L’incroyable « Labo d’images » de Mr Janicot, saison 2

Ce mardi 10 mai se déroulait au Cinéma des cinéastes la deuxième édition du « Laboratoire d’images » près de la place de Clichy. Une salle bondée d’illustrateurs, d’animateurs et d’étudiants (et même… de quelques agents) assistait à l’avant-première. Cette très belle sélection due à la sagacité de Christian Janicot, réunissait une fois encore la crème de l’illustration franco-belge.

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Rappelons le principe de cette collaboration inédite entre les étudiants de Supinfocom (Arles et Valenciennes) et des auteurs confirmés: chaque illustrateur apporte son univers, ses idées et une trame de scénario, à charge pour les étudiants d’adapter sans trahir, en passant de la 2D à la 3D. Nous complèterons ce premier article par quelques interviews des auteurs dont nous suivons le travail de près. Ce programme sera diffusé sur Canal + le 6 juin 2011, il fait partie de la collection du Mensomadaire, le magazine des curiosités visuelles.

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Christian Janicot

Illustrissimo: Bonjour Christian, tu as démarré le Laboratoire d’Images en 2010, la deuxième saison est présentée le 10 mai au cinéma des cinéastes.  Peux -tu nous dire ce qu’est ce Laboratoire d’Images ?

Christian Janicot: Le Laboratoire d’Images c’est une collaboration entre « la fine fleur » de l’illustration et de la BD européenne, et des étudiants en animation d’images de synthèse. Au cours d’une Master Class de deux mois, cette année encore, 10 nouveaux artistes (Séverine Assous, François Avril, Beb-deum, David B, Laurent Durieux, Sophie Dutertre, Thierry Guitard, Bruno Salomone, Stan & Vince, Brecht Vandenbroucke) ont confié à 60 étudiants leurs univers graphiques 2D. Ensemble, ils ont relevé le défi de les traduire vers l’animation 3D.

L’idée de ce « laboratoire » c’est inventer de nouvelles écritures pour l’animation et d’ouvrir des pistes… C’est un lieu d’expérimentation qui permet la création de courts-métrages originaux de 3/4 minutes. Les films du Laboratoire proposent des histoires et des visions très personnelles avec une grande liberté de ton et de forme. Les illustrateurs explorent un média et des outils qu’ils ne connaissent pas, une nouvelle dimension de leur univers: celui de la mise en scène, de la musique et du sound design pour souligner l’image, de comment raconter une histoire en mouvement…

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Minus de Stan & Vince © Le Laboratoire d’images/Cargo Films/Canal+/2011

Les étudiants qui participent à cette Master Class sont encadrés par une équipe pédagogique et des professionnels de l’audiovisuel. Dans cette aventure, ils apprennent à regarder des images qui ne sont pas « formatées », il y a un véritable échange. D’ailleurs les films sont cor-éalisés par les artistes et les étudiants! En l’espace de 2 ans, on  a produit 22 courts-métrages d’artistes… Toute une collection!

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Brandt Rhapsodie de François Avril © Le Laboratoire d’images/Cargo Films/Canal+/2011

Illustrissimo:  Peux-tu nous résumer en quelques mots ton parcours ?

Christian Janicot: Dans mon parcours de directeur artistique, j’ai toujours invité des artistes à travailler avec des outils qu’ils ne connaissaient pas, j’ai dirigé des recherches les associant aux nouvelles technologies de l’image. Je trouve fondamental d’explorer et de faire communiquer des univers, et j’aime le décalage ! Faire travailler un peintre comme Matta sur une palette graphique ou un illustrateur de BD en 3D par exemple. J’ai même fait un livre, l’Anthologie du cinéma invisible dans lequel j’ai rassemblé une centaine de projets de films improbables de poètes et d’écrivains comme Apollinaire, Desnos, Sartre, Gide ou encore Céline… C’est dans ce genre de confrontation, de mise en échos, que naît la création. C’est important d’accompagner, de donner une chance à un processus de recherche tout autant qu’à sa finalité, comme en science. Le Laboratoire d’Images, c’est ça.

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Mondiale de Beb-deum © Le Laboratoire d’images/Cargo Films/Canal+/2011

Illustrissimo:  Quel est le déclic qui te fait choisir un illustrateur plutôt qu’un autre, et quels sont les enseignements qu’ont pu tirer les illustrateurs de cette expérience ?

Christian Janicot: Le déclic est très souvent une envie de rencontre. C’est de toute évidence des artistes qui me touchent et dont j’estime beaucoup le travail et l’univers graphique qu’ils me donnent à voir. Mon choix se construit comme un collage, une diversité de caractères, de sensibilités, de contrastes, de projets et de propos très différents qui peuvent cohabiter les uns à côté des autres, côte à côte, en regard, en « écho graphique »…

Le plus beau compliment cette année a été que certains illustrateurs m’ont dit qu’ils auraient adoré vivre, en tant qu’étudiants, une expérience pareille, une Master Class avec un artiste pendant leurs études, avec un exercice grandeur nature aux exigences artistiques de haute voltige qui les prépare à la vie réelle…

Pour les illustrateurs c’est bien souvent un premier film, un premier pas. Une manière de mesurer ce nouvel outil (la 3D), ce nouveau langage, ses codes, ses règles et ses contraintes. C’est pour eux parfois une façon de sortir d’un travail solitaire, une obligation à travailler en équipe de 5 à 8 personnes;  ce n’est pas toujours facile! La plupart ont été vraiment intéressés d’avoir à préparer des centaines de dessins pour les modèles 3D, réaliser un story-board, travailler des cadrages, prendre en compte le mouvement, approcher la mise en scène, le compositing. Au final, beaucoup ont envie de continuer à faire… des films !

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A tree tale de Brecht Vandenbroucke © Le Laboratoire d’images/Cargo Films/Canal+/2011

Illustrissimo:  La première saison a fait l’objet d’une présentation au festival d’Annecy et d’une édition chez Sarbacane. Quel a été l’accueil du public et des professionnels ?

Christian Janicot: Le festival d’Annecy nous réserve une place spéciale dans sa programmation pour présenter cette expérience inédite. Cette année nous avons la chance, le mercredi 8 juin, d’avoir toute une après-midi consacrée au Laboratoire d’images avec projection, rencontres, débats et … une fête !

Une projection du magazine Mensomadaire ouverte au public et sur grand écran pendant laquelle seront présentés les films qui ont été produits cette année, suivi d’une rencontre avec les principaux acteurs de cette expérience en présence de Pascale Faure, responsable des programmes courts et de créations de Canal+, les producteurs avec Jean-Jacques Beinex et Carine Leblanc de Cargo Films, quelques artistes, des étudiants, des professionnels de l’animation et moi-même…

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 Le secret d’Ève de Séverine Assous © Le Laboratoire d’images/Cargo Films/Canal+/2011

Christian Janicot: Ce qui m’importe c’est de mettre en valeur tout le travail accompli et de remercier chacun par un bel objet d’édition. C’est aussi un outil de travail important et de communication pour la suite de l’aventure…

Nous sommes d’ores et déjà en train de préparer avec Mark Brucker, qui est le graphiste de Mensomadaire et Thomas Cheysson qui en assurera la rédaction, le nouvel objet d’édition du Laboratoire d’Images 2. Il comprendra, comme l’année dernière, un catalogue qui donnera cette année plus de place aux projets des artistes avec notamment un facsimilé de leur story-board, une très belle série d’affiches de chacun des films dessinée par les illustrateurs eux-mêmes, sans oublier le DVD dans lequel sera inclus l’émission de Canal+ ainsi que des bonus.

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Hellville de Laurent Durieux © Le Laboratoire d’images/Cargo Films/Canal+/2011

Christian Janicot: Quant à l’accueil? Très bon, je crois, du côté du public. Très impressionnant dans tous les festivals de courts-métrages et de films d’animation du monde entier où les films sont distribués par Autour de Minuit. Ils reçoivent de nombreux prix. Très étonnant aussi pour les artistes, les étudiants (et même leurs parents!) de voir leurs films partout en surprises sur la grille de Canal+.

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Cependant, les instants étaient précieux de Sophie Dutertre © Le Laboratoire d’images/Cargo Films/Canal+/2011

Christian Janicot: Pour le milieu professionnel, il faut sans doute du temps pour faire comprendre une telle démarche qui s’inscrit… dans le temps justement! J’espère qu’une saison 3 va pouvoir fédérer des envies. J’imagine que ce Laboratoire puisse être une des vitrines d’innovation graphique pour l’ensemble de la profession. Qu’il puisse rassembler autour du désir de pousser toujours plus loin les frontières de l’image animée.

Pour moi, le Laboratoire est un vivier de talents où se développent des langages qui doivent venir enrichir l’industrie du cinéma d’animation d’aujourd’hui et, surtout, dessiner les contours de la création de demain. J’espère que le Laboratoire va faire « des petits », rebondir, permettre la création de courts-métrages, de séries d’animation, et de longs métrages… pourquoi pas?!

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Egaro de Bruno Salamone © Le Laboratoire d’images/Cargo Films/Canal+/2011

Illustrissimo: Les retombées d’un tel projet pour la chaîne, les auteurs et les étudiants sont elles quantifiables?

Christian Janicot: Ce qui m’importe c’est que tout le monde s’y retrouve. Les artistes qui explorent pour la première fois l’animation, les étudiants dans l’exercice proposé aux contacts d’artistes étonnants, les écoles pour la qualité de leur formation, la production pour tous les rebonds que cela induit ; l’éditeur, le distributeur, la chaîne de télévision pour la création qu’elle diffuse et bien sûr le public. On ne fait pas de la recherche dans « notre coin », on ne fait pas ce métier pour rester invisible ! On est au début de la maturité de l’image de synthèse. C’est important de se servir des outils que la modernité a mis à notre portée et de créer avec. Le métier d’illustrateur est aujourd’hui sur plusieurs fronts, dont l’animation tient une place importante.

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Rêve du 1er avril 1999 par David B © Le Laboratoire d’images/Cargo Films/Canal+/2011

Illustrissimo: En terme de production, y a t-il des enseignements à tirer de la première saison pour la deuxième, et l’avenir de la saison trois est il assuré ?

Christian Janicot: Le Laboratoire doit devenir pérenne. On est en train de réfléchir à l’art et à la manière d’améliorer son fonctionnement (ouvrir à l’ensemble des écoles d’animation européennes par exemple ou encore pouvoir inviter des artistes d’horizons lointains). Le champ d’action est très vaste, le nombre d’artistes que j’ai envie d’inviter l’est tout autant.

Un laboratoire c’est un endroit où on cherche mais où on a aussi envie de trouver quelque chose. C’est un temps de réflexion à part. En terme de production il y a beaucoup d’enseignements à tirer des deux premières saisons, d’aménagements à faire, de confort de temps et de finances, de suivi des projets. C’est quelque chose en mouvement, qui peut et doit s’améliorer…

En attendant la suite, je vous invite à regarder cette Saison 2 sur Canal+ le 6 juin à 23h dans le magazine Mensomadaire mais aussi au Festival International du film d’animation d’Annecy le 8 juin… en espérant que cela vous plaise!

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