Le grand entretien de Paul Cox

Paul Cox est apparu dans le paysage de l’illustration au début des années 1990 avec les « Aventures d’Archibald le Koala ». Son activité d’illustrateur n’est que la partie immergée de l’iceberg. Cet article est l’occasion de rappeler les autres facettes de son activité. A l’approche des 20 ans d’Illustrissimo (en 2012), nous continuons notre tour de France des artistes dont le parcours a croisé la route de notre agence (pour Paul à nos débuts respectifs). Un entretien passionnant par un artiste majeur de l’image!

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Paul Cox

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Cependant, Editions du Seuil, 2002.

Illustrissimo: Depuis une vingtaine d’année, je suis très intéressé par ton parcours atypique. Le terme d’illustrateur me semble très restrictif pour évoquer ton travail. Peinture, graphisme, gravure, installation, scénographie font partie de ton parcours, comment définirais-tu ton métier ?

Pau Cox: Quand on me demande ce que je fais, je dis que je suis peintre, même si la peinture n’est pas la part la plus visible de mon travail, par comparaison avec mes livres, mes affiches ou mes scénographies: d’une part parce que c’est vers certains peintres que va ma plus grande admiration, et aussi vers certains graphistes qui étaient peintres ou vice-versa (Schwitters, Rodtchenko, Lohse…); d’autre part parce que la peinture est la raison pour laquelle j’ai commencé à faire des livres et du graphisme, qui n’étaient alors que des travaux alimentaires pour permettre la première (même si aujourd’hui je réunis l’ensemble de tous mes travaux dans un ensemble au sein duquel je n’établis pas de hiérarchie, quand bien même peinture et dessin, hors de toute notion de commande, nourrissent tout le reste comme une sorte de recherche fondamentale – l’inverse étant vrai aussi). 097.jpg

Théâtre Dijon Bourgogne

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Théâtre Dijon Bourgogne L’illustration est une activité plutôt périphérique dans mon parcours: je l’ai pratiquée un peu pour la presse, j’ai fait quelques livres, mais je n’en ai jamais illustré. La définition de mon métier, c’est donc une activité dans différents champs des arts visuels: peinture, dessin, graphisme, illustration, volume, installations, scénographies, qui tous reposent sur les bases que j’explore en peinture et en dessin: proportions, angles, précision, valeurs, couleurs, méthode etc.

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« Jeu de construction », 2005, Centre Georges Pompidou, galerie des enfants

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« Jeu de construction », 2005, Centre Georges Pompidou, galerie des enfants

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« Uncle Toby’s Bowling-Green », 2008, Chapelle des Jésuites, Chaumont Illustrissimo: Y a-t-il une image, ou des maîtres qui ont servi de déclic à ton envie de dessiner ? Pau Cox: Enfant, j’étais entouré d’images à la maison, que je copiais ou dont je m’inspirais, mes favoris étant Dürer, Breughel, Pisanello, Töpffer, Munch et les ukiyo-e. Plus tard, ma rencontre avec Pierre Alechinsky et Nicolas Alquin ont été infiniment stimulantes.

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Collages, 2008 Illustrissimo: 

Quel est le livre qui synthétiserait le mieux ton travail à ce jour ? Le livre qui représente le mieux mon travail est le Coxcodex 1, que j’ai publié en 2003 aux Editions du Seuil. C’est une sorte d' »auto-monographie » dont l’idée est venue de mon admiration pour les Fascicules de Dubuffet. J’y ai réuni quinze années de travail dans les différents champs que je cultive, dans le souhait de montrer un parcours avec ses errances, ses hésitations, ses paris, sa cohérence (j’espère!) non calculée. Mon souhait est de publier un volume de ce type tous les dix ans environ.

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Opéra de Nancy et de Lorraine, 2000

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Opéra de Nancy et de Lorraine, 2000 Illustrissimo: Quelle est ton actualité du moment et vers où vont tes aspirations ? Pau Cox: Je travaille en ce moment à deux scénographies (décors et costumes) pour mon ami chorégraphe Benjamin Millepied, avec qui je collabore depuis de nombreuses années déjà: il s’agit d’une reprise de deux pièces des Ballets Russes, Les Sylphides et Le Spectre de la rose, qui seront montrées à l’opéra de Genève en octobre prochain. Nous avons déjà réalisé avec Benjamin, pour Genève, un Casse-Noisette et un Petrouchka, et pour l’opéra Garnier Amoveo, sur une musique de Philip Glass. C’est un travail qui me plaît beaucoup, synthèse de peinture et d’espace. J’ai aussi, ces derniers temps, donné pas mal de workshops, à des graphistes, des illustrateurs ou des étudiants en art, où j’essaie toujours de mettre en avant la notion de pluridisciplinarité qui m’est chère. 064.jpg

« Casse-Noisette », décors et costumes, chorégraphie Benjamin Millepied, 2007, Grand Théâtre de Genève

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« Amoveo », décors et costumes, chorégraphie Benjamin Millepied, 2006, opéra Garnier

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« Amoveo », décors et costumes, chorégraphie Benjamin Millepied, 2006, opéra Garnier

Je dessine quotidiennement, au moins une heure par jour, quoi qu’il se passe. Je tiens beaucoup à cette continuité quotidienne (Brancusi: « Faire des belles choses n’est rien, ce qui est difficile, c’est de se mettre dans l’état de faire des belles choses »). Le dessin quotidien est pour moi la meilleure manière d’entretenir ce feu. Je dessine, en ce moment, ce que je vois: des formes sous la lumière, objets sur ma table, architectures ou arbres. Après mille expériences de contraintes diverses et variées dans mon travail passé, le dessin d’observation, représenter un motif, me paraît aujourd’hui la contrainte la plus fertile.

Sinon, je travaille assidûment à une nouvelle série de paysages, revenant à mes premières amours: c’est par là que j’ai commencé. Mon but: c’est tout simplement de continuer à travailler et à apprendre.

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Sept variations sur la vue de ma fenêtre, en pensant à Alexander Cozens, 2009, sérigraphie sur toile, 150 x 300

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Sept variations sur la vue de ma fenêtre, en pensant à Alexander Cozens, 2009, sérigraphie sur toile, 150 x 300

4 réflexions au sujet de « Le grand entretien de Paul Cox »

  1. Très bonne idée cette série d’interviews, en plus le Coxcodex est mon livre de chevet en se moment, plus que 2 ans avant le prochain, alors, en voilà une bonne nouvelle !

  2. Je cherche désespérément ce Coxcodex1 mais il semble introuvable à l’heure actuelle.. Quelqu’un aurait-il un filon pour m’aider ? Merci

  3. Paul Cox à été certainement un des artiste qui m’a accompagné au début de mon travail de peintre et illustrateur.

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