Entretien avec Philippe le Libraire (par A.L)

 

Cette semaine,  c’est Philippe le Libraire, professionnel à l’excellent fonds, aux différents sens du terme, qui nous accueille.

Bonjour, pouvez-vous évoquer avec nous votre activité de libraire, plutôt spécialisé dans l’image ?

Je ne me considère pas particulièrement comme un libraire d’images. Car chacun peut entendre ce qui lui plait par « images » (photographies, estampes, BD). J’ai appelé ma boutique « Philippe le Libraire », une appellation simple afin d’éviter d’avoir à la définir. J’aime avant tout la bande dessinée, comme je fais ce que j’aime, ma librairie a cette identité orientée en BD, mais pas uniquement.

Quels sont les souvenirs de vos premières lectures ?

Je ne me souviens pas à proprement parler de ma première lecture de bande dessinée,  j’explorais le grenier de mes parents et suis tombé sur des Pieds Nickelés et des Asterix. J’ai toujours beaucoup lu de bandes dessinées, mais dans le basculement des années 80-90 le profond intérêt que j’avais s’est ralenti, du fait de la baisse de qualité, à mes yeux, de la production de l’époque. Originaire de banlieue sud de Paris, je n’avais pas vraiment de personnes avec qui partager mes lectures, je prenais, et prends toujours, plaisir à lire des auteurs comme Goscinny, Franquin,  Loustal, Tardi, Blutch, Carlos Gimenez, Dupuy & Berberian etc..

Comment êtes vous parvenu à l’activité de libraire ?

D’une certaine manière, naturellement, du fait de mes lectures. Dans la seconde partie des années 90 je découvre Lewis Trondheim dans Les Inrocks, et à partir de là, toute la vague que l’on connaît du renouveau de la Bande dessinée, avec l’Association par exemple. Je vis alors  non loin du local de cette maison d’édition. Pâtissier à l’époque, je fréquentais régulièrement cet endroit, au fond de la cour, à entrée libre. Et puis est arrivé le moment où je me suis lassé de mon métier de pâtissier, principalement à cause du manque de relation directe avec le client. Mon idée première était de devenir imprimeur, motivé que j’étais par la nécessité de porter un soin particulier au livre, mais la réorientation demandait une formation importante. L’activité de libraire me permet en outre, de transmettre ma passion du neuvième art. Après différentes expériences en librairies, je me rends compte que mon quartier (près du Canal Saint Martin) ne dispose pas de librairie BD, je m’installe donc.

Je suis particulièrement heureux de faire ce métier, la seule manière que je connaisse de faire bien les choses, c’est de les faire comme je les aime. De fait c’est un peu le foutoir ici, mais au final je me sens bien, un peu comme à la maison. D’ailleurs, parfois les personnes qui rentrent dans la librairie pensent qu’elles sont à mon domicile !

Soufrez-vous de la hausse récente de la TVA sur le prix du Livre (7%) ?

Je  la trouve simplement bête et méchante, c’est le style bien définissable de celui qui a fait promulguer cette loi. Pour l’instant je ne la ressens pas spécialement, à vrai dire en tant que libraire les difficultés sont générales et diffuses. Et puis la promesse a été faite que cette hausse de la TVA serait annulée au premier Janvier 2013

Quelle est votre actualité du moment ?

En juin, j’aime organiser les « IJJ » (les Indispensables Jeudis de Juin). Pour fêter la fin de l’année, avec le beau temps, les vacances qui arrivent, c’est un moment idéal pour faire le bilan de nos coups de cœur de l’année, se rencontrer. Le programme des « IJJ » c’est aussi d’inviter des auteurs, toujours par deux afin de montrer les complémentarités. Certains s’apprécient d’autres se rencontrent pour la première fois. Le premier Jeudi de juin, j’ai reçu  le tandem Icinori et Killofer. Le 14 ce fut Peyraud et Joris Clerté. Pour le suivant,  jour de la fête de la musique, on a voulu faire quelque chose joignant les deux formes d’expression.Charles Berbérian était au four et au moulin. À la musique avec Marcelo et en dédicace avec Nejib Et pour le dernier (le 28) nous recevrons  François Avril, Jacques de Loustal et Jean Claude Götting…

Vous évoquiez des coups de cœur, quels sont les vôtres ?

Cette année la parution la plus impressionnante, selon moi, est celle de Blexbolex (Hors-Zone et Crimechien chez Cornélius). Je prends plaisir à lire aussi Brecht Evens par exemple, Anne Simon, ou Mathias Picard, qui a sorti son premier livre cette année. Je ne supporte pas ce cliché des libraires qui n’aiment pas leurs clients, je suis venu à cette activité pour échanger, informer.

Dans quel cadre êtes-vous devenu familier d’Illustrissimo et que peut-on vous souhaiter de meilleur pour la suite ?

J’ai rencontré l’agence, qui est quasi voisine à la libraire, alors qu’elle fêtait ces 15 ans, un an après mon ouverture. Si j’ai des projets pour plus tard ? Non pas vraiment, j’ai l’impression qu’ils enferment plus qu’autre chose parfois. Je me souhaite simplement de continuer à faire ce que je fais, que ça me plaise et que ça dure.

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