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L’interview de Jacopo Rosati

Nous vous avions déjà présenté le travail de Jacopo Rosati sur ce blog il y a un an. A l’occasion d’un voyage à Venise, une rencontre avec cet illustrateur, autour de son carnet de croquis, a permis de mieux connaitre les motivations et le parcours de ce jeune illustrateur vénitien de 23 ans.

llustrissimo: Quel parcours scolaire as-tu suivi, et comment s’est prise ta décision de devenir illustrateur ?

Jacopo Rosati: J’ai un diplôme de technique d’impression, (dont la gravure, lithographie et sérigraphie). A mon avis, certaines écoles d’art sont dévouées au monde de l’art avec un grand « A » et ne font pas grand cas de l’illustration ou des différentes  formes d’art commercial. Au départ fasciné par le monde de l’art, j’ai ensuite senti que celui de l’illustration était pour moi plus amusant et intrigant. J’aime dessiner en répondant à des commandes, avec des buts éditoriaux, commerciaux et sociaux, en essayant d’atteindre toujours plus d’audience, de toucher plus de gens.

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Jacopo Rosati dans les rues de Venise

Illustrissimo: A quoi ressemble la journée de travail type de Jacopo?

Jacopo Rosati: Je passe généralement 8 à 10 heures tous les jours à travailler. Lorsque je suis surchargé de travail, je ne compte plus mes heures de travail. J’essaie de garder l’esprit et le regard clair en faisant des pauses pendant lesquelles je peux dormir ou sortir pour éviter le surmenage.

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 © Carnet de Jacopo Rosati

Illustrissimo: Quels conseils donnerais-tu aux artistes qui cherchent à percer dans l’illustration ?

Jacopo Rosati: Je me sens trop jeune pour donner des conseils. Je veux juste dire qu’avant de développer un style unique et cohérent, c’est primordial de maitriser le dessin classique, je pense que le croquis sur le vif vous apprend à dessiner les formes. Puis, quand on commence à développer son propre style, après avoir passé suffisamment de temps à étudier l’histoire de l’illustration, on peut essayer de représenter ta propre vision de la réalité. La chose la plus importante est de rester soi-même, de ne pas essayer de ressembler à quelqu’un d’autre. Si tu es toujours curieux, que tu as toujours envie d’apprendre et d’améliorer tes aptitudes, je crois que tu peux atteindre tes objectifs.

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 © Carnet de Jacopo Rosati

llustrissimo: Quels sont les artistes ou les styles qui t’ont influencé?

Jacopo Rosati: Compte tenu de mes études, je suis sensible aux graveurs et d’artistes qui ont utilisé les techniques d’impression. En partant des Européens du 17ème siècle jusqu’à l’art du Moyen-Orient jusqu’à l’art de la gravure sur bois en Asie. Je pense aussi que les affiches de la Belle Epoque (comme Jules Chéret) représente une période importante de l’histoire de l’illustration,comme la genèse de l’illustration commerciale et publicitaire.
J’aime l’utilisation du cerné noir qui cloisonne la couleur, comme l’utilisait l’affichiste tchèque Alfons Mucha (1860-1939) et de l’illustrateur de contes russes Ivan Bilibine (1876-1942)J’apprécie le contraste entre les couleurs et les lignes qui fait la puissance de leurs images. Dans genre opposé, j’aime aussi la ligne de Saul Steinberg, très intéressant et toujours inspirant. Je considère Jim Flora comme une de mes premières influences pour sa façon unique de représenter la réalité avec des gens, des animaux, des objets et des immeubles. En fait, plutôt que de style, je préfère parler de « différentes manières de représenter la réalité ». Il y a plein d’autres artistes que j’oublie et évidement mon style est lourdement influencé par des formes nouvelles de l’illustration comme le dessin d’humour et la bande dessinée, mais la vérité est qu’on n’arrête jamais d’apprendre et de découvrir de nouvelles influences.

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 © Carnet de Jacopo Rosati 

llustrissimo: Dans ton processus de travail,quelle est l’étape la plus délicate?

Jacopo Rosati: Avant toute chose, j’essaie de trouver une idée de ce qui a déjà été fait sur le sujet de l’illustration. De cette façon, j’ai une vue d’ensemble de ce que les autres artistes ont déjà faits. Puis, je commence avec mon propre travail. Je dessine dans mes carnets parce que je veux garder tous mes dessins réunis. Je démarre avec des croquis rapides au crayon jusqu’à obtenir un bon visuel qui plait au client. Ensuite, je dessine plus de détails et j’ajoute quelques couleurs. Enfin, je scanne le tout et trace la version finale en vectoriel. Je pense vraiment que l’étape la plus importante et la plus complexe est celle de la définition du concept dont dépend toutes les autres étapes.

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© Carnet de Jacopo Rosati

llustrissimo: Quelles ont été tes expériences professionnelles les plus marquantes et tes aspirations pour l’avenir ?

Jacopo Rosati: J’aime particulièrement l’illustration que j’ai faites pour « Geico Magazine sur les nouvelles voitures éléctriques. D’autre part, j’aime la musique et je joue de la guitare en amateur. J’aimerais lier mes deux activités, l’univers de la musique et des arts visuels sont intiment liés pour moi. Mon prochain défi serait de réaliser une pochette de disque

http://www.jacoporosati.com/

L’interview d’OZ aka Olimpia Zagnoli

Après quelques semaines de farniente, le blog d’Illustrissimo reprend du service. Si le nom de l’agence emprunte ses origines à un titre de noblesse italienne qui donne du panache à ceux qui le porte, notre envie de « dolce vita » nous a amené vers Milan sur les pas d’Olimpia Zagnoli alias OZ, nouvelle venue dans le monde de l’illustration!

OZ

OZ  aka Olimpia Zagnoli

Née en 1984 dans le nord de l’Italie, cette jeune illustratrice a adopté une ligne claire, graphique et un peu rétro particulièrement efficace. Elle a déjà été exposée et publiée un peu partout en Europe et aux États-Unis. Parmi ses clients : The New York Times, The New Yorker, The Guardian, Adidas, Rolling Stone, Il Corriere della sera, Feltrinelli, Vice magazine… Si vous avez prévu de faire un saut à Milan, c’est peut-être elle que vous croiserez au volant d’une Fiat de couleur jaune.

Illustrissimo: Comment as-tu démarré ta carrière d’illustratrice?

Olimpia: J’ai suivi la formation de l’Institut Européen du Design à Milan pendant trois ans, et après l’obtention de mon diplôme, j’étais un peu perdue dans le monde professionnel. J’étais sûre de mon désir de faire carrière dans l’illustration, mais je ne savais pas vraiment qui appeler pour démarrer. J’ai suivi mes envies et mon instinct en achetant les livres des artistes que j’admire, en m’intéressant aux magazines, aux galeries et aux maisons d’éditions partout dans le monde.

Book-a-rama / OZ

Book-a-rama – The New Yorker – OZ 

Olimpia: J’ai d’abord beaucoup travaillé sur mon portfolio et sur mon site internet, et je n’ai eu de cesse de le faire évoluer jusqu’à enfin trouver un équilibre entre ce que j’aime et ce qui peut plaire aux autres. J’ai beaucoup voyagé et pris beaucoup de cafés avec des illustrateurs qui m’ont fait profiter de leurs expériences. J’ai frappé à toutes les portes en envoyant près d’un millions d’e-mails, avant d’être enfin contactée pour mes premières illustrations.

Nunsense / OZ

Nunsense – The New Yorker – OZ

Illustrissimo: Peux-tu nous parler de ton travail pour le « New Yorker », une grosse référence pour les illustrateurs du monde entier?

Olimpia: Je suis allé à New-York, car j’ai toujours ressenti de très fortes connexions émotionnelles avec cette ville avant de la découvrir en vraie. J’y ai vécu quelques mois, j’y ai vu de belles choses et rencontré des personnages passionnants. Steven Guarnaccia est l’un d’entre eux (également un de mes illustrateurs favoris). Il a regardé mon portfolio dans son atelier de la Parsons School et m’a demandé avec qui j’aimerais travailler. Je lui ai répondu: « The New Yorker! » Et c’est ce qui s’est passé. Je lui serai toujours reconnaissant de m’avoir donné la chance de leur avoir présenté mon travail. C’était vraiment mon rêve et lorsque j’ai décroché ma première commande, j’ai vu des petites étoiles!! Ce qui m’arrive à chaque fois que je reçois un mail de leur part!

The Scoop Iphone App / OZ

The Scoop Iphone App – The New York Times

Illustrissimo: Quelle est la situation pour les illustrateurs travaillant en Italie?

Olimpia: Pas la meilleure! L’illustration ne fait plus vraiment partie de notre culture nationale. C’est très difficile de vivre de ce métier. Il me semble qu’il est souvent plus difficile de travailler pour des clients italiens qu’avec d’autres pays et je pense que le mauvais goût se généralise dans les magazines, les sites et la publicité… Mais nous avons de grands illustrateurs et des opportunités qui me rendent optimiste pour le futur!

Invitation / OZ

Adidas Solo Exhibition 

Illustrissimo: Tu viens d’avoir une grosse exposition à Milan, beaucoup de parutions dans les magazines. Quel est ton prochain challenge?

Vice Gallery, Milan / OZ

Adidas Originals Solo Exhibition 

Olimpia: Mon plus grand rêve serait de faire une couverture pour le New Yorker, l’autre était d’être représentée par Illustrissimo, et je l’ai fait!! J’aimerais surtout réaliser des couvertures de disques d’artistes que j’aime, dessiner des foulards pour Hermès, Chanel et YSL! Dans un futur proche, je vais m’atteler à la réalisation d’un livre pour enfants, et enregistrer une chanson de Noël.

http://www.olimpiazagnoli.com/

http://olimpiazagnoli.blogspot.com/

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Georges Barbier s’expose à Venise

Avant de démarrer l’année pour de bon, quoi de mieux que quelques jours dans la cité des Doges. L’occasion de (re)découvrir le travail de Georges Barbier, illustrateur majeur de  » l’élégance illustrée « , contemporain des couturiers Paul Poiret et de Mariano Fortuny – (cette exposition se prolonge encore quelques semaines dans le palais de l’illustrissimo couturier italien) -, et collègue de travail des illustrateurs Charles Martin, Georges Lepape, Paul Iribe, Eduardo Benito Garcia, pour ne citer que les principaux collaborateurs de la gazette du Bon Ton et du magazine Vogue de la grande époque.

Affiche de l’exposition Georges Barbier au Palazzo Fortuny de Venise

Aussi étonnant que cela puisse paraitre (au moins à quelques-uns), c’est la première exposition jamais consacrée à cet artiste majeur de l’illustration. Un superbe catalogue riche en documentation (pochoirs, originaux, et documents d’époque) a été édité à l’occasion et vient réparer cette injustice.

Papier peint dessiné par Georges Barbier

Un exemple des applications possibles du travail de l’illustrateur sur papier peint.

La collection de la Guirlande du Mois

La collection complète des petits volumes de « La Guirlande du Mois » , petits trésors de bibliophilie, est rassemblée dans l’une des nombreuses vitrines de l’exposition. Le travail de Georges Barbier et des illustrateurs de cette mouvance est régulièrement présenté à Paris par la librairie Chrétien et Jean Izarn – son responsable, et collaborateur du superbe catalogue de l’exposition. Le catalogue « George Barbier (1882-1932) The birth of Art Déco » (Marsilio) peut se commander auprès de ce bon libraire, ami de la maison. Librairie Chrétien 178, Faubourg Saint-Honoré – 75008 Paris Tél: 01 45 63 52 66 Fortuny Museum San Marco 3958 – Campo San Beneto 30124 Venice http://www.museiciviciveneziani.it/frame.asp?pid=1588&musid=148&sezione=mostre