Icinori habille Dada

Pour son numéro de février, la revue Dada fait la part belle aux jeunes, alors qu’un article est consacré à Yann Kebbi c’est le tandem Icinori qui s’occupe de l’identité graphique de ce numéro consacré à L’Ukiyo-E. Un choix heureux comme nous le montre notre petit entretien…

Le numéro 180 de la revue Dada est consacré aux maitres de L’ukiyo-E. On trouve une forte influence de cet art dans votre travail, comment en avez-vous fait la découverte?

Le travail de l’estampe est bien évidemment important pour nous, et cela pour plusieurs raisons. Nous avons fait sa rencontre de façon triviale, Mayumi est d’origine japonaise, ce qui crée un lien particulier. Notre travail de recherche graphique est orientée sur l’exploration des éphemeras et de l’imagerie populaire, des liens et échanges entre elles, ainsi que sur les techniques d’impression très intimement liées à ces modes d’édition. Les estampes japonaises constitue l’un des pivots et des aboutissements les plus spectaculaires de cette imagerie populaire. Le sens de la retenue tout comme une perfection de la technique – on oublie souvent que derrière un Hiroshige ou un Hokusai, il y a plusieurs graveurs, coloristes, imprimeurs, éditeurs, la plus souvent anonymes, qui sont des acteurs essentiels de la qualité de ces images –

Quelle serait la nature de votre héritage des ces maitres de l’estampe, l’aspect contemplatif de la composition ou la technique? 

Pour nous l’illustration est un art de l’image reproduite, donc un jeu de contraintes entre le dessin et ses moyens reproducteurs, les estampes sont donc une référence clé pour notre travail de recherche – tout autant que l’imagerie d’Épinal ou les matchbox labels indiennes par exemple. Nous nous intéressons tout particulièrement aux périodes de frictions entre deux traditions, où une technique aboutie dérivant vers l’académisme est remise en cause par une imagerie venue de l’autre coté du monde, c’est ce qui s’est passé lorsque les impressionnistes ont découvert le monde flottant des estampes mais il s’est produit la même chose au Japon, lors de son ouverture sur l’occident, les peintres et graveurs ont découvert la vision européenne de la perspective, de la composition et ont tenté, avec enthousiasme et parfois naïveté maladroite de digérer cet art occidental. Ce sont les estampes issues de ce dialogue, entre maladresse et enthousiasme, déstabilisant une tradition qui commençait à s’assoupir dans une confortable perfection, qui nous intéresse le plus. Cela nous passionne probablement par l’écho fait à notre propre travail au sein d’Icinori, qui est la résultante d’un dialogue entre deux dessins et deux cultures très différentes. Nous avons besoin de ces modèles, la moitié de notre travail est dans la recherche et l’analyse à deux de ces références.

Dans le dossier de la revue, on peut lire que la filiation de l’estampe se retrouve jusque dans le manga. En êtes-vous lecteurs? 

 Nous sommes bien entendu des lecteurs de manga, ayant commencé par Dr Slump et Akira plus jeunes et achetons à présent beaucoup d’indépendants, issus souvent de la presse underground (et légendaire) Garo, l’ancêtre de AX – que Mayumi achète d’occasion lors de ses séjours au Japon, dans les quartiers des libraires de Jimbocho et Nakano broadway à Tokyo.

Une petite sélection de ce que nous avons relu dernièrement.

Raphael : Number Five de Matsumoto, L’école emportée de Kazuo Umezu, Tokyo Zombie de Hanakuma, tout Saito yunosuke , Akira et Nausicaa (en version papier) évidemment.

Mayumi : Poguri, La jeune fille aux camelias de Suehiro Maruo, Le jardin de Yokoyama aux éditions Matière, Tensui de Hanawa et Dr Slump – évidemment

Quelles sont vos actualités ou projets pour les mois à venir?

 Nous sommes justement en train de préparer des livres en Risographie de réédition d’images populaires que nous collectionnons. Sinon, nous travaillons en ce moment sur un conte japonais qui sortira en automne. Nous préparons des expositions, une notamment au Centre d’art à Lourdes en avril et une autre qui aura lieu pendant le festival de Sismics à Sierre.

 

2 réflexions au sujet de « Icinori habille Dada »

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