mois, c’est “Pick Me Up” à la Somerset House. L’année dernière déjà, cette foire d’art graphique avait remporté un franc succès. On pouvait y voir notamment l’atelier de Rob Ryan relocalisé pour la durée de l’évènement. Tous les collectifs du moment y étaient aussi présents, “Nobrow”, “Concrete Hermit”, “Nous vous”, “It’s Nice that”, “Le gun”… A ne pas manquer donc! pick-me-up.png Signalons la présence des illustrateurs McBess et Gwénola Carrère pour cette deuxième édition du Salon de l’Illustration “Pick Me Up”

Special Londres (2/4): Nobrow, l’interview

Mercredi 23 février 2011
Les deux jeunes éditeurs: Alex Spiro et Sam Arthur, de la maison d’édition anglaise “Nobrow” présentaient cette année à Angoulême leurs dernières productions. Nous avons été épatés par la qualité de leurs livres, par leurs choix graphiques audacieux, et une ligne éditoriale impeccable qui tranche avec la production graphique habituelle. Les passerelles avec Illustrissimo étant nombreuses (Blexbolex, Gwénola Carrère, Chamo, McBess and co), une petite interview de notre envoyé spécial à Angoulême s’imposait sur ce blog. alexsam_01.jpg Sam Arthur et Alex Spiro de Nobrow Illustrissimo: Alex, Peux tu nous parler de la naissance de Nobrow et de son succès ?

Alex Spiro pour Nobrow: Nobrow a commencé il y deux ans et demi environ, pendant l’hiver 2008, avec l’intention de renouveler un esprit de qualité en édition papier. La tendance générale d’externaliser la production de livres pour essayer de concurrencer l’impression numérique associée à une baisse de la culture du bel imprimé, a entraîné une standardisation générale du livre. Nous voulions donner une approche “haute couture” à nos livres. Si nos coûts de fabrication sont plus élevés, la qualité est aussi bien meilleure. Nous sommes très exigeants sur le choix des couleurs, l’art, les sujets, la production, et une éthique forte – donc, ça justifie le prix. Je pense que les gens apprécient cette façon de voir les livres, ils ne sont plus seulement une façon de communiquer des concepts et des idées, mais deviennent des produits de luxe, que l’on adore, qui reflètent bien notre personnalité. angouleme_slide.jpg

© Luke P pour Nobrow

Illustrissimo: Quelle est la ligne éditoriale de votre maison d’édition, et peux-tu nous parler du quatrième numéro de la revue qui vient de sortir ?

Nobrow: On choisit les illustrations en tenant compte de la qualité narrative des visuels. La revue souhaite présenter les meilleurs talents de l’illustration tous les six mois. Avec un thème et un choix de couleurs imposé au départ, que chaque intervenant doit respecter dans ses images. Le quatrième volume  tourne autour du thème du  ”jour et de la nuit ” est composé en alternant les pages noir et blanc et fluo. C’était un vrai plaisir de voir tout ce que nos artistes ont produit, et même l’occasion d’y participer moi même !

 

Couverture Nobrow 4 par McBess

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Double page par Till Hafenbrak

Illustrissimo: Comment s’est fait le contact avec la plupart des illustrateurs, et quel est ton critère de sélection ?

Nobrow: Le contact, tout simple, est initié par nous. On trouve des gens avec qui on aimerait travailler et on les appelle. On essaye d’avoir des contacts plus personnels, donc un appel au démarrage de chaque projet est préférable a un simple e-mail. Les critères de sélection évoluent à chaque numéro,  et on essaye le plus  possible d’avoir une homogénéité de styles. Nous essayons de choisir une “ famille” d’illustrateurs pour chaque numéro en se basant sur l’esprit du travail du “cover artist”. Par exemple, le célèbre illustrateur allemand Atak a fait la couverture du numéro 3, pour lequel nous avons sélectionné beaucoup d’artistes travaillant la sérigraphie… Atak étant un expert dans ce domaine. Pour le numéro 4 on a utilisé beaucoup d’artistes qui travaillent au trait car McBess (qui a fait la couverture) travaille principalement en noir et blanc et à l’ encre.

 

Pebble Island de Jon McNaught

Illustrissimo: Où en êtes vous avec l’idée de développer une agence d’illustrateurs à Londres ?

Nobrow: On est encore en train d’y penser, c’est compliqué car on a des amitiés avec des agences sur place, ce qui nous mettrait en porte à faux avec elles! De plus, c’est un job a plein temps et nous n’aurions pas le temps de tout faire nous même. Avec un partenaire pour nous seconder, cela deviendrait déjà plus envisageable…

 

A Graphic Cosmogony (collectif de 24 illustrateurs)

Illustrissimo: Dernier mot pour les lecteurs de ce blog sur les projets à venir de Nobrow, et sur une diffusion possible des livres en France ?

Nobrow: Oui, je ne peux pas encore trop en parler en ce moment, mais c’est imminent ! D’ici 6 mois, nos livres devraient être présents dans certaines librairies spécialisées en arts graphiques et dans certaines librairies de BD. D’ailleurs, merci pour votre aide pour ce projet !

Abecederia de Blexbolex

En attendant une distribution en France, vous pouvez commander directement les ouvrages sur leur site. Dépêchez vous, certains sont presque épuisés! Nous vous recommandons tout particulièrement “Pebble Island” et “Birchfield Close” de Jon McNaught.

http://www.nobrow.net/

 

© Nobrow  pour toutes les images de cet article

Special Londres (1/4):Mc Bess, l’interview

Mardi 15 février 2011
Après une pause beaucoup trop longue, le blog d’Illustrissimo revient en force avec une série d’interviews dont la destination passe par le Channel. Le premier invité n’est autre que Matthieu Bessudo, plus connu sous le nom de Mc Bess, qui s’est installé au pays de Shakespeare en 2006. Son univers en noir et blanc s’inspire plus du « Sex, drugs and rock ‘n’ roll » que du “To be or not to be” de l’autre Macbeth. Nous avons découvert son travail lors d’une exposition collective, il y a tout juste un an, à la galerie parisienne Issue en février 2010. Quelques questions pour faire plus ample connaissance. pinup_amp.jpg Pin Up Amp Illustrissimo: Peux-tu nous résumer en quelques mots ton triple parcours d’illustrateur, réalisateur et musicien ? Mc Bess: J’ai toujours fait de la musique et j’ai toujours aimé dessiné. Pendant mes études de 3D multimédia, j’ai eu pas mal de temps pour moi et je me suis concentré sur le fait d’essayer de mélanger toutes ces facettes, pour ne pas traiter chaque domaine comme un hobby et plutôt utiliser ça comme une sorte de journal intime en moins cucul la praline. Après que ça soit la photo, la musique, le dessin, la réalisation, quand tu sais ce que tu veux dire c’est la même chose. resurection.jpg Resurection Illustrissimo: Pourquoi le choix de partir à Londres et quels sont les avantages pour un jeune réalisateur illustrateur français ? Mc Bess: Je suis venu a Londres en 2006  pour travailler comme animateur 3D sur de la pub , on était plusieurs potes a partir.  Peut être le petit coté aventure et puis ça ne fait pas de mal de ne pas tout comprendre à ce que les gens disent autour de toi. Dans le travail ,de grosses opportunité que je n’aurai jamais eu a Paris, se sont présentés dés le départ. Après avoir vu mes illustrations, le studio The Mill a engagé mon pote Simon et nous ont payé notre premier film ” Wood “. D’une manière générale, le diplôme ou l’âge ne comptent pas vraiment ici, la valeur du travail accompli étant d’abord prise en compte. tattoo.jpg Tatoo Illustrissimo: Quelles sont les images que tu considère les plus emblématiques de ton travail, et comment vois tu l’évolution de celui-ci ? Mc Bess: Peut-être la couverture de Nobrow 4 et d’une façon générale les dernières images que j’ai posté sur mon blog. Je crois que mon travail évolue vers quelque chose qui me correspond plus , a moins que je change avec le temps ce qui est toujours possible . Il y a plus de personnages et plus de thèmes et j’essaie d’inclure  toujours plus de détails et d’histoires dans mes images.  Je pense que mes dessins évoluent avec moi, si je change d’avis sur quelque chose ils changeront en même temps . nobrow4.jpg Couverture Nobrow Volume 4 Illustrissimo: Le choix du noir et blanc est il définitif dans ton travail d’illustrateur ? Mc Bess: Pour Mc Bess, c’est définitif ou presque , ça parle de chose précises dans un style précis , il peut y avoir une anecdote en couleur mais d’une facon globale je persiste sur  le noir et blanc . milk.jpg Milk Illustrissimo: Dernier mot pour les lecteurs de ce blog sur les bon plans londoniens pour tous les amateurs d’images fortes ? Mc Bess: D’une façon générale, l’est de Londres est plus branché illus/street art, des rue comme Bricklane ou il y a une floppée de galeries . Sinon des galeries comme Concrete Hermit ou Nobrow, qui sont bien fraîches et font des expositions mensuelles qui défoncent. drummer.jpg Drumer boulangere.jpg Boulangère chchateau1.jpg Château fatigue_light.jpg Fatigue Light Pour en voir plus: http://www.mcbess.com/ signature.jpg

L’interview d’OZ aka Olimpia Zagnoli

Mardi 5 octobre 2010

Après quelques semaines de farniente, le blog d’Illustrissimo reprend du service. Si le nom de l’agence emprunte ses origines à un titre de noblesse italienne qui donne du panache à ceux qui le porte, notre envie de “dolce vita” nous a amené vers Milan sur les pas d’Olimpia Zagnoli alias OZ, nouvelle venue dans le monde de l’illustration!

OZ

 OZ  aka Olimpia Zagnoli

Née en 1984 dans le nord de l’Italie, cette jeune illustratrice a adopté une ligne claire, graphique et un peu rétro particulièrement efficace. Elle a déjà été exposée et publiée un peu partout en Europe et aux États-Unis. Parmi ses clients : The New York Times, The New Yorker, The Guardian, Adidas, Rolling Stone, Il Corriere della sera, Feltrinelli, Vice magazine… Si vous avez prévu de faire un saut à Milan, c’est peut-être elle que vous croiserez au volant d’une Fiat de couleur jaune.

Illustrissimo: Comment as-tu démarré ta carrière d’illustratrice?

Olimpia: J’ai suivi la formation de l’Institut Européen du Design à Milan pendant trois ans, et après l’obtention de mon diplôme, j’étais un peu perdue dans le monde professionnel. J’étais sûre de mon désir de faire carrière dans l’illustration, mais je ne savais pas vraiment qui appeler pour démarrer. J’ai suivi mes envies et mon instinct en achetant les livres des artistes que j’admire, en m’intéressant aux magazines, aux galeries et aux maisons d’éditions partout dans le monde.

Book-a-rama / OZ

Book-a-rama – The New Yorker – OZ 

Olimpia: J’ai d’abord beaucoup travaillé sur mon portfolio et sur mon site internet, et je n’ai eu de cesse de le faire évoluer jusqu’à enfin trouver un équilibre entre ce que j’aime et ce qui peut plaire aux autres. J’ai beaucoup voyagé et pris beaucoup de cafés avec des illustrateurs qui m’ont fait profiter de leurs expériences. J’ai frappé à toutes les portes en envoyant près d’un millions d’e-mails, avant d’être enfin contactée pour mes premières illustrations.

Nunsense / OZ

Nunsense – The New Yorker – OZ

Illustrissimo: Peux-tu nous parler de ton travail pour le “New Yorker”, une grosse référence pour les illustrateurs du monde entier?

Olimpia: Je suis allé à New-York, car j’ai toujours ressenti de très fortes connexions émotionnelles avec cette ville avant de la découvrir en vraie. J’y ai vécu quelques mois, j’y ai vu de belles choses et rencontré des personnages passionnants. Steven Guarnaccia est l’un d’entre eux (également un de mes illustrateurs favoris). Il a regardé mon portfolio dans son atelier de la Parsons School et m’a demandé avec qui j’aimerais travailler. Je lui ai répondu: “The New Yorker!” Et c’est ce qui s’est passé. Je lui serai toujours reconnaissant de m’avoir donné la chance de leur avoir présenté mon travail. C’était vraiment mon rêve et lorsque j’ai décroché ma première commande, j’ai vu des petites étoiles!! Ce qui m’arrive à chaque fois que je reçois un mail de leur part!

The Scoop Iphone App / OZ

The Scoop Iphone App – The New York Times

Illustrissimo: Quelle est la situation pour les illustrateurs travaillant en Italie?

Olimpia: Pas la meilleure! L’illustration ne fait plus vraiment partie de notre culture nationale. C’est très difficile de vivre de ce métier. Il me semble qu’il est souvent plus difficile de travailler pour des clients italiens qu’avec d’autres pays et je pense que le mauvais goût se généralise dans les magazines, les sites et la publicité… Mais nous avons de grands illustrateurs et des opportunités qui me rendent optimiste pour le futur!

Invitation / OZ

Adidas Solo Exhibition 

Illustrissimo: Tu viens d’avoir une grosse exposition à Milan, beaucoup de parutions dans les magazines. Quel est ton prochain challenge?

Vice Gallery, Milan / OZ

Adidas Originals Solo Exhibition 

Olimpia: Mon plus grand rêve serait de faire une couverture pour le New Yorker, l’autre était d’être représentée par Illustrissimo, et je l’ai fait!! J’aimerais surtout réaliser des couvertures de disques d’artistes que j’aime, dessiner des foulards pour Hermès, Chanel et YSL! Dans un futur proche, je vais m’atteler à la réalisation d’un livre pour enfants, et enregistrer une chanson de Noël.

http://www.olimpiazagnoli.com/

http://olimpiazagnoli.blogspot.com/

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